L'essai — Partie IX

Couples d'interprétations d'un même segment de texte dont l'une prépare l'autre

Deux interprétations issues d'un même segment de texte, où la plus élémentaire prépare la seconde dans la rêverie de l'auteur.

Légende des blocs

Théorie — l'exposé conceptuel Méthode — les remarques de mise en œuvre Baudelaire — l'application au sonnet Correspondances
§641
Théorie

„Correspondances“, malgré son importance historique, se montre de longueur fort limitée, comme tous les ouvrages employés ici pour étudier la rêverie, ou la conception fugitive portant sur eux, venant de leur auteur lui-même. On suppose que cette songerie floue, pleine d'abandon, lorsqu'elle parcourt si peu de vocables mis ensemble, le fait sans être gênée par leur distance, parce que d'abord elle passe outre les barrières grammaticales qui séparent les idées que représentent ces mots et que, de surcroît, en ses vagabondages, elle se borne à éviter juste les contacts entre images qui s'opposent le plus évidemment à ce que veut le créateur. Uniquement pour un antre on étend maintenant la description de ce type de pensée rêveuse -ou d'éclair intuitif dû au relâchement- à certains couples d'interprétations d'un même passage, avec l'une qui prépare l'autre. Le tableau d'un tel rapport, qui se nomme une fourche, s'écrit (۩L║R∙Ѻ∙N) et son modèle se présente ainsi: (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur). Ce qui revêt comme signification: “aspirant à être cohérent avec l'ensemble du texte, le créateur a voulu, au minimum un bref instant ou dans la rêverie, ne pas gêner l'interprétation d'après laquelle «verts» évoque deux sens, "de couleur verte" et "pleins de verdeur", le premier servant de préparation au second.”

Méthode

Alors que le vantail présente deux passages du même texte, dont l'un prépare l'autre, la fourche n'offre qu'un seul passage, mais deux interprétations de lui, étagées, l'une préparant l'autre. On voit que si la notion de préparation offre un lien unissant le vantail et la fourche, son application diffère grandement. Avec le premier cas un passage réel de la poésie ou de la fiction doit en préparer un autre, alors que dans le second cas c'est dans l'esprit de ceux qui arrivent à comprendre l'ouvrage que se joue l'acte décisif: celui menant d'une interprétation à une autre, concernant un seul et même passage.

Application à Baudelaire

On a déjà traité, dans la remarque 115B puis au paragraphe 311, de la double signification de «verts» dans „Correspondances“, qui sert désormais de repère quand on pense aux fourches. Les deux interprétations “de couleur verte” et “pleins de verdeur” ne se contredisent nullement de manière franche, puisqu'un parfum de couleur verte peut également se montrer plein de verdeur. Il vaudrait mieux, par conséquent, voir un approfondissement de la signification, qu'une opposition flagrante. 402

§642
Théorie

Dans la fourche (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur), à côté de la mire qu'est le cordon «verts», symbole utilisé par le texte, nous apercevons deux images, qui donnent chacune un sens de la mire, constituant ainsi la différence d'interprétation qui fait un aspect essentiel de la fourche. La première de ces amarres, ““de couleur verte”, constitue le filet, alors que la seconde, “pleins de verdeur” est le harpon.

Méthode

Les notions de cordon et d'amarre se sont vues définir au paragraphe 175. Nous ne prêtons ici aucune attention, pour elle-même, à l'enseigne du cordon qui est le sens que finit par acquérir le symbole concerné, lorsque la réception de l'ouvrage se clôt, même si, dans le présent cas, le harpon devient finalement l'enseigne [1'].

Application à Baudelaire

Le filet “de couleur verte” ne montre pas de correspondance complexe, puisqu'il se réduit à une attribution fort simple, celle du vert aux prairies, alors que le harpon “pleins de verdeur” met en relief la correspondance “odorat-goût-vue”, qui réunit d'un côté une variété de parfums remarquables pour l'odorat, de par son acidité de goût digne d'attention et de l'autre la vue des prairies, ce qui seul justifie parfaitement le titre du sonnet, «Correspondances», saisi au sens du huitième vers: «…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.»

§643
Théorie

On stipule, concernant les capacités de la fourche (۩L║R∙Ѻ∙N), que la mire L peut consister en quelque mot ou expression, mais aussi en une marque de reps. De même R et N sont capables, comme sens possibles de cette mire, d'être chacun une signification ou un sens grevé, ce qui se voit dans (۩crac║rapidité∙Ѻ∙violence), pour “elle est partie, crac”.

Méthode

Afin de montrer que maint ouvrage illustre peut offrir des cas où la mire est un reps, on imaginera une partie d'antre imitant la scène du „Bourgeois gentilhomme“ où le personnage, lors d'une leçon de philosophie, tout heureux de comprendre les bases du langage, répète des voyelles et fait penser à un rire moqueur de même qu'au braiment d'un âne: [2']«A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science…O, O. Il n'y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable! I, O, I, O.» Ici conviendraient les trois fourches (۩I, I, I, I║double répétition de la voyelle I∙Ѻ∙hi-hi-hi-hi), (۩O, O║répétition de la voyelle O∙Ѻ∙ho-ho) et enfin (۩I, O, I, O║répétition des voyelles I et O∙Ѻ∙hi-han hi-han).

Application à Baudelaire

Le nom du créateur ne saurait appartenir à son texte, donc il s'avère impossible de réaliser une fourche bien robuste à son propos. Ainsi (۩Baudelaire║Beau de l'air∙Ѻ∙Bordel) n'appartient nullement aux fourches les plus vraisemblables de „Correspondances“.

§644
Théorie

Nulle fourche ne doit se confondre avec un feutre, parce que la fourche ne possède aucunement le même niveau d'évidence. “Il aperçoit une voile” fait deviner “il aperçoit un bateau” avec une certaine facilité, tandis que (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur) manque bien plus gravement d'immédiateté. Donc pour qu'une fourche soit justifiée, il s'impose que sa forme convienne mieux que celle du feutre, pour faire comprendre le sens du passage analysé. L'antenne (۩voile║large pièce de toile sur laquelle fait pression le vent∙Ѻ∙bateau), relativement au texte “il aperçoit une voile”, ne pourra se ranger parmi les fourches les plus vraisemblables, étant donné que (voile/-aperçoit) commente ici le mot “voile” très efficacement.

Méthode

Dans tous les cas en revanche une fourche peut commenter un feutre, comme du reste n'importe quelle figure de style, pour ce qui est de la signification fine à saisir en elle, une fois le sens large nettement repéré. Il s'avère commode bien souvent d'user de la crypte du feutre comme filet, avant d'approfondir le sens avec le harpon. Afin d'expliquer “il aperçoit une voile”, dans un contexte où la grandeur des voiliers est soulignée, nous ferions volontiers confiance à (۩il aperçoit une voile║il aperçoit un bateau∙Ѻ∙il ne peut rien distinguer de précis dans le reste du vaisseau parce que sa voilure s'impose avec tant de force à ses yeux que le détail ne parvient aucunement à retenir son attention).

Application à Baudelaire

Pour traduire une pareille image dans l'univers baudelairien, nous écrirons ( ۩il aperçoit une robe qui tangue║il aperçoit une femme en robe qui se déhanche∙Ѻ∙il ne fait attention, mû par son désir, qu'aux ondulations du vêtement féminin qu'il voit) [[3']]: «Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large,
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.
Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces;
D'un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.
»
403

§645
Théorie

En dehors d'éventuels points de suspension, tout signe absent des cordons originaux, comme tout désordre de composition dans une mire infidèle au texte pris comme objet d'étude, se nomme un minerai. Il faut cependant préciser que l'omission d'un passage ne changeant pas l'ordre des mots présents ne forme pas un minerai. Harpon et filet reçoivent l'un comme l'autre le nom de quilles. Pour L, R et N, les constituants principaux d'une fourche (۩L║R∙Ѻ∙N), ils prennent la dénomination de tringles, en dépit de quelque hétérogénéité dans leur essence, puisque la mire n'est qu'un mot ou segment de texte, alors que harpon et filet possèdent le statut d'interprétations. La formule (۩L║R∙Ѻ∙N) peut aussi être notée (mire L filet R harpon N), ce qui évite l'écriture de tout signe introductif de tringle: (۩) pour la mire L, (║) pour le filet R et (∙Ѻ∙) relativement au harpon N. Ces marques de tringle, (۩), (║) et (∙Ѻ∙), se nomment respectivement “châsse”, “tige” et “gourmette”, dénominations qui permettent d'obtenir la formulation (châsse L tige R gourmette N).

Méthode

Dans (۩j'ai pris l'avion et un cachet║comme le décollage de l'avion me rend malade, j'ai, en montant, immédiatement pris un cachet me permettant d'éviter cet inconvénient∙Ѻ∙il est aussi facile, aujourd'hui, de prendre l'avion que de prendre un cachet ) on fournit à une figure de style amusante deux interprétations ayant une portée complètement différente [4']-[5'].

Application à Baudelaire

Qu'on examine (۩Correspondances║relations établies par Dieu entre lui et tous les êtres, ainsi qu'entre ses diverses créatures∙Ѻ∙rapports entre arts différents faisant que l'inspiration présidant à une haute réalisation en l'un d'eux vient aussi de la fréquentation de chefs-d'œuvre fournis en d'autres). Le filet requiert la connaissance de la notion esthétique ou théosophique de correspondance, point qui exige déjà beaucoup de savoir du lecteur, mais le harpon est encore bien plus ardu à trouver, puisqu'il suppose une attention extrême, portée simultanément, à l'époque, aux idées artistiques du créateur et au sonnet lui-même.

§646
Théorie

L'arête constitue la quantité de vraisemblance d'une fourche, donc les chances d'être vraie de la proposition “l'image de la fourche…est passée dans l'esprit du créateur”. Cette valeur devient négligeable sous le seuil 1/16 ou 0,062 de par le rivetage, que nous étendons maintenant à ce nouveau cas d'évaluation. Elle se mesure comme l'inverse du produit numérique des treize quantités a¤, b¤, c¤, d¤, e¤, f¤, g¤, h¤, j¤, k¤, m¤, p¤, w¤ qui reçoivent elles-mêmes le nom de cotes. Dans le symbole revenant à ces critères quantitatifs la notation (¤) se nomme la bulle. Nous voyons par ailleurs qu'il suffit d'obtenir une suite de valeurs (j¤)=(k¤)=(m¤)=(p¤)=(w¤)=2 pour que la quantité 1/(a ¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤) tout entière vaille seulement 1/(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(2)(2)(2)(2)(2)=1/32, ce qui forme une arête négligeable. Les cotes ont comme appellations particulières: poignée, a¤; havresac, b¤; géode, c¤; boulet, d¤; mousqueton, e¤; bouclier, f¤; chalut, g¤; patin, h¤; piquet, j¤; garrot, k¤; rebond, m¤; marteau, p¤; aileron, w¤.

Application à Baudelaire

Le modèle indiqué par l'intuition, vis-à-vis des fourches, étant (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur), il faut s'attendre à ce que son arête s'élève à 1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=1/(1)(1)(1)(1) (1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)=1.

§647
Théorie

Un râtelier est formé par un ensemble de fourches, conçues pour décrire certains aspects d'un antre. Vue comme un élément de tel râtelier bien précis et unique, une fourche peut s'appeler une antenne. On l'écrit alors non plus (۩L║R∙Ѻ∙N) mais (۩L║R∙Ѻ∙N)ʭ afin de signifier que la question de la compatibilité mutuelle de cette antenne avec toutes les autres du même râtelier vient à se poser. Le signe (ʭ) est nommé le portique. La vraisemblance d'un râtelier constitue son empan, lequel, au moyen du rivetage, se voit reconnu comme négligeable sous le seuil de 1/16 ou 0,062.

Méthode

Une fourche appartenant à deux râteliers différents ne constitue pas une antenne identique chaque fois, puisqu'elle ne se trouve pas définie de la même façon dans les deux cas. Ce point, du reste, n'empêche nullement de réutiliser une fourche dans maints râteliers.

Application à Baudelaire

Soit, à propos de quelque pièce ayant la vie du poète comme sujet, la fourche (۩Asselineau rencontra Baudelaire alors qu'il regardait un tableau║on ignore si le pronom "il" représente "Asselineau" ou "Baudelaire”∙Ѻ∙Asselineau et Baudelaire regardèrent ensemble, au minimum, un tableau)ʭ. Si une telle fourche souligne le peu de conséquence d'une ambiguïté laissée par l'auteur dramatique, dans le texte qu'il a composé, on pourra l'employer en divers râteliers commentant un tel ouvrage [6'].

§648
Théorie

La poignée (a¤) revêt la grandeur 1 dans le calcul de l'arête, lorsque l'antenne, dont la vraisemblance doit être abordée, satisfait à trois conditions. Il faut, premièrement, que la mire ne comporte aucun minerai. La présence, au sein de l'une ou bien de l'autre quille, d'une idée absolument étrangère aux conceptions de l'auteur du texte commenté doit pareillement se voir exclue. Nous devons également noter, parmi les occasions d'appliquer une poignée 2 toute présence du contenu propre au filet dans le harpon ou de la substance du harpon dans le filet. Ainsi (۩verts║de couleur verte et pleins de verdeur∙Ѻ∙pleins de verdeur)ʭ sera de poignée a¤=2, parce que “pleins de verdeur” est répété, ce qui empêche de bien distinguer harpon et filet. Au risque de paraître formaliste, nous devrons même rédiger chaque fourche de telle sorte que nul soupçon de redite, au sein du couple “filet-harpon”, ne puisse l'atteindre, sinon autrui risquerait de perdre du temps au cours de la vérification de nos calculs de vraisemblance. Nous écrirons de cette façon: (۩il est monté en bas║il est parvenu à se hisser dans les hauteurs de la hiérarchie∙Ѻ∙son ascension dans la société s'est faite en gravissant la pente conduisant au sommet de l'ignominie)ʭ.

Méthode

Il nous est loisible, dans un commentaire soigné, de vouloir déterminer, au moyen d'une antenne, le sens d'un reps ne méritant pas, au premier abord, le titre de front, ce qui rend utile une définition très large de la fourche. Dans “elle est partie, crac, pour la Suède -et en moto”, le style télégraphique ne retiendra que “partie Suède moto”, donc le reps “crac” ne sera nullement perçu comme un front de manière immédiate, bien qu'il présente un grand intérêt social dans le contexte historique d'aujourd'hui. Par conséquent, nous devons attribuer à l'onomatopée “crac” le statut de front, ce qui ne déroge pas aux usages déjà préconisés dans les remarques 37M et 524M.

Application à Baudelaire

Selon Asselineau, Baudelaire accusa de bassesse un détracteur d'Edgar Poe, alors même qu'il semblait distingué [7']-[8']-[9']-[10']-[11']: «Je l'accompagnai un jour à un hôtel du boulevard des Capucines, où on lui avait signalé l'arrivée d'un homme de lettres américain qui devait avoir connu Poë. Nous le trouvâmes en caleçon et en chemise, au milieu d'une flotille de chaussures de toutes sortes qu'il essayait avec l'assistance d'un cordonnier. Mais Baudelaire ne lui fit pas grâce: il fallut, bon gré mal gré, qu'il subît l'interrogatoire, entre une paire de bottines et une paire d'escarpins. L'opinion de notre hôte ne fut pas favorable à l'auteur du "Chat noir". Je me rappelle notamment qu'il nous dit que M. Poë était un esprit bizarre et dont la conversation n'était pas du tout "conséquioutive". Sur l'escalier, Baudelaire me dit en enfonçant son chapeau avec violence: -Ce n'est qu'un yankee!»

§649
Théorie

S'il existe dans le texte analysé un ensemble de passages faisant suspecter que le filet serait plus à même que le harpon d'interpréter correctement la mire, pour qui raisonne à l'étage du banc, on l'appelle un broyeur. Le raisonnement de justification d'un pareil effet se nomme un affût.

Méthode

En partant du passage de Corneille discuté à l'occasion de la remarque 398M, on élabore aisément la fourche (۩Va, je ne te hais point║Va, je t'aime∙Ѻ∙Sois tranquille, je sais bien que nous avons tous les deux un rôle convenu qui nous dépasse, donc j'attends simplement que le roi décide)ʭ [12']. Mais on trouve à l'encontre de ce jugement le broyeur fait de plusieurs déclarations de Chimène, l'héroïne déchirée par l'opposition entre le souvenir de son père et l'amour de celui qui le tua en duel [13']-[14']-[15']-[16']-[17']: «Et que puis-je espérer qu'un tourment éternel
Si je poursuis un crime aimant le criminel…C'est peu de dire aimer, Elvire, je l'adore:
Ma passion s'oppose à mon ressentiment,
Dedans mon ennemi je trouve mon amant…Je demande sa tête, et crains de l'obtenir,
Ma mort suivra la sienne, et je le veux punir…Et de quoi que nous flatte un désir amoureux,
Toute excuse est honteuse aux esprits généreux…Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix.
Adieu, ce mot lâché me fait rougir de honte.
»

Application à Baudelaire

Soit l'antenne (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur))ʭ. Dans „Correspondances“, le huitième vers «…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent» ne ferait pas un broyeur convaincant, parce que reste dérisoire l'affût “la correspondance a lieu entre odorat et vue, grâce au vert des prairies et au vert de certains parfums”. Certes le vert des parfums et prairies joue le rôle de lien unissant l'odorat ému par les parfums et la vue touchée par les prairies. Mais il n'existe pas de synesthésie notée ici, parce que ce vert concerne la vue seule, tandis que (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur))ʭ autorise «verts» à prendre d'abord le sens du filet, qui se rapporte aux yeux et ensuite le sens du harpon, qui se réfère à l'odorat ou au goût, ce qui fait penser à une préparation du sens difficile à saisir, “aigres ou pleins de verdeur”, par le sens facile à comprendre “de couleur verte”.

§650
Théorie

Le havresac (b¤) accède au niveau 1 dès lors qu'est évidente notre incapacité à trouver au sein de l'ouvrage, pour lequel se laisse définir l'antenne, un broyeur susceptible d'être muni d'un affût. Dans le cas opposé, il convient d'admettre b¤=2.

Méthode

Si nous pensons à des passages qui semblent vaguement nuisibles à qui veut soutenir l'existence de la fourche, mais que nul raisonnement ne vienne appuyer une telle intuition, il n'existe point d'affût et donc nous devons écrire b¤=1.

Application à Baudelaire

Nous errons fréquemment, lors de l'analyse d'un texte, parce que nous mêlons à son examen le souvenir d'autres ouvrages. Examinons l'antenne (۩l'art contient quelque chose de surnaturel║l'art dégage du naturel un sens surnaturel∙Ѻ∙le maître se voit capable, pour faire son chef d'œuvre, image du monde, de réaliser un analogue de l'acte divin engendrant les choses et il accomplit cela dans le cadre fourni par Dieu)ʭ. La fourche aurait pour but la description du texte suivant [18']-[19']: “Baudelaire pensait que l'art contient quelque chose de surnaturel parce qu'il saisit, derrière les apparences de la réalité matérielle, une signification cachée”. Examinons la possibilité de ce broyeur “…Baudelaire pensait que l'art contient quelque chose de surnaturel…” L'affût se présenterait ainsi: “le "sens surnaturel" représente correctement "quelque chose de surnaturel", sans qu'il y ait à inventer "…un analogue de l'acte divin engendrant les choses…" qui surviendrait lorsque l'artiste donne corps à son inspiration”. Ce raisonnement n'est hélas nullement convaincant, puisque même si le filet constitue pour la mire un sens intéressant, il semble possible de chercher dans le harpon une signification de plus grande profondeur encore. De la sorte nous avons toute justification à écrire b ¤=1 pour l'antenne analysée. Pour Baudelaire le sens de «temple» absorbe tout du sens de «Nature», cela pour décrire un mystère: «La Nature est un temple…» Mais cette affaire n'empêche pas que l'accomplissement de l'artiste reprenne, dans l'exploit qui lui est propre, l'acte de la divinité.

§651
Théorie

La géode, (c¤), permet de noter l'incertitude qui affecte parfois l'antenne, de par un doute que suscite l'ouvrage peu sûr -à la réflexion- au moment où sa vraisemblance doit être déterminée. En pareil cas étourdiment on a commencé à définir la fourche sans vérifier que le texte analysé montrait l'exactitude requise pour cette opération. Cherchant quelque songerie ou pensée fugitive du créateur, on s'est cru habilité à un pareil relâchement parce qu'on s'était mis justement à rêvasser, pour mieux adopter le point de vue considéré. L'attitude sévère, adoptée par l'interprète s'occupant des pensées que l'auteur a conçues quand il était plein d'une ferme volonté accompagnée de vive intelligence, a fait place au laisser-aller [20']. Reprenant les rênes de la documentation préalable aux tâches, fréquemment plus difficiles, de saisie du sens, on attribue la géode 2 à l'antenne dans toute situation où le texte de référence attire le soupçon quant à un éventuel accident ou à quelque falsification. Lorsque au contraire l'ouvrage se montre sûr, on est conduit vers c¤=1.

Méthode

Il en va presque de la géode comme de la corbeille, (c•), qui autorise la mesure de vraisemblance des vantaux.

Application à Baudelaire

Qu'on imagine la fourche (۩une bouteille de cidre à soi seul, voilà qui enivre à neuf ans║un enfant de neuf ans peut facilement succomber à l'ivresse après avoir ingurgité un litre de jus fermenté de pommes∙Ѻ∙la fierté d'avoir pour lui seul, avant d'avoir atteint son dixième anniversaire, une bouteille de cidre, le transporta)ʭ. On admettra que la partie du texte commentée se lise de la sorte [21']: “il découvrit avec délices le titre, quinze degrés: une bouteille de cidre à soi seul, voilà qui enivre à neuf ans”. L'interprète ne pourra manquer d'être pris d'un soupçon devant pareille phrase, puisque le cidre n'atteint guère les quinze degrés. Devenu méfiant eu égard aux conditions ayant permis la publication de l'ouvrage, il se convaincra que la géode ne peut obtenir qu'une valeur 2.

§652
Théorie

Le boulet (d¤) ou quatrième cote, parmi les autres critères numériques employés dans le calcul de la vraisemblance de l'antenne, prend le niveau 1 aussitôt que le texte, dans la description duquel se trouve pareille fourche, demeure bien en dehors tout autant de la science démonstrative que de la technologie la plus haute. En tout autre cas (d¤) vaut 2. Nous omettons ici le domaine de la versification, puisque, sinon, en dépit de l'appartenance de nombreux ouvrages d'imagination au monde poétique, nous devrions, dans le calcul de vraisemblance des antennes, admettre comme une faiblesse l'usage des vers. Du reste il s'avère difficile d'accepter que le savoir concernant les mètres et les rimes appartient aux plus rigoureuses techniques.

Méthode

Il existe toujours, dans les textes de fantaisie, une quantité indéfinie de sens imaginable dans l'arrière-plan du billard, mais tout n'en est pas acceptable comme fidèle à l'original. En revanche un pareil ensemble d'idées revêt un caractère précieux pour qui explore des pistes de recherche sur l'ouvrage qui sont restées jusque-là ignorées, même si on doit s'attendre à ce que les trouvailles intéressantes à cet égard restent peu nombreuses.

Application à Baudelaire

On estime nécessairement de hauteur e ¤=2 le mousqueton de la fourche (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙obscènes)ʭ, puisqu'on imagine avec la difficulté la plus grande que Baudelaire ait voulu écrire “… des parfums…obscènes comme des prairies…” La notion d'obscénité reste donc étrangère au billard, bien qu'effectivement «verts» puisse avoir “obscène” comme signification, au sein de quelque ouvrage fort différent de „Correspondances“.

§654
Théorie

La sixième cote de l'antenne, le bouclier (f¤), prend le niveau 1 uniquement lorsque le harpon évite de faire penser nettement à une illustration dénuée de butoir. Dans le cas opposé (f¤) se voit attribuer une valeur 2.

Méthode

Nous restons proche du paragraphe 601 qui présente le critère numérique d'encoche, (f•), étant donné qu'une certaine parenté unissant le vantail et la fourche, il faut bien que la démarche permettant la définition des critères de jugement s'appliquant à l'un se retrouve parfois dans celle autorisant la mise sur pied de ceux employés pour l'autre. Nous voyons un second type de proximité vis-à-vis des forages dans le fait qu'à de nombreux égards, pour les cotes, deux fois le même défaut dans la proposition énoncée n'attire pas de sanction pire, dans la mesure de vraisemblance, que lorsqu'une seule occurrence de cette défaillance apparaît.

Application à Baudelaire

Soit une antenne possédant une mire venue d'un ouvrage d'histoire (۩qu'on leur donne de la brioche»║La reine pense que le désir du peuple affamé de gouverner le roi ne mérite que moquerie∙Ѻ∙Pour Marie-Antoinette, originale dans l'ironie, les pauvres oublient le sens commun en imaginant que la Cour peut régler la question de leur pauvreté, juste autant que s'ils voulaient, sans le moindre argent, qu'on leur donne de la brioche)ʭ. Le harpon de cette fourche, mentionnant l'inventivité de la souveraine, contient une illustration dénuée de butoir, puisque Rousseau, bien avant la Révolution, écrivait [28'] «Enfin je me rappellai le pis aller d'une grande Princesse à qui l'on disait que les paysans n'avoient pas de pain, et qui répondit: qu'ils mangent de la brioche.» Il suit de là que la fourche mérite un bouclier f¤=2.

§655
Théorie

Trois conditions déterminent le chalut g ¤=1. D'abord il ne faut pas que le billard fournisse déjà l'idée que le filet prépare le harpon. En effet ce n'est que dans le banc et non de façon immédiate que vient à se dégager cette notion, même si, de manière séparée, harpon et filet se trouvent dans le billard. Deuxièmement le créateur ne doit nullement condamner, dans l'œuvre même, le jugement d'après lequel il existe, au moyen du filet, une préparation du harpon. Enfin g ¤=1 exige que la critique ne puisse montrer que le créateur s'opposait au principe de cette préparation. Dès qu'une des conditions énoncées ne se voit point satisfaite, on écrit g ¤=2.

Méthode

On recourt aux notions techniques du calcul de vraisemblance que sont “harpon” et “filet” sans pour autant s'obliger à rester fidèle au sens ordinaire des mots qui les représentent, donc sans prétendre que dans la préhistoire ou l'histoire, les hommes auraient, avant d'user de harpons, pêché au filet. On se borne ici à employer le contraste d'images opposant celle d'une chose large autant que souple, à celle d'une autre mieux définie, plus raide, plus aiguisée, davantage faite pour analyser soigneusement un objet.

Application à Baudelaire

Soit le texte “devant ce jeune homme qui le pressait de questions en rapport avec les plaisirs des âges différents que traverse un homme durant une longue vie, lui, avec son corps blotti à l'extrémité de la pièce, une main tenant "les Fleurs du mal", il se figea presque tout entier, mais la bouche articula cette réponse: la vieillesse est le soir de la vie” [30']. Dans un râtelier fait pour décrire cette phrase, imaginons l'antenne (۩la vieillesse est le soir de la vie║de même que le soir est la fin de la journée, la vieillesse est la fin de la vie ∙Ѻ∙le pire vient avec douceur)ʭ et à côté d'elle cette autre fourche (۩la vieillesse est le soir de la vie║le pire vient avec douceur∙Ѻ∙de même que le soir est la fin de la journée, la vieillesse est la fin de la vie)ʭ. L'interprète usant de cette juxtaposition déclarerait au fond que l'énoncé A prépare la proposition B, puis l'inverse. Comme on suppose que les fourches les plus hautement vraisemblables ne trahissent jamais la cohérence du texte décrit par elles, il serait étonnant d'introduire, sans perte de vraisemblance, à l'intérieur de quelque groupe d'antennes, donc en un râtelier, de l'incohérence. Pour éviter cela, on admet la diminution de la vraisemblance de l'antenne qui vient en contredire une autre déjà choisie. De la sorte la seconde fourche mentionnée ici provoque une vrille. 408

§657
Théorie

La huitième cote, le patin, (h¤), concerne l'existence d'une vrille, amenant h¤=2, tandis que (h¤) vaut 1 en l'absence de tout danger à cet égard. Dans chacun des couples faisant vrille, quand les mires des fourches diffèrent, uniquement celle des fourches dont la mire vient le plus tard au sein du texte voit son patin affecté par l'existence de la vrille, alors que le patin de l'autre antenne participant à cette même vrille demeure au plan h¤=1. Dans le cas où les deux mires, dans les fourches composant la vrille, sont identiques, c'est l'antenne la plus récemment introduite, uniquement, qui subit le patin h ¤=2.

Méthode

Si un même râtelier se trouve menacé par deux antennes amenant une vrille chacune, sa vraisemblance diminuera d'autant, puisque par deux fois elle subira une division par deux, à cet égard.

Application à Baudelaire

Qu'on imagine -tout cela est pure fiction- la présence, au sein du même râtelier, de I, II et III s'écrivant ainsi: I, (۩Barbey a déclaré Baudelaire est un lion║Barbey a déclaré: Baudelaire est un lion∙Ѻ∙le vicomte, a déclaré le poète des chats, est immensément courageux)ʭ, II, (۩Barbey a déclaré Baudelaire est un lion║le vicomte, a déclaré le poète des chats, est immensément courageux∙Ѻ∙Barbey a déclaré: Baudelaire est un lion)ʭ et III, (۩Barbey a déclaré Baudelaire est un lion║Barbey nous a confié: Baudelaire est un lion∙Ѻ∙le vicomte, a déclaré le poète des chats, est immensément courageux)ʭ. Sans prêter attention ici à toutes les faiblesses de ces antennes, considérons une seule affaire [31']-[32']-[33']. D'un côté, on a “I” et “II” qui sont incompatibles parce que le filet de l'antenne initiale, “I”, devient le harpon de l'autre, “II”. Par ailleurs on a “I” et “III” qui se répètent en substance, puisque “║…a déclaré”, en “I”, est juste remplacé par “║…nous a confié” en “III”. Tout cela fait que “II” provoque une vrille, au motif de la contradiction et que “III” engendre une autre vrille, cette fois-ci pour cause de répétition. Le râtelier devra subir la présence, parmi les arêtes de ses constituants, du patin h’¤=2 de “II” et du patin h’’¤=2 de “III”, donc il ne pourra dépasser, avec “I”, “II” et “III”, le niveau ((1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)) (1/(a’¤)(b’¤)(c’¤)(d’¤)(e’¤)(f’¤)(g’¤)(h’¤)(j’¤)(k’¤)(m’¤)(p’¤)(w’¤))(1/(a’’¤)(b’’¤)(c’’¤)(d’’¤)(e’’¤)(f’’¤)(g’’¤)(h’’¤)(j’’¤)(k’’¤)(m’’¤) (p’’¤)(w’’¤)))=((1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤))(1/(a’¤)(b’¤)(c’¤)(d’¤)(e’¤)(f’¤)(g’¤)(2)(j’¤)(k’¤)(m’¤) (p’¤)(w’¤))(1/(a’’¤)(b’’¤)(c’’¤)(d’’¤)(e’’¤)(f’’¤)(g’’¤)(2)(j’’¤)(k’’¤)(m’’¤)(p’’¤)(w’’¤)))=(½)(½)=¼.

§658
Théorie

Le piquet (j¤) est admis au niveau 1 à plusieurs conditions. Il faut requérir, d'abord, que le texte pour lequel nous définissons l'antenne soit un antre, ayant, de plus, un couvercle adroitement exprimé. En second lieu nous devons être certain que le harpon est compatible avec le couvercle, ainsi qu'avec les portes ou aplombs. Dès lors que la situation fait que l'une, au moins, de ces conditions vient à ne pas être satisfaite, nous reconnaissons à (j ¤) une valeur 2.

Méthode

D'une part l'exigence d'un couvercle, d'autre part celle de la compatibilité de chaque antenne vis-à-vis des portes, ont pour finalité de nous permettre un commentaire un tant soit peu cohérent, lequel n'aurait pas de sens touchant un ouvrage qui serait lui-même profondément dénué d'organisation. Cela ne signifie nullement que les textes analysables au moyen de notre méthode doivent posséder beaucoup de rigueur, puisque tout au contraire, nous traitons uniquement d'ouvrages d'imagination. Mais la fantaisie ne demande nullement d'aller jusque dans la déraison et il reste de nombreuses façons, en dehors de la science démonstrative, de faire avancer la saisie de la réalité -sans quoi, du reste, le savoir n'aurait jamais progressé.

Application à Baudelaire

Si Baudelaire lui-même se gaussait de la prétention de beaucoup de ses contemporains au progrès, cela ne l'empêchait nullement de s'intéresser aux connaissances nouvelles ou aux arts de son temps [34']-[35']-[36']-[37']-[38]. Son ironie concernait la prétention à dépasser le mal et donc le jugement d'après lequel répandre sur les choses des lumières toujours plus abondantes rendra l'humanité meilleure [39']-[40']. Baudelaire, qui adhérait au principe d'après lequel tous les hommes ont en eux la volonté radicale de mal faire, devait écouter en souriant chaque raisonneur avançant qu'obtenir davantage de connaissances eu égard aux moyens de produire des biens amènera plus de facilité à survivre, donc aussi des relations moins dures entre les hommes également soucieux d'accéder aux subsistances [41']-[42']-[43']-[44']-[45']-[[46']]. Auguste Comte pense même que la situation fait que l'État -sans du tout être bousculé par d'impérieuses nécessités, mais juste pour assurer intelligemment la construction des grands cadres matériels de la vie sociale- peut recourir massivement aux financiers [47']-[48']: «Tant que les travaux humains, en se généralisant, restent néanmoins assez concrets pour que leur utilité demeure immédiatement appréciable à la raison commune, il n'est pas douteux que cette extension tend, par elle-même, à procurer une plus haute rétribution spéciale des services rendus…D'après l'ensemble des considérations précédentes, il est clair que le principal ascendant pécuniaire doit résider vers le milieu de la hiérarchie totale, chez la classe des banquiers, naturellement placée à la tête du mouvement industriel, et dont les opérations ordinaires, sans cesser d'admettre une exacte appréciation directe, offrent précisément le degré de généralité le plus convenable à l'accumulation des capitaux…A mesure que l'intelligence et la sociabilité se développent à la fois, l'activité individuelle devient susceptible de saisir spontanément, et, par suite, d'administrer convenablement des relations d'autant plus étendues: en sorte que l'exécution spéciale des diverses opérations publiques peut être de plus en plus confiée à l'industrie privée, quand elles offrent des avantages assez directs et assez prochains, sans qu'une telle modification administrative doive d'ailleurs altérer, en aucune manière, la conception, toujours éminemment sociale, ni, par suite, l'indispensable discipline des travaux correspondants.»

§659
Théorie

Le garrot (k¤) prend une valeur 2 aussitôt que le piquet en a déjà une de ce niveau. À l'inverse k ¤=1 lorsque non seulement on dispose de l'égalité j ¤=1, mais encore du statut de gîte pour l'antre analysé. On se résout, au contraire, à écrire k ¤=2 malgré j¤=1 si le texte n'a point qualité de gîte.

Méthode

Quand on est averti de la possession, par l'ouvrage de référence, de l'attribut de gîte, on sait, concernant les antennes à première vue les plus vraisemblables, que le créateur est capable d'une pensée montrant de la régularité, avec la conséquence, pour l'interprète, de le rendre hautement conscient que les vagues images qu'il prête à l'auteur en sa rêverie ou pensée fugitive doivent rester dans le cadre général d'une conception au moins grossièrement identifiée par les nombreux experts formant la critique.

Application à Baudelaire

Pour commenter la plaisanterie “le professeur a cherché partout et pas de vis”, placée à l'intérieur d'un gîte, moyennant la certitude que l'éloge du savoir le plus exact et le plus applicable techniquement, mis en une forme plaisante, figure parmi les objectifs ordinaires du créateur, on peut recourir à l'antenne (۩le professeur a cherché partout et pas de vis║Le professeur est tellement dépassé par la situation qu'il en est venu à perdre une vis∙Ѻ∙Finalement après une inspection minutieuse du cas, le savant a trouvé la cause du phénomène dans un mécanisme où un élément vient à tourner à l'intérieur de deux autres en les faisant voisiner de manière étroite)ʭ. Le sonnet de Baudelaire présente ouvertement deux serrages, celui des correspondances horizontales et verticales, celui du frais avec le corrompu, mais en dehors de toute description exacte.

§660
Théorie

Si un ensemble de passages du texte analysé permet de justifier que, dans une antenne donnée, pour qui raisonne à l'étage du banc, le harpon l'emporte sur le filet dans l'interprétation de la mire, pareil ensemble reçoit l'appellation de fief. Quant au raisonnement justificateur de la fourche, qui est issu de la considération des passages en cause, nous lui donnons l'appellation de matras.

Méthode

Comme une telle série de zones de l'ouvrage risque fort de ne pas couvrir son ensemble, il est presque inévitable de recourir aux points de suspension pour le citer exactement.

Application à Baudelaire

Le fief de “Correspondances“ pour l'antenne (۩verts║de couleur verte∙Ѻ∙pleins de verdeur)ʭ se note «Correspondances…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Il est des parfums…verts comme les prairies…»

§661
Théorie

Pour la onzième cote, (m¤), le rebond, on lui reconnaît une valeur m¤=2 quand le piquet s'est lui-même déjà fixé à cette hauteur 2. Dans le cas de j ¤=1 le rebond ne prend le même niveau 1 que si en plus d'un fief existe un matras pour en justifier l'apport vis-à-vis de l'antenne considérée.

Méthode

Si on a l'intuition qu'existe un fief et que pourtant il reste impossible de formuler un matras justifiant la force des passages en cause, dans la défense de la fourche, le rebond admet une hauteur m¤=2.

Application à Baudelaire

Soit le texte “…ayant besoin du baron Castel pour acquitter bien des frais d'avocat, dans l'affaire du faux tableau acheté il y a quinze ans, j'étais peu enclin à discuter son goût exécrable dans le domaine artistique, ce d'autant qu'il pouvait, d'une certaine manière, se prévaloir des excellents choix faits par ses parents dans la rénovation et l'embellissement du palais familial. Surtout avec le recul des ans la conversation me paraît aujourd'hui avoir été amusante. En effet ces pensées m'amenèrent à faire un lapsus, dont je me souviens encore à présent, dix ans après l'événement et dont je rougis vivement juste après l'avoir commis: "vous avez raison château"”. À l'intérieur de l'antenne (۩vous avez raison château║vous avez raison Castel∙Ѻ∙je vous laisse le dernier mot parce que vous êtes plus riche que moi)ʭ, certes, le nom de l'interlocuteur, Castel, fait penser à “château”, donc le filet possède quelque justification. Mais il existe un fief garantissant que le harpon est plus intéressant: “…ayant besoin du baron…pour acquitter bien des frais d'avocat…j'étais peu enclin à discuter son goût exécrable…” Appuyant la portée du fief, un matras est fort aisé à concevoir: “les passages cités montrent, sans laisser aucune place au doute, que le narrateur acquiesce aux avis du baron par intérêt.”

§662
Théorie

L'embrèvement d'une antenne consiste dans le fait que harpon et filet paraissent, aux yeux de qui raisonne à l'étage du banc, avoir un mérite comparable pour interpréter la mire.

Méthode

Dans le cas où il semble qu'existent parallèlement un fief avec son matras et un broyeur avec son affût, au sein du texte pour la description duquel nous avons défini une fourche de râtelier, l'embrèvement risque bien de se produire.

Application à Baudelaire

Cherchons à décrire le segment de texte “…ayant joué nerveusement avec son recueil de poèmes, "les Fleurs du mal", peu avant acheté dans une librairie du quartier, il avait, après avoir longuement erré dans cette gare, fini par le perdre, ce qui poussa un gardien humoriste, interrogé au passage, vers la conclusion que l'ouvrage pouvait se trouver encore dans la salle des pas perdus…” Au premier abord l'antenne (۩salle des pas perdus║salle d'accueil et d'attente∙Ѻ∙salle des choses apparemment perdues qui ne le sont pas, en réalité)ʭ paraît dépourvue de mérite. Pourtant le texte signalant que le gardien a le sens de l'humour, nous évitons l'embrèvement, puisque le jeu de mots “salle des pas perdus”-“salle où on va et vient”-“salle de tout ce qui n'est pas perdu” fait écho à cet humour, ce qui laisse deviner l'intention la plus vraisemblable de l'auteur: celle que traduit le harpon.

§663
Théorie

Le marteau (p¤) admet une valeur 2 pour un piquet j ¤=2. Pourtant la condition j¤=1 ne suffit en rien à fournir la certitude que p ¤=1. Il y faut en plus que le texte n'offre pas d'embrèvement.

Méthode

On favoriserait, en passant à côté de l'embrèvement, la possibilité d'attribuer à une antenne intuitivement discutable, une très haute vraisemblance.

Application à Baudelaire

On imaginera maintenant, faite pour décrire un passage dans quelque article établissant le parallèle Baudelaire-Proust, une antenne soumise à embrèvement [49'] -[50']-[51']: (۩À la recherche du temps perdu║récit d'un temps qui ne reviendra plus∙Ѻ∙comment le jeune mondain, accusé de gaspiller sa vie, a finalement réussi à faire le tableau saisissant d'un milieu et d'une époque)ʭ. Se déclarer certain du harpon indiqué ici marquerait de la fanfaronnade, donc le filet, dans toute sa modération, possède la même valeur que le harpon audacieux et par conséquent p¤=2 empêche la fourche d'obtenir 1 comme arête.

§664
Théorie

La treizième cote, l'aileron w ¤, vaut 2 quand le piquet lui aussi possède une telle valeur. Au contraire avec j¤=1, il suffit, pour écrire w¤=1 de manière justifiée, que puisse aisément être défendu, quant au banc, le rôle introductif du filet vis-à-vis du harpon. Dès lors au contraire que le filet ne présente qu'une gêne pour qui a bien saisi l'importance du harpon, w ¤=2 s'impose. Il faut ainsi mettre sur pied un moyen général propre à éviter que soit octroyée à une antenne la plus haute vraisemblance, au cas où le harpon se montrerait si remarquable qu'en sa présence, chacun devrait congédier absolument le filet comme un sens totalement nuisible de la mire, dès lors qu'est poursuivi l'objectif de comprendre l'ouvrage pris comme objet d'étude.

Méthode

Une machine se présente comme un objet capable de produire un effet sur un autre objet si un moteur lui est associé. Le moulin, par exemple, qui est associé au vent, broie le grain. Pour un mécaniste, la machine a beau être une invention humaine, le schéma de son fonctionnement donne l'essence de tous les processus physiques intelligibles. De là résulte qu'il devient possible, à ses yeux, de nommer d'une seule façon toutes les réalités qui semblent être des activités de ce genre -ce sont autant de mécanismes- qu'il s'agisse de ce qui a lieu dans les machines inventées par l'homme ou des apparences phénoménales évidemment spontanées, comme la nuée de cendres légères en suspension dans l'atmosphère que produit quelquefois l'éruption massive d'un volcan. Le volet intérieur d'une machine se rabat pour garantir la sécurité de son emploi et vient cacher, à l'observateur de son système, une flamme. On a le matériel géologique d'une montagne mû par l'éruption. Le nuage volcanique obstrue le ciel en cachant le soleil. Aucune volonté secrète n'apparaît, tout n'est que rapports géométriques et relations entre des forces: autant de choses analysables et donc susceptibles d'études simplement humaines, comme les pièces d'une machine, avec les nombreuses relations les unissant [52']-[53']. Les macro-mécanismes, visibles à l'œil nu, se distinguent des micro-mécanismes, qui ne le sont pas. Au commencement du vingtième siècle, il a pu être montré, à propos de réactions chimiques, qu'elles ont comme fondement un mécanisme d'équilibre liant des charges électriques positives et négatives [54']. S'ouvrait alors pour la science le programme d'une description du monde chimique ramené à une branche de la micro-mécanique [55']-[56']-[57']-[58']-[59']-[60']-[61']. Au cours des trois dernières centaines d'années, la connaissance de maints processus organiques déboucha sur le succès de l'examen plus fin encore de plusieurs fonctions vitales au moyen de la chimie [62']-[63']-[64'] [65']-[66']-[67']-[69']-[70']. Ainsi aujourd'hui est-il entièrement logique, bien qu'en apparence quelque peu aventureux, pour un amateur de poésie baudelairienne, de vouloir étudier, au moyen de quelques mois d'efforts, un des aspects de l'odorat par le biais du cours d'un physiologiste mécaniste.

Application à Baudelaire

Soit le texte “…voulant cerner le sens de l'attachement de Baudelaire aux parfums, il feuilletait le cours, bien que la philosophie qu'il avait apprise montrât beaucoup d'hostilité à l'idée qu'un professeur de physiologie doive considérer le mécanisme des organes…” Est envisageable une antenne (۩hostilité à l'idée qu'un professeur de physiologie doive considérer le mécanisme des organes║opposition aux cours de médecine∙Ѻ∙méfiance vis-à-vis du mécanisme)ʭ. Comme le filet égare au lieu de guider, nous écrivons w¤=2.

§665
Théorie

On peut accroître la poignée (a¤) d'une fourche, de manière à éprouver l'intérêt de son usage. Soit l'antenne (۩Correspondances…La Nature est un temple║Dieu a organisé la nature comme un temple, y faisant correspondre les uns avec les autres de multiples symboles, comme le fait l'architecte d'un sanctuaire∙Ѻ∙Le premier artiste fit la Nature, donc œuvrer humainement revient à se montrer à l'image de ce modèle honoré, par une réalisation multiple, bien qu'unie intérieurement au moyen des mille relations entre ses parties)ʭ. Afin que la poignée adopte le niveau a¤=2 au lieu de celui a¤=1 de la fourche d'abord examinée, il suffit de prendre une mire “La Nature: un temple fait de correspondances…” Le mot qui formait l'ancien titre figure maintenant dépourvu de majuscule, à l'intérieur d'un vers; le verbe “être” a été supprimé; le verbe “faire” se montre à présent, alors que Baudelaire ne l'a nullement utilisé; “de” apparaît aussi, tout comme le signe de ponctuation “:”. Interviennent là sept minerais, ce qui empêche la nouvelle poignée de rester au même niveau que l'initiale. Conformément à l'usage suivi dans la partie de l'essai qui précède, le critère numérique 2 ne saurait devenir 3, ou davantage, quand les transformations du texte s'accumulent. Au contraire l'empan, la mesure de vraisemblance du râtelier, de même que le gabarit d'une pépinière, peut aller jusqu'à une valeur négligeable, s'il passe au-dessous de 1/16.

Méthode

Certes on déclare souvent que tous les mots dans un ouvrage sont importants, mais cela ne signifie pas qu'ils ont une égale importance. D'un côté, leur ensemble est plus décisif que chacun d'entre eux. Deuxièmement ils sont tous importants, du fait que chacun porte un élément à considérer dans le sens de détail. Troisièmement certains éclairent plus leurs voisins que ne le font d'autres, ce qui se voit dans le style télégraphique, puisqu'il sélectionne correctement les mots les plus importants pour le fond.

Application à Baudelaire

Peu importent ici les croyances ou les doutes des interprètes actuels de Baudelaire, ils ne peuvent qu'accepter l'existence d'un propos théologique dans „Correspondances“. Il ne s'agit pas ici, d'affirmer sa propre vue des choses, mais de connaître celle du créateur. Quand il écrit «La Nature est un temple…» il propose l'image de quelque dieu, ce qui oblige l'interprète, de façon évidente, à plier sa volonté devant ce fait, puisque admettre que le mot «temple» n'a qu'une valeur secondaire dans le poème semble impossible.

§666
Théorie

Augmentons (b¤), le havresac de la fourche (۩en costume d'Ève║nu et métamorphosé en fille∙Ѻ∙ entièrement déshabillé mais, de surcroît, paraissant avoir changé de sexe)ʭ concernant “il sortit de l'eau, glissa derrière le paravent, puis se présenta en costume d'Ève”. Actuellement le harpon avec “mais” vient souligner l'aspect étrange des choses, donc joue son rôle d'approfondissement, ce qui justifie b¤=1. Si maintenant est ajouté le broyeur “de par quelque tour de magie”, placé avant la fin actuelle, “en costume d'Ève”, un affût montre sans difficulté l'inadéquation, vis-à-vis de la nouvelle phrase, de la fourche utilisée auparavant: “la notation "paraissant" s'oppose à "tour de magie" et au contraire "métamorphosé" y fait écho, ce qui procure deux raisons de voir le filet comme supérieur au harpon”. Nous écrirons alors b¤=2, mesure interdisant que l'arête se hisse à un plan supérieur à ½, en raison de la faiblesse constitutive de l'antenne du nouveau texte.

Méthode

Les poètes ont maintes fois l'occasion de choisir entre des versions qui se valent de chacune de leurs intuitions de base, cette liberté appartenant au même type que le choix entre des actions réalisées par tous dans la vie ordinaire. De la même façon l'égalité x²=1 possède les racines également valables x=1 et x=-1.

Application à Baudelaire

Respirer un parfum et non un autre: combien l'enjeu paraît dérisoire ici! La difficulté subjective commence lorsque le souvenir de la grande facilité de choix propre à l'instant initial vient plus tard se combiner avec la saisie d'énormes conséquences lointaines, très différentes pour les deux options présentes au départ. Employer tel ou tel parfum semble dépourvu de suites fâcheuses, mais quand le sujet croit deviner, par millions, des correspondances différentes, allant avec l'une ou l'autre fragrance, l'individu s'imagine participer à l'entreprise de façonnage du monde, se posant la question du meilleur usage de sa propre vie dans cet ensemble. Pour l'artiste insérant la beauté qu'il engendre au sein de la beauté cosmique, le problème de sa dignité ne cesse de se poser, vu qu'il doit craindre, par elle, d'abîmer ce qu'il veut grandir.

§667
Théorie

On peut aisément augmenter la géode (c¤), pour (۩Asselineau rencontra Baudelaire alors qu'il regardait un tableau║on ignore si le pronom "il" représente "Asselineau" ou "Baudelaire"∙Ѻ∙Asselineau et Baudelaire regardèrent ensemble, au minimum, un tableau)ʭ. Si l'interprète s'aperçoit que l'exemplaire d'une biographie portant sur Baudelaire qu'un ami lui a fourni comporte le mot “peinture” et non “tableau”, comme dans l'édition de référence que citent les meilleurs experts de l'historien, le doute sur la fidélité de son texte à l'original remet en cause son jugement sur l'antenne, de sorte qu'il se voit obligé d'affaiblir l'arête par la décision d'écrire une géode c¤=2 [71']. Il en résulte aussitôt que la vraisemblance 1/(a ¤)(b¤) (c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤) de la fourche se trouve incapable de surpasser le niveau 1/(a ¤)(b¤) (2)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=½.

Méthode

C'est en effet la moindre des choses que si une antenne présente une infidélité au texte qu'elle commente, il soit pour elle impossible d'atteindre le niveau 1 de vraisemblance.

Application à Baudelaire

La critique doit se hisser à l'objectivité la plus haute accessible dans le domaine où elle agit, comme le fait chaque secteur de l'examen savant des choses, même si le degré auquel on est capable de la pousser varie nécessairement, puisque l'historien est moins distinct de Jules César que le chimiste ne se distingue de l'uranium [72']-[73']-[74']. En tout cas aucune occasion, pour qui veut posséder une connaissance approfondie sur un objet, ne doit être manquée, de se distinguer de lui. Affaire pour laquelle il convient de réputer fausses, dans les entreprises de science comme de technologie, toutes les vaines croyances relatives au caractère précieux de l'ordonnancement subjectif de la représentation humaine des objets [75']-[76']-[77']-[78']-[79']-[80']. S'il est vrai que le savoir élevé se poursuit avec des facultés humaines, ceux qui glorifient un tel ancrage oublient non seulement que les opérations de l'esprit ont été historiquement élaborées, mais qu'il faut souvent modifier les formes de pensée dans lesquelles on a été formé socialement, pour découvrir des choses nouvelles et bouleversantes [81'].

§668
Théorie

Cherchons à élever le boulet (d¤) en l'arête d'une fourche visant à décrire le passage suivant d'un cours de météorologie: “…en climat océanique tempéré il s'écoule, à tout moment, pour chaque point de territoire, peu de temps avant que le temps ne change…” L'interprète qui voit ici un mot d'esprit utilisera l'antenne (۩temps…temps║changement général des choses…état de la météorologie∙Ѻ∙pour le cas français, il est heureux que le même vocable désigne aussi bien le changement général des choses que l'état de la météorologie)ʭ. Néanmoins le professeur de science a simplement pu manquer d'adresse puisque son but est d'introduire un propos de physique, non d'écrire avec élégance. Son exégète s'imagine que le savant réfléchit au climat instable de la France, justifiant qu'un mot unique dénote la situation météorologique et la modification générale des objets, alors que, tout simplement, ce professeur, averti de ce qui relève de ses compétences élevées, a pu être imprécis dans l'usage du vocabulaire commun. Pareille incertitude montre que formuler une antenne pour un texte hautement rationnel conduit fréquemment à des confusions. Nous apercevons ainsi pourquoi est justifié de reconnaître une valeur 2 au boulet de toute antenne construite dans ces conditions et en particulier à cette valeur (d¤) ici analysée.

Méthode

Nous avons coutume de multiplier les appellations pour les diverses branches de la science déductive, comme pour la météorologie. Au fond pourtant il n'existe qu'une science, dont l'unité vient de la déduction "proposition A=>proposition B" présente à l'intérieur de toutes les branches. La science déductive s'est lentement constituée, puis a montré sa cohérence au XIX e siècle, devenant à cette période un ensemble continu. Les mathématiques explorent les relations les plus générales du monde, la physique les rapports de force unissant les corps ayant ces relations, la chimie les combinaisons entre ces corps et, la biologie, celles, parmi ces formes, qui ont une membrane extérieure les bornant et qui se reproduisent. La science est une description du réel au moyen d'un possible démontré. Dans un processus déductif ne méritent d'éventuels reproches que les bases -reconnues comme telles ou pas- vu que l'implication étant fiable, théorèmes ou lois ne peuvent devoir leur faiblesse qu'à ces bases. On modifie le possible démontré au moyen de quelque changement de base interne à ce possible, pour arriver à un autre plus aisément justifié. Le possible est ce qu'on pense être le réel sans en être absolument sûr. Il n'existe qu'un possible sans faille: le réel. Mais nous le connaissons progressivement et donc, à ce que nous voyons, les apparences interminablement succèdent aux apparences. Les zones de plus grande incertitude, à l'intérieur de tout possible autre que le réel, sont les bases par lesquelles nous découvrons le réel partiel que permet de voir l'étape historique atteinte. L'expérience, qui, prétendument, selon qu'elle joue un rôle ou pas dans la recherche de la vérité, devrait délimiter savoir expérimental et savoir pur, demeure toujours là dans les deux cas. Ce qui est souvent nommé la science pure l'emploie aussi, mais elle s'y présente moins visiblement, parce qu'elle n'y adopte point la figure de l'expérimentation avec son lourd matériel et, ce, à cause de la simplicité de l'objet étudié, qui permet au crayon de le présenter sur la feuille de papier. Cette affaire a troublé de grands esprits et leur a donné l'illusion qu'existe un type de jugement scientifique dépourvu de fondement d'expérience [82']-[83']-[84']-[85']-[86']-[87'].

Application à Baudelaire

L'expression artistique laisse de côté la vérification, point qui autorise à éviter un retour méticuleux vers l'expérience, qui en est cependant la source. Poétiquement glace, grésil, brouillard, grêle, neige, roche cristalline correspondent avec le blanc ou la transparence comme l'alcool -et ce dernier est souvent logé dans un flacon de verre, lui aussi transparent. À l'opposé au moyen du rouge correspondent feu, soleil, trompette, sang et argile ordinaire. Les correspondances ont une souplesse venant largement de cette absence du besoin d'en vérifier la teneur. Ainsi elles autorisent pour la tiédeur des larmes le rôle d'intermédiaire unissant froid et chaud, feu et eau.

§669
Théorie

On peut sans obstacle augmenter le mousqueton (e¤) de l'antenne (۩fête de l'esprit║joie intense donnée par un chef d'œuvre∙Ѻ∙plaisir des opposés qui se juxtaposent avec harmonie)ʭ. On a conçu pareille fourche dans le but d'apporter un commentaire sur un aspect du texte suivant: “…d'après Baudelaire l'imagination de l'artiste s'empare des faits rencontrés au cours de sa vie, par conscience immédiate ou mémoire, dans le vécu ou par des lectures, de sorte que, partant de choses vertes, rouges, noires, blanches, des ambiances parfumées rappelant musc, encens, benjoin ou ambre, ainsi que de toute une série de sonorités l'amenant à penser aux trompettes, hautbois, tympanons, flûtes, violons, timbales, de telle façon qu'il parvient, dans le cas où il engendre une haute réalisation esthétique, à organiser maints contrastes en un tout délimité, suggérant un sens du monde, qui engendre chez son témoin une fête de l'esprit. Chez le grand esthète le trésor intérieur des images mentales traite l'apport extérieur de l'expérience, avec le résultat qu'elles peuvent influencer beaucoup de gens.” Par substitution de “plaisir surréaliste” à “plaisir des opposés qui se juxtaposent avec harmonie” dans l'énoncé du harpon, une antenne indéniablement affectée d'anachronisme serait engendrée, qui alors délaisserait, quant à son mousqueton, le plan e¤=1 pour adopter le niveau e¤=2.

Méthode

La séparation traditionnelle des facultés -imagination, intelligence, perception, mémoire, sensibilité- amène de graves problèmes au plan du savoir très fin et on la conserve ici uniquement au niveau de la pensée la plus ordinaire, parce que chacun la connaît.

Application à Baudelaire

L'imagination peut lier, dans la mémoire de l'artiste, le souci l'ayant occupé la veille avec un ouvrage réalisé, parfois, dix ans avant. Cette intelligence comme cette conscience -les deux semblent des genres de mémoire, l'une très détaillée, touchant des notions apprises en tout moment du passé quelque peu distant, l'autre concernant des choses presque immédiatement vécues- parviennent à faire coïncider maintes choses diverses. On se représente aisément un architecte qui réutilise le plan ayant servi pour une caserne afin de construire un musée. On imagine également un artiste combinant le bruit d'un cheval au galop, celui d'une rivière qui s'écoule, avec le gazouillement des oiseaux. Dans la science il n'en va guère autrement, la seule différence venant de ce qui est introduit par le principe de la vérification. Darwin compare des gens peu avantagés, quant aux chances de survie de leur progéniture, avec d'autres êtres vivants peu favorisés à cet égard [88']. Les diverses occupations peuvent aussi croiser leurs formes. Abstraitement on voit en son esprit, sans difficulté, un auteur utilisant un plan stratégique avec les diverses étapes d'une campagne militaire pour définir les chapitres d'un roman. Un écrivain comparera le plan d'une ville avec la forme d'un poème, usines et marchés correspondant aux substantifs et verbes, reliés par des routes et voies d'eau, pareilles aux prépositions et conjonctions.

§670
Théorie

L'élévation du bouclier (f¤) se réalise commodément par fourniture, au moyen du harpon, d'une illustration dénuée de butoir. Ainsi pour le texte “…la nature est le temple de Zeus où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles…”, l'antenne (۩temple║édifice religieux où est célébré un culte∙Ѻ∙construction réservée aux offices à Dodone)ʭ, le harpon recèle une illustration qui manque d'un butoir, de sorte que le bouclier ne peut que valoir f¤=2 [89']-[90'].

Méthode

Il faudrait, pour être parfaitement exact, déclarer que le bouclier prend le niveau 2 “quand le harpon suggère une illustration dénuée de butoir” et non que cela survient “quand le harpon recèle une pareille illustration”. En effet une illustration est un exemple, mais nous faisons pleine confiance au lecteur pour saisir intuitivement ce que notre abus de langage mentionne, parce que l'idée ayant été d'abord agencée dans le détail par une conception fort précautionneuse, il est ensuite ordinaire de la transmettre plus intuitivement.

Application à Baudelaire

À plus forte raison en poésie, arrive devant nos yeux, en fonction des moments, plus ou moins de clarté. Que signifient les mots initiaux? Concernant le premier vers nous devons nous poser la question des rapports entre monde naturel et art. Le naturel passerait-il dans l'art ou serait-il par lui élaboré à nouveau? Les deux! Nous lisons tout autre chose que “…la nature devient un temple…” Il est noté «La Nature est un temple…» Donc ce n'est pas uniquement un processus historique, même si l'art et la religion ont une histoire. Il y a simultanéité. L'éternel est dépourvu de temps pour un platonicien [91']. Par ailleurs nous élaborons techniques, beaux-arts et imagination commune de notre pays en partant de choses plus élémentaires. Nous voyons le fer comme symbole de la rigueur, le froid et la peur comme associés. De même le tiède correspond au calme, l'excitation à ce qui est chaud. Nous appelons nos enfants Olivier ou Léon. Nous portons les noms de Poisson, Roquet, Bonneau, Labiche, Fontaine, Perdrian, Corbin, Poirier, Lecerf, Prunier, Montagne, Lebœuf, Travers, Lechat, Fauvel, Engoulevent, Dubois, Bruyère, Poulain, Harondelle, Duval, Renard, Leloup, Marais, Larose, Dutertre, Lepaon, Mouchel, Canard, Lelièvre, Goupil, Rocher, Baudet, Cheval, Faucon, Lecoq ou Sapin. Le feu qu'allume spontanément l'orage se trouve figuré dans certains blasons, habite l'âtre de nos foyers, tandis que sa fumée se plie au conduit de nos cheminées. La forêt habite l'église par ses colonnes, les fleurs ornent les robes, l'Égypte utilise les oiseaux pour orner une paroi de tombeau [92']. Le Saint-Esprit est figuré par une colombe [93']. L'opération ne cesse jamais: nos héros affrontent un lion et un rapace dévore le foie du titan philanthrope, le sauveur est vu comme un agneau, l'exécution du roi se fête par un mets de tête de veau. L'acquisition de la culture se compare aux efforts demandés pour extraire la moelle des os [94']-[95']-. En bref le monde naturel se glisse dans le temple, costume, palais, mythe ou personnage réel.

§671
Théorie

On fait croître sans difficulté particulière le chalut (g ¤) d'une fourche (۩carnaval║divertissement populaire avec défilé grotesque ayant lieu dans la semaine qui précède le carême∙Ѻ∙car naval) ʭ commentant “on trouve logique, dans un port si passant, d'y maintenir un carnaval”. Au départ l'antenne mérite le chalut g¤=1 puisqu'il est demandé à une fraction particulièrement habile des auditeurs ou lecteurs de trouver le sens de banc “carnaval=car naval” en partant du sens de billard “car naval”. Il suffit d'une modification du texte, pour obtenir g¤=2: on passe au texte “on trouve logique, dans un port si passant, d'y maintenir un carnaval, voire un car naval”. Une fois cette phrase utilisée, le filet “divertissement populaire avec défilé grotesque ayant lieu dans la semaine qui précède le carême” prépare ouvertement le harpon “car naval”. On dispose là d'un sens de billard introduisant déjà le prétendu harpon, ce qui rend inutile de le chercher dans le banc et on est donc mené à écrire g¤=2.

Méthode

Il est ici nécessaire d'imaginer, grâce aux indications du contexte, un reps difficile à cerner, alors que dans “je vais au port, afin d'y voir le car naval” on aurait une base de reps très évidente. La fourche s'adresse potentiellement à n'importe quel phénomène de parole dans lequel on soupçonne qu'un sens approfondi vient à en dépasser un autre qui l'introduit, mais évidemment un tel soupçon est susceptible d'être mal fondé, ce qui donne alors une faible arête.

Application à Baudelaire

Avec les vers ou les jeux de mots on voit en résumé ce qui est commun entre art et science autant que ce qui est différent. On échafaude une construction dans les deux cas, mais de façon raide ou de manière détendue. Les règles de représentation du réel que se fixe un savoir ne sauraient autoriser à y voir une fiction. Autant prétendre que les astronomes, avec le télescope, inventent les astres invisibles à l'œil nu.

§672
Théorie

Cherchons à augmenter le patin (h¤) d'une fourche commentant ce texte, que nous imaginons afin de nous procurer un exemple commode, venant de quelque spécialiste de Baudelaire: “…la tenture pesante des humanités, ourlée de mélancolie, ne peut cacher au jeune homme le bouquet des fleurs du mal que lui offre Paris…” Nous partons de h¤=1 avec l'antenne (۩ourlée de mélancolie║finissant, à force de privations, par engendrer de la mélancolie∙Ѻ∙savamment élaborée puis intégrée, par ses propres méditations, au spleen que ses lectures insufflent en lui)ʭ. Imaginons alors que, relisant notre analyse, nous prenions lentement conscience que, dans le même râtelier, nous avions déjà fait appel à une fourche -se liant difficilement avec l'antenne signalée plus haut- à propos d'un passage antérieur du même article: “…ses excellentes études allaient pourtant sécréter l'humeur de lassitude, fort habituelle à cet âge, qui devait bientôt l'exclure de la route que lui destinait son beau-père…” Cette antenne déjà conçue par nous aurait pour contenu (۩l'humeur de lassitude║quelque fatigue des occupations nécessaires à tout homme cultivé fondant sa profession sur des connaissances∙Ѻ∙une mélancolie fort superficielle, très en marge de l'essentiel qui l'habitait, concernant les ouvrages de l'esprit)ʭ. Nous voyons que l'envie supposée de Baudelaire, le poussant à vouloir sortir des bibliothèques et salles de classe, ne saurait à la fois être présentée comme “savamment élaborée puis intégrée, par ses propres méditations, au spleen que ses lectures insufflent en lui” et comme “une mélancolie fort superficielle, très en marge de l'essentiel qui l'habitait, concernant les ouvrages de l'esprit”. Sur des passages de sens voisin, le premier touchant la volonté d'abandonner le cours de sages études et le second le désir de relations avec des filles, nous qualifions le dynamisme interne au futur poète de manière contradictoire. Une vrille résulte de cette incompatibilité de harpons. Vu que dans le couple de fourches opposées la première offre une mire notée avant celle de l'autre, son patin h¤=1 n'est aucunement affecté par cette affaire, tandis que seule mérite le patin h¤=2 l'antenne (۩ourlée de mélancolie║finissant, à force de privations, par engendrer de la mélancolie∙Ѻ∙savamment élaborée puis intégrée, par ses propres méditations, au spleen que ses lectures insufflent en lui)ʭ.

Méthode

Les mille combinaisons d'expérience que l'existence file, tout au long d'une jeunesse, ne se laissent pas aisément analyser, de sorte que la surprise nous guette sans arrêt, de voir le mal se transformer en bien dans les jeunes années d'un homme quelconque, profitant des innombrables possibilités d'une société complexe. Il faudrait la contribution de nombreuses disciplines pour comprendre la nécessité de pareils événements et, si possible, que toutes leurs méthodes aient des points communs, afin de rendre l'apport fin de tel expert de l'une bien compréhensible par les meilleurs auteurs du moment ayant écrit sur les autres.

Application à Baudelaire

Certes Baudelaire ne put distribuer tant de trésors intellectuels que par son immense culture personnelle, mais il ne le fit pas en pédant. Ce qu'il a vécu permit sans doute un approfondissement inusité, dans le milieu où il avait été formé, de l'héritage que l'étude lui transmettait. Ainsi l'humour érotique ajoute dans presque chaque poème une pointe acerbe, maladive, dramatique ou lugubre, au legs issu de Marivaux, qui excellait à peindre l'échange plein de balancement et d'indécision entre jeunes gens aimables, fragiles jouets, dans leur amusante légèreté, d'excitations passagères, qui leur font lentement deviner l'amour auquel ils cèdent au cours de leur subtile transformation et sur lequel ils posent des mots retenus autant qu'élégants, de par leur éducation [96'].

§673
Théorie

Le piquet (j¤) d'une fourche pourra être accru, si on rend le texte dont un aspect sert d'objet à une description par elle, suffisamment incompréhensible pour que nul thème nettement définissable ne s'en dégage, qu'on puisse aisément exposer. On part de “Baudelaire se réclamait des grands maîtres, bien que prêt, aussitôt qu'une de leurs opinions était contraire aux principes de sa propre vie, à se moquer de leurs propos” [[97']]-[[98']]. Soit une antenne de ce premier énoncé: (۩prêt…à║préparé…à∙Ѻ∙près…de)ʭ. L'interprète pense deviner “près de” là où est écrit “prêt…à”. Peu importe ici le mérite d'un tel commentaire, puisque l'essentiel vient de son piquet j¤=1, obtenu parce que le couvercle du texte se définit sans difficulté: “deux tendances, au sein de l'esprit du poète, s'affrontent perpétuellement: celle portant à révérer un modèle de haute perfection et celle poussant à se moquer de toute autorité”. On modifie ce propos, afin qu'il devienne incompréhensible: “Baudelaire plein de maître bien que prêt dès que contraire se moque”. Le contenu de cette prétendue phrase n'étant pas identifiable, nul couvercle ne saurait en être défini, ce qui procure le piquet j ¤=2, empêchant ainsi l'arête de se hisser au niveau 1.

Méthode

C'est un des grands problèmes de l'instruction que celui de former aux classiques les jeunes gens, tout en développant leur pouvoir intellectuel de critiquer toute faiblesse. Celui-ci doit en plus être vite affiné puisque le développement historique rend les anachronismes périlleux.

Application à Baudelaire

Elle-même la critique bute péniblement sur la possibilité que le poète de la douleur soit également celui des correspondances, puisque celles-ci forment des harmonies, alors que la souffrance paraît due à un manque de coordination entre les choses. Ou alors c'est de l'absence d'imbrication heureuse des circonstances que naît l'aspiration aux correspondances. Mais concernant un privilégié de la société de son époque, on voit mal en quel sens les affres de l'existence devraient être considérées comme l'aspect décisif de son quotidien, sinon relativement aux maladies l'ayant affecté. C'est évidemment le fait qu'il a écrit, alors que de plus modestes laissèrent moins de choses après eux, qui donne à son témoignage du prix. Il rend tellement service aux historiens et son grand ouvrage brille de tant de feux que la meilleure partie de la critique se voit obligée à quelque réserve. Plus généralement il s'avère difficile de s'en prendre aux penseurs conservateurs qui ont laissé une œuvre, même s'ils ont eu la pensée de gens qui n'ont en rien labouré la terre, manipulé des instruments et sué durement au travail. Contrairement à d'autres ayant eu le même genre de vie, ils ont eu des occupations studieuses dont nous héritons. C'est pourquoi on les appelle de grands esprits. Baudelaire avait lui-même des activités fort étrangères aux travaux manuels éprouvants comme ceux de la ferme ou de la mine. Heureusement, bien que chacun soit un enfant de son milieu historique, la pensée donne le moyen de voir quelques unes des images conçues par autrui [99']-[100']-[[101']]: «C'est la Mort qui console et la Mort qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, divin élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le cœur de marcher jusqu'au soir;
À travers la tempête, et la neige, et le givre,
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l'on pourra manger, et dormir et s'asseoir;
C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus;
C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus!
»

§674
Théorie

Nous chercherons un garrot (k ¤), augmenté vis-à-vis d'une situation initiale où k ¤=1 se montre satisfaisant. Soit l'antenne (۩progrès║avancée historique∙Ѻ∙affinement de la conscience que nous avons de notre temps)ʭ visant à décrire cette remarque de Baudelaire [102']-[103']: «…Delacroix est la dernière expression du progrès dans l'art.» Imaginons l'antenne (۩progrès║avancée historique∙Ѻ∙amélioration morale)ʭ destinée à décrire un passage de quelque œuvre du poète, auparavant inconnue, faisant état d'un progrès moral entraîné par celui du savoir. Le couvercle de ce nouveau texte serait: “l'humanité s'améliore au plan des mœurs parce que l'instruction, plus répandue qu'auparavant, fait comprendre à chacun les bienfaits généraux de la paix, autant à l'intérieur de chaque pays qu'entre les nations”. L'avantage du piquet j¤=1 n'est point anéanti, puisque le couvercle du nouveau texte possède toute la netteté requise. Nous définissons alors un tuteur pour ce couvercle: “"instruction répandue", "progrès moral"”. Comme nous chercherions en vain dans tout le corpus des ouvrages du poète une œuvre dans laquelle un thème recouperait ce tuteur, aucun engrenage, dont le nouveau texte serait une partie, ne se présentera. Le nouvel ouvrage ne pourra donc être considéré comme un gîte, ce qui entraînera que le garrot de l'antenne (۩progrès║avancée historique∙Ѻ∙amélioration morale)ʭ méritera une valeur k¤=2.

Méthode

Nous écartons deux vains sophismes: d'abord celui d'après lequel l'auteur n'est pour rien dans ce qu'il a écrit; en second lieu celui représentant les interprètes comme apportant une contribution au sens exprimé par le créateur. Premièrement nous étudions toujours ce que l'auteur a voulu ou pensé très vite, ou à propos duquel il a eu quelque rêverie, mais avec une certaine conscience de cela, vu que même si des milliers d'idées lui sont venues involontairement, il a, selon toute vraisemblance, à l'intérieur de son texte, à publier comme œuvre d'art, été amené à voir -clairement ou vaguement, synthétiquement ou par morceaux isolés, ce parfois au fil de maintes réflexions ou songeries- le résultat de ses intentions, stables ou fugitives, claires ou rêveuses. Secondement le sens original n'est pas à confondre avec les motifs d'intérêt, lesquels peuvent sans arrêt se renouveler au cours du temps. De cette façon l'abbé Prévost ne pouvait, ayant vécu un siècle avant Baudelaire, penser au recueil poétique "les Fleurs du mal", cependant il est tout aussi clair qu'une fois paru cet ouvrage, il devait fournir un motif nouveau de lire „Manon Lescaut“ [106'].

Application à Baudelaire

Quand il est avancé que Baudelaire, inconsciemment, était partisan de l'existence d'un progrès moral de l'humanité, puisqu'il avait participé à une révolution, en 1848, et a contribué par „les Fleurs du mal“ à une libération des mœurs, il vaut mieux y regarder à deux fois [104']. L'action du poète se distingue de ses jugements et nous risquons de l'interpréter en fonction d'idées qu'il a combattues [105'].

§675
Théorie

On augmente le rebond m¤=1 d'une antenne, qui accompagne de commentaires un passage choisi dans un texte, lorsque, sans provoquer j ¤=2, on enlève de cet ouvrage le fief qui appuyait pleinement cette antenne. Soit le texte “les correspondances que développe la mémoire des traits faciaux les plus familiers, vus lorsqu'on est enfant, ont une immense portée dans toute la vie. Alors qu'on se trouve devant un visage nouveau, surgit en l'esprit une image, et ce mage intérieur agissant aussitôt, ce visage présent vient à être recouvert par le souvenir ancien, provoquant le réveil de telle ou telle force -au plus haut point dangereux pouvoir de sympathie ou de haine- cela en fonction du type de rapport qu'on avait, ou qu'on a cru entretenir, avec un personnage des lointaines années, caractérisé par des traits auxquels nous renvoie cette physionomie perçue à l'instant. Les "regards familiers" constituent ainsi, en chacun, une couche d'imaginaire qui forme une base pour des inclinations.” L'antenne (۩image…mage║les images venues de l'enfance deviennent une pensée mystérieuse à l'intérieur de chacun∙Ѻ∙il convient de se méfier du souvenir enfantin autant que d'un charlatan)ʭ mérite actuellement le rebond m¤=1, pour deux raisons. D'une part le fief “au plus haut point dangereux pouvoir de sympathie ou de haine” garantit que le filet interprète la mire de façon moins profonde que le harpon. D'autre part le matras justificatif des conséquences du fief se découvre aisément: “puisque la force réveillée par le souvenir enfantin s'avère au plus haut point dangereuse, l'image qui l'accompagne doit être considérée avec autant de circonspection et de crainte qu'un charlatan prêt à tromper ceux auxquels il s'adresse”. En ôtant l'incise qui sert de fief ici, on garde la possibilité d'un couvercle, garantissant j ¤=1 et on prive le harpon de toute supériorité vis-à-vis du filet, parce qu'il n'existe pas d'autre passage du texte avantageant clairement ce harpon. Il en résulte que la même antenne se voit attribuer le rebond m¤=2.

Méthode

Il est facile de supposer que nos représentations ne sont jamais dépourvues de bases et que le mieux qu'on puisse faire, pour obtenir une pensée juste, consiste à en choisir lucidement les fondements. On s'y efforce, au plan collectif cette fois, dans la déduction de science, puisque les principes, loin d'être arbitraires -comme se l'imaginent les naïfs ou les modernes adeptes du scepticisme- reposent sur l'excellence du service qu'ils rendent. Leur qualité de bases n'autorise pas leur déduction, puisqu'il faudrait alors des bases à ces bases, ce qui serait contradictoire. Si une base vient à être déduite, on a donc trouvé d'autres bases et celle dont il était question devient résultat. Cependant si on accepte comme principes des bases non déduites, on en demande une justification par des faits qui paraissent, au moins provisoirement, indéniables. Nul n'a vu le peu de chaleur d'une pièce froide venir -sans appareil spécial- réchauffer une pièce attenante surchauffée [107']-[108']-[109']-[110']-[111']-[112']. Aujourd'hui le principe de physique relatif à cela n'est pas déduit d'autres propositions, mais il est établi suffisamment par ce genre de fait [113']-[114']-[115']. Les bases de la géométrie d'Euclide ont la certitude propre à notre vie courante, à l'expérience du menuisier, du maçon, de l'architecte [116']-[117']. D'autres géométries ont été conçues, dont les bases, qui mettent l'accent sur l'importance des courbes, doivent leur succès au service qu'elles offrent en astronomie [118']-[119']-[120']-[121']. Quand on développe un savoir inutile, on espère qu'il deviendra utile plus tard. Hors des beaux-arts dont il semble plus délicat de traiter pareillement, il faut l'avouer, c'est aussi le cas pour les techniques. La céramique peut avoir été inventée par jeu, en projetant des boulettes de glaise dans un feu, mais elle n'est devenue d'importance considérable qu'au moment où elle a débouché sur la poterie utilitaire [122']-[123']-[124']-[125']-[126']-[127']-[128']-[129']-[130']-[131']-[132']-[133']-[134']-[135']-[136']. L'écriture a pu être inventée pour mettre des signes de portée sacrée sur des objets rituels, mais elle n'a pris un essor immense que lorsqu'elle a commencé à servir pour instaurer le compte des grains et pour envoyer messages ou ordres administratifs [137']-[138']-[139']-[140']-[141']-[142']-[143']-[144'].

Application à Baudelaire

Religion et beaux-arts, également, paraissent rechercher l'essentiel dans le réel, mais en faisant un détour loin du carcan de l'expérience, bien que les emprunts faits à elle y demeurent nécessaires [145']-[146']-[147']-[148']-[149']. Le pari est donc là que l'inspiration visera juste, malgré l'absence de précaution méthodique à l'extrême, ce qui suppose que, dans certaines conditions historiques, le goût, dans la diffusion d'un thème, a le rôle décisif que la vérification joue, au sein d'autres circonstances, pour la diffusion des lumières. Baudelaire avoue à Dieu la certitude qui l'anime dans cette ambition [[150']]-[[151']]: «Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l'invitez à l'éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations…
»

§676
Théorie

Tentons ici d'obtenir le marteau p¤=2, en partant du cas où (p¤) vaut 1, sans priver l'antenne considérée du piquet j¤=1. Il est besoin, pour ce faire, de conserver l'avantage d'un couvercle, relativement à un texte de substitution, tout en obviant, pour l'antenne, au caractère p¤=1, venu de l'ancien texte. Supposons que, dans les archives du jeune Baudelaire, soit découvert ce distique: “La Nature est l'espace où de vivants piliers/Laissent parfois sortir un discours familier.” Pour décrire l'usage du mot “espace”, notons l'antenne (۩espace║distinction générale des choses∙Ѻ∙lieu rêvé)ʭ. Le harpon semble mieux valoir que le filet, puisque ce dernier paraît bien trop abstrait pour un texte marqué de fantaisie, ce qui nous mène à un marteau p¤=1. Destiné à être commenté par l'antenne apparemment inchangée, mais dotée d'embrèvement, un texte nouveau est choisi: “La Nature est l'espace où de vivants piliers/Laissent parfois sortir un discours meurtrier.” Puisque l'expression “lieu rêvé” indique une terre de bonheur plus que de malheur, harpon et filet sont maintenant suspects tous les deux, ce qui établit une situation d'embrèvement nous conduisant au marteau p¤=2 avec (۩espace║distinction générale des choses∙Ѻ∙lieu rêvé)ʭ.

Méthode

Au plan de l'extrême rigueur il ne peut exister une même antenne pour deux textes différents, donc nous employons en réalité deux antennes distinctes avec la certitude que leur caractère voisin sera immanquablement vu des lecteurs.

Application à Baudelaire

Si le sentiment de Baudelaire lui donne l'assurance de l'existence divine, sa raison lui fournit une conviction quant à celle du mal diabolique [[152']]-[153']-[154']. Vu que Dieu et diable forment un ensemble indissociable pour son âme religieuse mais tourmentée, sortent des mains de cet étrange fleuriste des compositions relevant du beau -qui est un aspect du bien- réalisées largement à propos du mal [155']-[156']-[[157']]-[[158']]-[[159']].

§677
Théorie

On réussit à élever l'aileron (w ¤) d'une antenne de 1 à 2, en instaurant une situation où -(j¤) valant 1 de manière continue- le raisonnement, qui justifie l'aptitude qu'aurait le filet à présenter le harpon, devient fort malaisé. Soit le texte “…nul événement comme tel n'est digne d'intérêt pour l'historien, puisque dépourvu des fondements que lui donne le processus qui l'amène, il demeure incompréhensible…” Adoptons, pour l'accompagner, l'antenne (۩événement║acte brusque, mais venu de bien avant, frapper le devenir humain∙Ѻ∙illustre fait historique)ʭ. On est dans un cas où le harpon s'explique bien par le filet, puisque la soudaineté d'une chose frappant l'esprit est propice à ce que le souvenir s'en conserve. Il existe donc une introduction du harpon au moyen du filet dans le commentaire procuré par l'antenne, ce qui pousse à écrire w¤=1. En se tournant vers la fourche (۩événement║fait absolu venant complètement de l'extérieur frapper le devenir humain∙Ѻ∙illustre acte historique)ʭ on se met dans une situation où il devient périlleux de prétendre que, d'après quelque rêverie ou pensée fugitive, l'événement arriverait aux hommes de l'extérieur, ce qui mène l'interprète à écrire w¤=2. Au XIXe siècle d'après maint esprit marqué de théologie, comme Baudelaire, Dieu pourrait avoir engendré brusquement, de l'extérieur, certains faits historiques très importants, comme la Révolution, mais l'antenne utilisée suppose qu'on doive généraliser le propos afin de pouvoir traiter en ce sens tout événement, ce qui devient risqué à l'extrême [160']-[161'].

Méthode

“Événement” et “grand homme” ont à présent abandonné, pour l'étude attentive, leur prééminence d'objets historiques essentiels, en ce que le processus conduisant à ces figures brillantes absorbe l'attention du savant de manière décisive [162']-163']-[164']-[165']-[166']-[167']-[168'].

Application à Baudelaire

En revanche l'art est retenu, par le charme de tout ce qui est subjectif, auprès de ces deux points fascinants, appuis consistants des effets de la plus aventureuse imagination. De plus, à côté de l'événement lui-même, l'idée qui s'en développe dans la pensée commune ou l'inspiration artistique, intéresse l'historien qui cherche à décrire les courants de certitudes, aux influences décelables dans les milliers de contes, inscriptions, récits et chansons qui parcourent tel siècle ou millénaire. L'individu, en lequel se croisent les activités biologiques et sociales, est mû par leurs forces: [[169']]: «…La poitrine en avant et gonflant mes poumons
De toile pesante,
Je monte et je descends sur le dos des grands monts
D'eau retentissante;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre…
»

§678
Théorie

Nous chercherons ici un abaissement de la poignée a¤=2 offerte par une antenne décrivant un minuscule passage d'une imaginaire monographie consacrée au recueil de poèmes de 1857, où se trouverait cette déclaration: “…les arts, pour servir le plaisir, ont produit l'élaboration du monde naturel et en particulier du corps féminin, ce qu'évoque Baudelaire dans le fameux sonnet, où il montre comment le concours des inspirations données par les cinq sens conduit chaque domaine du goût, en s'élevant au-dessus des principes moraux étroits, aux réalisations enchanteresses, comme celle du pare-femme…” Imaginons que soit écrit à cet égard: (۩pare-femme║le parfum donne à "Correspondances" un de ses thèmes∙Ѻ∙dans "les Fleurs du mal" il fallait un poème exaltant indissociablement la beauté du corps et le parfum qui la met en valeur)ʭ. La franche répétition dans le harpon du mot “parfum”, déjà employé dans le filet, empêche de choisir a¤=2 pour caractériser cette fourche. Cependant il suffit, pour que le même genre de commentaire mérite au contraire a¤=1, de recourir à une forme dénuée d'une telle redite massive: (۩pare-femme║le parfum donne à "Correspondances" un de ses thèmes∙Ѻ∙ce que désigne le mot essentiel est étymologiquement ce qui passe "par" la "fumée", comme l'encens qui est brûlé, mais du fait d'un étrange devenir, pour un habitué de l'idiome français, le vocable suggère aussi "pare-femme" et Baudelaire profite de cela pour, à l'intérieur du bouquet des "Fleurs du mal", introduire une fleur -la célèbre poésie- évoquant les divers caractères de l'odeur charmante autant que redoutable dont le féminin aime l'ambiance)ʭ.

Méthode

Si nous tentions d'expulser toute répétition du filet par le harpon, de nombreuses impossibilités viendraient à se présenter, puisque les mots de peu d'importance, comme les articles, nous pressent de nous répéter. La simple recherche d'absence de redite, concernant les côtés dominants de la forme comme du fond, suffit à obtenir a¤=1, si on évite le jeu des objections ratiocinantes. Il s'agit d'obvier à une introduction du harpon au moyen du filet menacée de perdre tout sens tellement les deux se confondent.

Application à Baudelaire

Les objets ultimes de savoir, comme ici poème ou mire, ne sont nullement construits et c'est uniquement leur approche qui bénéficie d'un échafaudage. Le fait, aussitôt qu'il a été bien repéré par une sévère attention ou construction, existe de manière contraignante pour l'intelligence qui examine le réel. Si nous écrivons (۩transports║émotions∙Ѻ∙ivresses)ʭ concernant le dernier vers du sonnet, nous ne construisons -en dehors de (()), (۩), (║), (∙Ѻ∙), (ʭ) évidemment- nul escalier de pensée que les meilleurs interprètes du poème ne sauraient obtenir intuitivement. Ils auront pensé dès la publication du poème, ou dès la déclamation que Baudelaire leur en aura donnée, que «transports» signifie “émotions”, puis que de pareils émois «…de l'esprit et des sens» pourraient justement être des ivresses, d'après la rêverie du poète accompagnant les vers en cause, d'autant que Baudelaire buvait et prenait de l'opium. Il en va de même, à plus forte raison, dans la science déductive. Le géomètre n'invente aucunement, par une construction, deux côtés peu différents qui enserrent un petit angle. Un gypse fer de lance possède grossièrement cette configuration. Le mathématicien octroie une façon élégante d'examiner cette figure dans le cercle muni d'un couple de rayons interceptant un angle aigu [170']. L'explication progressive du réel vient de ce que ses bases lui ont été empruntées moyennant idéation. La science ne fait que simplifier l'idée, la poussant vers l'absolu, mais le départ en vient des apparences accessibles à l'intelligence traitant du sensible. Avec un savoir incapable de simplifier en généralisant, ou de généraliser en simplifiant, il n'y aurait pas de bases pour la déduction du savant et avec des bases prises ailleurs que dans le réel, il n'y aurait pas d'applications techniques réussies et donc pas de témoignage de la vérité historique d'étape recevable par tous les gens cultivés en un moment donné.

§679
Théorie

On parvient sans difficulté particulière à un abaissement du havresac (b ¤) pour une antenne. Rien de plus facile que d'inventer un bref commentaire du fameux sonnet, dont un point serait à son tour commenté par une telle antenne: “dans "Correspondances" Baudelaire a donné bien davantage qu'une règle d'art poétique, chose qui serait déjà hautement appréciable, vu qu'il a pensé à un même principe général pour l'ensemble des arts: celui d'après lequel chacun des artistes doit aussi chercher l'inspiration dans tout domaine sensoriel qui ne le concerne pas au plus haut point, spécialement au sein des chefs-d'œuvres issus des virtuoses en un autre art que le sien”. Pour traiter de cette déclaration, la fourche suivante sera maintenant examinée: (۩art poétique…arts║méthode à l'usage des artistes composant au moyen du verbe…domaines esthétiques de fabrications humaines∙Ѻ∙manuel de base du poète… imitations de la divinité ayant pour but de charmer par l'émotion ou par l'un au moins des cinq sens) ʭ. Il n'est pas douteux que le segment du texte “…une règle d'art poétique, chose qui serait déjà hautement appréciable…” forme un broyeur poussant, à cause de “manuel de base du poète…” à reconnaître le filet comme supérieur au harpon, dans l'interprétation de la mire. Cela oblige à écrire b¤=2. Il faut avouer que le sonnet offrirait un art poétique dépassant de beaucoup les recommandations de base. Afin de rejoindre le niveau b¤=1, il suffit d'adopter l'antenne (۩art poétique…arts║manuel de base du poète…domaines esthétiques de fabrications humaines∙Ѻ∙méthode à l'usage des artistes composant au moyen du verbe… imitations de la divinité ayant pour but de charmer par l'émotion ou par l'un au moins des cinq sens)ʭ. La section quelque peu simpliste de l'ancien harpon se voyant désormais dans le filet, on trouve à présent respectée la hiérarchie nécessaire à l'obtention d'un havresac b¤=1.

Méthode

Les remarques portant sur la disposition des choses procurent souvent l'idée initiale du raisonnement qui débouche sur quelque trouvaille. Ainsi Gauss, d'après un récit fameux, aurait, au tendre âge de neuf ans, observé que toutes les paires des nombres extrêmes, de un à cent, forment une même somme: 101=100+1=99+2=98+3=97+4… Puisque cent nombres doivent être considérés, il existe (½(100))=50 paires de ce genre, ce qui rend nécessaire que la somme des nombres de 1 à 100 vaille (50(101))=5050 [171'].

Application à Baudelaire

Un art poétique n'est pas toujours un manuel d'initiation: cette observation mène au résultat b¤=2, vu à l'instant. La naissance de nombreuses techniques vient de lumières portant sur l'objet analysé, suivie de la montre du fonctionnement des parties internes à un phénomène, devant ceux qui peuvent en voir l'intérêt. Il est possible de montrer sans déduire, autant que l'inverse. Cependant montrer en déduisant, acte qui se nomme la démonstration -déduction et montre composées- augmente le pouvoir de conviction [172']-[173'] -[174']-[175']-[176']-[177']-[178']-[179']-[180']-[181'].

§680
Théorie

Relativement à une antenne (۩…║…∙Ѻ∙…)ʭ, pour abaisser la géode (c¤), il est expédient que soit banni un anachronisme rendant (۩…║…∙Ѻ∙…)ʭ invraisemblable. Soit le texte suivant, que nous écrivons, puis attribuons par commodité à un imaginaire contemporain de Baudelaire: “…en utilisant, aux vers 9 et 10 de "Correspondances", la proximité liant "frais" et "Doux", le poète a voulu gommer discrètement la difficulté de soutenir que la musique, un art du changement général des choses en un point donné, correspond avec la peinture, un art de la distinction universelle des objets en un moment précis. Avec l'image du toucher, qui peut s'allier simultanément à "frais" et à "Doux", Baudelaire a rendu ce gommage possible. Comparables toutes deux au toucher de la peau, les deux autres formes de sensibilité concernées ici, la vue, toucher par les yeux et l'ouïe, toucher de l'oreille, sont rapprochées. ” Imaginons que voulant commenter «couleurs…sons» dans „Correspondances“ en utilisant la même idée, un connaisseur des "Fleurs du mal" écrive aujourd'hui l'antenne (۩couleurs…sons║peinture…musique∙Ѻ∙art de l'espace: réalisations esthétiques dans le domaine de la couleur…art du temps: réalisations esthétiques dans le domaine du son)ʭ. À cet égard nous devrions noter la géode c ¤=1. Tout à l'opposé, relativement au commentaire vu précédemment, est requise la géode c¤=2 pour l'antenne (۩musique… peinture║art du changement général des choses en un point donné…art de la distinction universelle des objets en un moment précis∙Ѻ∙art du temps…art de l'espace)ʭ. En effet l'ouvrage consulté attire le soupçon. L'interprète d'aujourd'hui aurait dû se douter que l'extrême prudence que dénotent les expressions “en un moment précis” et “en un point donné” supposent la conscience -au moins vague-chez l'auteur écrivant au milieu du XIX e siècle, du fait que de récentes élaborations de la connaissance physique, dans les années 1880-1920, ne permettent plus de voir temps et espace comme deux absolus [182']-[183']-[184']-[185']-[186']-[187']-[188']. Un tel scrupule semble fort douteux en un texte qui aurait été publié à l'époque de Baudelaire. Certes la géode pourrait valoir c¤=1, pour une semblable antenne, mais avec un ouvrage légèrement distinct, où figurerait cet avis: “…en utilisant la proximité liant "frais" et "Doux", le poète a voulu gommer discrètement la difficulté de soutenir que la musique, un art du changement général des choses, correspond avec la peinture, un art de la distinction universelle des objets…”

Méthode

Le défaut de vigilance historique nommé “anachronisme” est susceptible quelquefois de frapper trois cotes. D'une part cette faute concerne la géode quand la méprise sur le sens devient évidente, parce que l'éditeur fait circuler un texte fautivement daté. Par ailleurs cette défaillance touche la poignée, lorsque l'antenne prête au créateur une opinion encore inexistante. Finalement le mousqueton vaut 2 en cas d'anachronisme interne au vocabulaire utilisé par l'interprète qui écrit l'antenne. Évidemment plusieurs de ces cas peuvent se recouper. Nous l'aurions du reste aperçu, dès lors que dans la situation traitée auparavant, il aurait fallu déterminer non la seule géode, mais toutes les cotes.

Application à Baudelaire

La communication des images entre les arts trouve maintes ressources aussitôt que le souhait s'en exprime, vu que point n'est ici besoin de clarté. Sous-entendu et symbole ont, en esthétique, un immense crédit auprès des amateurs cultivés. Dans l'autre sens nous avons de nombreux exemples quant aux griefs qui sont faits aux esprits trop clairs, considérés être des professeurs plutôt que d'authentiques génies artistiques. Comme le peintre a l'occasion de se représenter en un tableau, en glissant un autoportrait dans une composition, le romancier ne voit se dresser aucun obstacle devant son éventuel désir de se représenter lui-même en son récit [189']-[190']-[191'].

§681
Théorie

On cherche maintenant à obtenir l'amoindrissement du boulet (d¤) concernant une antenne décrivant le passage suivant d'un cours de science [192']: “…la plus intéressante hypothèse au monde consiste dans le jugement d'après lequel tous les corps du monde possèdent les mêmes constituants: ceux de l'hydrogène…” L'ambiguïté portant sur “monde” fait penser que la fourche (۩monde…monde║ univers…univers∙Ѻ∙domaine scientifique…Tout absolu des choses)ʭ mérite un boulet 2, puisque les antennes de la plus haute vraisemblance doivent ne concerner que des ouvrages d'imagination, excluant ainsi de leur sphère tout énoncé de science démonstrative. Il suffit donc de procurer à l'idée centrale défendue ici un caractère poétique, pour obtenir un boulet d¤=1. Pour ce faire, on en arrive à l'antenne apparemment identique, mais en réalité profondément différente, commentant le texte “la plus belle idée poétique au monde venue à l'esprit des gens cultivés consiste dans le jugement d'après lequel tous les corps au monde possèdent les mêmes constituants que ceux du plus simple d'entre eux…” Ayant chassé toute référence aux sciences déductives, on se libère de l'accusation de faire porter sur un ouvrage rigoureux un commentaire utilisable seulement vis-à-vis de textes d'imagination.

Méthode

Il ne convient pas de forcer le trait: malgré le nom qu'elle porte, la science déductive n'est jamais uniquement de la déduction. En elle cette forme caractérise juste le niveau intellectuel maximal des raisonnements atteints et elle ne se montre pleinement active que dans la présentation finale de toute découverte qui ne sert pas de base. Quand une démarche déductive, partant de bases admises, permet une découverte, il n'existe pas toujours, à la suite de cela, une situation dans laquelle une déduction peut à nouveau découvrir quelque chose. En pareille conjoncture, le tâtonnement et l'induction -ou généralisation opérée sur des cas particuliers- prennent le relais et permettent de trouver au moins une base nouvelle, remplaçant ou non une ancienne, ce qui va déboucher plus avant sur de nouvelles déductions.

Application à Baudelaire

Ici en étudiant Baudelaire on reste fort loin de pareils sommets. La critique, depuis l'époque de la publication d'un ouvrage, modifie ce qu'on est prêt à considérer, pour les images les plus difficiles à découvrir chez son créateur. Il en résulte au bout d'un siècle, ou plus, un état d'esprit parmi l'ensemble des très bons connaisseurs de cette œuvre, tel que toutes les idées hautement fantaisistes, à cet égard, ont été annulées. Il ne demeure ainsi, comme pleinement opératoires, que les meilleures. Pour les cerner, afin de juger d'après elles des vantaux et antennes, on élabore une imitation empirique du calcul des probabilités. Il faut comparer cela aux phénomènes physiques où se trouve impliqué le hasard, cette causalité agissant par d'innombrables faits. Les causes négligeables viennent à se neutraliser, tandis que ressortent les plus importantes, que le calcul des probabilités le plus rigoureux autorise à déterminer [193']-[194']-[195']-[196'].

§682
Théorie

Le mousqueton e¤=2 est évincé au profit d'une valeur e¤=1 lorsque l'antenne ayant d'abord été accusée d'anachronisme ou de maladresse à tort, nous en venons à comprendre que ni ce procès ni un autre ne saurait justifier une accusation quelconque opposée à l'antenne, sous le rapport de la cote ici en cause. Imaginons, eu égard au moment où Asselineau rencontra Baudelaire, qu'un témoin sûr atteste que les deux hommes passaient alors devant un portrait, dans le Salon de peinture qu'ils visitaient. L'interprète d'une biographie de Baudelaire, avançant que le poète méditait sur un paysage, se trouvera dans un cas ennuyeux et imaginera mauvaise l'antenne qu'il méditait d'écrire: (۩Asselineau et Baudelaire furent présentés l'un à l'autre devant un paysage║un visiteur présenta Baudelaire au futur auteur d'un ouvrage portant sur lui, alors que les deux hommes regardaient une peinture∙Ѻ∙ces esthètes avaient des goûts communs)ʭ. Son argument, vis-à-vis de lui-même, sera que la faute historique de la confusion entre un portrait et un paysage mérite le mousqueton e¤=2, vu que la méconnaissance de l'histoire a quelque parenté avec l'anachronisme ou au moins constitue indéniablement une maladresse [197']. Revenu à plus de raison, ce juge sévère se rendra compte que le mousqueton, loin de concerner le rapport entre l'antenne qu'il est en train de mettre au point et le fait historique, ne se rapporte qu'aux relations entre le texte pris en considération et l'antenne qui en commente un passage. Aussitôt il révisera son appréciation et notera finalement e¤=1.

Méthode

En dehors des cas où l'étude statistique d'événements, notés dans les archives, est déjà réalisable, il paraît souhaitable que dans le futur nous puissions mesurer la vraisemblance de la fidélité aux faits de ce qui est relaté par les ouvrages d'histoire. Serait à cette fin requise une rigoureuse consultation de maints témoignages, dispersés dans les musées, bibliothèques, archives, dépôts archéologiques dûment accomplis et fouilles récentes. Cela pourrait contribuer à changer progressivement la situation actuelle -décrite avec humour par certains historiens eux-mêmes- où nombre de leurs pairs nous apprennent sur l'époque de publication de leurs articles plus de choses qu'ils n'en livrent sur la période faisant l'objet de leur étude. Certes il est inévitable que les progrès accomplis en de nombreux savoirs changent la méthode, ce qui apporte, au sein de l'examen des choses, la forte marque de l'époque où l'analyse a lieu, même dans les mathématiques, la physique, la chimie ou la biologie, mais il est permis de souhaiter que les erreurs issues de la complaisance comme de l'opinion subjective ou collective soient réduites.

Application à Baudelaire

Parmi les dangers courus par le savoir qui proviennent de l'intérêt social notons l'importance des flatteries consistant à faire semblant de poursuivre des recherches dénuées de valeur, parce que des hommes puissants les ont faites et que leur protection est recherchée. Quand aux XVIIe et XVIIIe siècles de riches bourgeois achetaient une charge les autorisant à commander un régiment, de tels offices ainsi que les titres glorieux les accompagnant recevaient le nom de «savonnettes à vilains» [198']. Sur le même principe conviendrait fort bien l'appellation de “savonnettes à ignorants” pour maintes fonctions avantageuses obtenues en rabâchant les opinions les plus courantes à l'intérieur de la haute société du moment. „Correspondances“ peut à cet égard fournir l'occasion de parler d'un «encens» que reçoit l'autorité de la part de celui voulant obtenir un enviable poste, même si dans le célèbre sonnet le mot ne revêt pas de manière décisive une telle signification, laquelle demeure juste dans l'arrière-plan incertain du sens général.

§683
Théorie

On abaisse fort aisément le bouclier (f¤) en modifiant son objet. On part de ce texte imaginaire d'une revue: “…la méthode historique des contemporains ayant dissipé la croyance aux grands hommes, ce pas en avant du savoir n'implique aucunement l'obligation d'une déclaration de nullité vis-à-vis de tout effort de prendre "Correspondances" de Baudelaire, comme un exemple -ce qui est fait dans "Choc de sens et distance"- vu que le principe s'applique aux personnages, non aux textes”. L'antenne à examiner sera ici (۩…ayant dissipé la croyance aux grands hommes…non aux textes║un ouvrage n'est pas un grand personnage, donc l'étudier ne contrevient pas aux méthodes historiques d'aujourd'hui∙Ѻ∙le fait qu'en lui vient de Baudelaire l'exemple utilisé de manière constante n'a point comme résultat que "Choc de sens et distance" est dépassé)ʭ. L'interprète de cette fourche notera f ¤=2, car il pensera que l'application du principe savant à „Choc de sens et distance“ donne une illustration et que cette dernière manque de tout butoir, puisque le texte concerné reste inconnu dans tous les registres bibliographiques. Au contraire il écrira f¤=1 lorsqu'il se trouvera devant un rectificatif de la revue mentionnée, avançant qu'une malheureuse coquille a déformé le sens du passage cité, faisant imprimer “Choc de sens et distance” au lieu de «Sens et distance».

Méthode

Il s'avère bien difficile dans les domaines du savoir non essentiellement déductif, comme l'histoire ou l'explication de texte, de tirer parti de manière prolongée d'une intuition exacte. Certes (on déclare la fausseté de ((il n'existe pas de grand homme)=>(il est impossible de prendre comme un exemple quelque ouvrage que ce soit venant de ce qu'on appelait naguère un grand homme))) est une proposition correcte, mais lui trouver une longue suite d'autres implications et en faire un usage instructif semble délicat. L'expérience historique paraît montrer que l'étape technique non technologique du savoir possède un caractère indispensable lorsqu'il faut dégager un ensemble de bases pour déduire [199']. On tâtonne, découvre des implications valables isolées, réussit à les multiplier, arrivant à les relier ensuite par de nouvelles implications et le clair édifice compliqué se met en place, qui permettra lointainement qu'une ligne seule remplace de pénibles constats juxtaposés en des pages entières.

Application à Baudelaire

La notion de grand homme paraît moins dénuée de sens que celle de génie, mais on peut chasser de cette dernière le contenu théologique de “divinité”. On lui enlève tout aussi aisément l'élément presque mythologique de “possesseur, dès la naissance, d'un remarquable don” [200']. Il ne reste alors plus que la notion, acceptable par les historiens des vastes populations, qui dominent le débat, de “fort habile personnage”. Baudelaire offre un parfait objet de savoir, même si, pour bien le comprendre il faut intégrer son cas à un ensemble de types humains historiquement situés entre 1550 et 1950, groupés en séries, par exemple celles concernant les personnages qu'on appellerait à présent: héritier prodigue, antimilitariste, dandy, émeutier d'un jour, anticolonialiste, amoureux de filles légères, esthète, journaliste, amateur de vin, malade chronique, opiomane, monarchiste, bohème, célibataire, provocateur moral, traducteur et poète.

§684
Théorie

Pour diminuer commodément le chalut (g¤) d'une fourche, déformons l'ambiance historique dans laquelle vit la critique d'un texte, afin de peser sur la signification qu'il présente aux yeux des lecteurs du moment. L'ouvrage subissant une telle influence passagère sera le fameux texte de „l'Esprit des lois“ où Montesquieu se moque des partisans de l'esclavage [201']: «On ne peut se mettre dans l'idée que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.» Imaginons une période sombre dans laquelle tous les interprètes fameux de ce texte, craignant pour leur vie, se rallient à des faux, prétendument écrits par le philosophe, où “ce dernier” rejette l'idée qu'il expose la pensée d'un esclavagiste afin de préparer le jugement opposé. Un écrit du passé lointain aurait mentionné l'antenne (۩âme bonne…corps tout noir║le noir étant la couleur du mal, tout homme noir est mauvais∙Ѻ∙tout individu qui raisonne pareillement se condamne lui-même à être vu comme un sot )ʭ. Pliant sous l'influence désastreuse de la nouvelle période, la critique vient montrer alors que Montesquieu, contre toute apparence, n'usait pas d'ironie contre les maîtres d'esclaves. Les interprètes de bonne foi, cédant à l'humeur de l'époque, supposeront ainsi que le filet ne prépare nullement le harpon et donc attribueront à l'antenne concernée une cote g¤=2. Aussitôt arrivée une ambiance plus éclairée, la piètre falsification devient ridicule, qui appuyait l'avis mentionné, si bien que pour la même fourche, le point de vue général des connaisseurs ne peut que s'inverser, en établissant que g ¤=1.

Méthode

L'intérêt domine presque toujours la conscience, de sorte que les plus hautes études, elles aussi, fléchissent un moment, lorsque le gain ou la crainte se montrent [202']-[203'].

Application à Baudelaire

Juger, ne serait-ce que parfois, contre les puissants, demande un sourire obstiné [[204']]: «Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
À saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
-Ô vers! noirs compagnons sans oreilles et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
À travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites moi s'il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts?
»
Ce que nous avions perçu avec „Manon la pierreuse“ et „Une charogne“ apparaît ici encore: Baudelaire a compté dans le développement du registre de la dérision dans l'art [[205']-[[206']].

§685
Théorie

Pour abaisser le patin (h'¤) d'une antenne, on choisit une situation initiale où l'interprète d'une monographie parfaitement imaginaire, portant sur „Correspondances“, écrit d'abord une première antenne sur un minuscule segment de ce texte, puis une seconde. En cela il obéit au scrupule d'en fournir une description minutieuse. Mais il ne discerne pas que les deux sont difficilement compatibles, ce qui amène h'¤=2 pour la seconde antenne. Voici l'expression qu'il s'agirait pour lui de commenter en partie: “…dans "les Fleurs du mal" le sonnet "Correspondances" mérite de retenir l'attention car Baudelaire, pour donner cette fleur parfumée, fit preuve, si l'on veut, de quelque travail, en tout cas de la plus vive inspiration…” L'interprète écrit d'abord (۩cette fleur parfumée║le sonnet "Correspondances"∙Ѻ∙une poésie au charme tout particulier sorti de l'inspiration, sinon du travail)ʭ. Souhaitant équilibrer cette antenne par une autre, il note maintenant (۩cette fleur parfumée║le sonnet "Correspondances"∙Ѻ∙une poésie au charme tout particulier sorti du travail et de l'inspiration)ʭ. Pourtant le harpon de la première fourche laisse imaginer que nul travail pourrait n'avoir été consenti par Baudelaire, alors que celui de la seconde met le travail et l'inspiration au même plan. Certes la contradiction manque de netteté, ce qui n'a rien d'étonnant pour des choses dénuées d'exactitude, mais il y a bien une opposition, qui mène inévitablement au patin de valeur h'¤=2 pour la dernière de ces deux antennes. Afin d'obtenir le niveau h'¤=1, il suffit de la remanier. On en conserve la mire, tout en l'utilisant pour commenter un autre aspect du texte: (۩cette fleur parfumée║le parfum constitue l'un des thèmes du sonnet∙Ѻ∙dans le bouquet "les Fleurs du mal" une fleur possède un charme olfactif élaboré: "Correspondances")ʭ. Une fois disparue l'incompatibilité qui amenait h' ¤=2, on retrouve la cote h'¤=1. En abandonnant la querelle sur le travail du poète, on garde, au moyen de l'épithète “élaboré”, une connotation y faisant allusion. Aucune insistance n'est là de mise, parce que l'inspiration aussi fait éclore des fleurs.

Méthode

Les croyances d'un auteur suscitent facilement le désir de les attaquer ou de les justifier, ce qui peut donner un élan favorable aux recherches de l'historien ou de l'interprète. Cependant l'émoi subjectif ne donne que le point initial d'où la recherche part et non du tout le point d'arrivée, de sorte que ceux qui avancent que la subjectivité procure le savoir passent, une fois de plus, à côté de l'essentiel. Elles-mêmes les querelles entre subjectivités, dans le mouvement du savoir -comme dans la sphère politique- ne donnent comme fruits durables que les points d'objectivité qui sont découverts par l'ambition d'égaler ou de surmonter le talent adverse [215'].

Application à Baudelaire

Si les fleurs du mal constituent le bon côté que présentent les choses mauvaises, un de ces aspects vient du plaisir de jouer avec les plus dangereuses images, exercice hautement salutaire, vu que sans lui notre santé mentale semble devoir courir de grands périls. Comme le scrupuleux juriste sort neuf du sommeil où, plongé dans un rêve, il a été chef de brigands, le scientifique se détend à s'imaginer en sorcier, tenant un discours effrayant. Pareillement, le soldat ou le politique se met à envier secrètement le dandy pour sa fantasque conduite, admise par toutes les personnalités influentes [216']-[217']-[218']-[219']: «…bal public sous le patronage des plus grandes dames du West-end. Là se rencontraient les vieux et les jeunes dandys. Parmi les vieux brillait le vainqueur de Waterloo, qui promenait sa gloire comme un piège à femmes tendu à travers les quadrilles; à la tête des jeunes se distinguait lord Clamwilliam, fils, disait-on, du duc de Richelieu. Il faisait des choses admirables: il courait à cheval à Richmond et revenait à Almack’s après être tombé deux fois. Il avait une certaine façon de parler à la manière d'Alcibiade, qui ravissait. Les modes des mots, les affectations de langage et de prononciation changeant dans la haute société de Londres presque à chaque session parlementaire, un honnête homme est tout ébahi de ne plus savoir l'anglais, qu'il croyait savoir six mois auparavant.»

§687
Théorie

Comme le garrot k¤=1 suppose que le piquet vaille lui-même 1 et donc relève d'une antenne commentant un texte susceptible de recevoir un couvercle adroitement exprimable, il faut, en cas d'impossibilité initiale de satisfaire à cette nécessité, amener une situation autorisant cela. On suppose, par commodité, que le couvercle du texte commenté une fois devenu habilement formulable, nulle autre difficulté ne se présente pour aboutir à une valeur k ¤=1 en partant de k¤=2. À présent on examinera ce texte, où il est pour le moment impossible de déterminer un thème parfaitement net. “Une minuscule mais grande baleine ou crevette clairvoyante, ivre de vérités ou de mythes absurdes mais profonds, qu'elle avait inventés ou au contraire trouvés faits d'avance, a finalement ou tout de suite fait à cet endroit -en se réveillant brusquement de ses rêves de grandeur impossible, à moins que ce fût dans la pleine intelligence calme- rester ou sortir un prophète, malheureux dans le plaisir, ayant la conscience aiguë ou l'aveuglement de ce point, qui rechangeait à nouveau sa vie troublée, ou l'amenait à sombrer dans la routine.” L'opposition permanente interne à ce discours gêne l'interprète voulant identifier le couvercle, de sorte qu'il admet qu'une valeur k ¤=2 sied à l'antenne (۩baleine…a…laissé…sortir un prophète║puissance dont un remarquable prisonnier est délivré∙Ѻ∙variation autour du mythe de Jonas)ʭ. Au contraire on lira, juste après, un autre texte, partant du précédent mais en le simplifiant. “Une grande baleine ivre a finalement laissé à cet endroit sortir un prophète.” Le couvercle “un homme prisonnier d'une baleine finit par en sortir” convient parfaitement et donc l'antenne déjà vue, appliquée à cette nouvelle phrase, mérite le garrot k¤=1 [220'].

Méthode

On pense d'abord que la première phrase discutée ci-dessus pourrait avoir comme thème “contradiction systématique” ou “absurdité”, mais plutôt qu'un thème, c'est là un genre ou une forme.

Application à Baudelaire

Avec Baudelaire le fabuliste semble parfois bien proche [[221']]: «Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s'agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le vers des morts,
Comme du chêne la chenille?
Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords?
Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi?
Dans quel philtre? -dans quel vin? -dans quelle tisane?
Dis-le, belle sorcière, oh! dis, si tu le sais,
À cet esprit comblé d'angoisse
Et pareil au mourant qu'écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
-Dis-le, belle sorcière, oh! dis, si tu le sais,
À cet agonisant que déjà le loup flaire
Et que surveille le corbeau,
-À ce soldat brisé, -s'il faut qu'il désespère
D'avoir sa croix et son tombeau;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire!
»

§688
Théorie

Partons de l'antenne (۩trésor des chefs-d'œuvre familiers qui devant lui se dressaient║ce qui vient des esthètes les plus illustres apparaît à un artiste comme une forêt∙Ѻ∙Baudelaire comprend que depuis l'enfance il a été mis au contact des chefs-d'œuvre, mais que le désordre accompagnant un tel héritage demande un effort immense pour qui veut en tirer parti)ʭ. Imaginons un passage relevé dans une monographie consacrée au poète, que cette fourche commenterait [222']: “…Baudelaire a vite compris que la difficulté l'empêchant de beaucoup écrire venait de la nouveauté de ce qu'il projetait de tirer du trésor des chefs-d'œuvre familiers qui devant lui se dressaient…” Supposons que le texte mérite un piquet j¤=1. Nous voyons que, malgré cet avantage, le rebond m ¤=2 s'impose, vu que, dans le texte, nul passage ne vient garantir la supériorité du harpon sur le filet. Afin d'assurer m ¤=1, un fief suggérant la notion de tâche pénible serait bienvenu. Alors le segment du harpon “le désordre accompagnant un tel héritage demande un effort immense” permettrait d'affirmer que le filet, qui ne fait pas état de la pénible tâche devant être accomplie, ne peut se mesurer au harpon. Ainsi la substitution de “labyrinthe” à “trésor”, dans la mire, suffit à obtenir une cote m¤=1, pourvu que le segment nouveau du texte bénéficie du matras “encore qu'il existe des forêts bien ordonnées, le fief "labyrinthe des chefs-d'œuvre" vient préciser que celle ici en cause n'est pas uniquement "une forêt" selon ce que le filet avance, mais demande comme un nouveau Thésée pouvant se retrouver dans un "désordre" au prix d'un "effort immense", ainsi que le précise le harpon seul, pour qu'elle soit de quelque aide lors de la construction d'une œuvre marquante” [223']-[224']-[225']-[226']-[227'].

Méthode

Il semble vrai que, dans bien des circonstances, est vaine la plainte du novateur placé devant les mille obstacles qu'il doit vaincre pour œuvrer, puisque si un accomplissement avait été facile à réaliser, il aurait justement été effectué auparavant. D'autres fois, un profond renouvellement de la situation permet sans adversité constante de réaliser ce qui ne pouvait l'être précédemment. Lorsque débute, de quelque façon que ce soit, pour la sphère considérée, une période nouvelle, se produit à l'intérieur d'elle un changement qui reste modéré jusqu'à ce qu'intervienne un second bouleversement.

Application à Baudelaire

Enfin poursuivre, au-delà de ce qu'ont fait nos maîtres, l'examen de certains domaines d'objets demeure une gageure [[228']]: «Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?» Le parcours qui mène au but exige fréquemment des contacts entre gens dont l'existence malheureuse ne facilite pas les rencontres. Alors il s'agit de [[229']]: «Sans lune et sans rayons trouver où l'on héberge
Les martyrs d'un chemin mauvais!
»

§689
Théorie

Quand j¤=1 dans l'arête d'une antenne, pour obtenir une valeur w ¤=1 plutôt que w¤=2, il suffit de pouvoir modifier le filet pour l'amener à introduire plus nettement le harpon. On se donne un passage de livre -parfaitement fictif- sur le poète, afin de pouvoir le commenter par une fourche: “…p aradoxalement Baudelaire semble, à présent, dominer son époque du fait qu'au milieu de tant de grands écrivains alignant aisément des centaines de vers pleins de banalité, il écrit peu et bouscule bien des pensées ordinaires chez ceux qui sont alors les plus instruits” [230']-[231']-[232']. On recourt à l'antenne (۩Baudelaire…écrit peu║le mal vénérien, l'opium et l'alcool ont formé de grands obstacles pour l'éclosion des "Fleurs du mal"∙Ѻ∙que le poète ait eu un talent peu fécond et qu'il plaise aujourd'hui, tout cela vient de la même chose: dur à concevoir, ce qu'il avait à l'esprit s'est depuis répandu)ʭ. Le manque de lien unissant le filet au harpon mène à w¤=2. L'antenne suivante le renforcera: (۩Baudelaire…écrit peu║il semble peu inspiré parce qu'il éprouve du mal en cherchant à mettre au point celles de ses images favorites qui choquent, à l'époque, vu que peu de modèles, pour elles, dans la couche sociale instruite, dont il fait partie, se présentent∙Ѻ∙que le poète ait eu un talent peu fécond et qu'il plaise aujourd'hui, tout cela vient de la même chose: dur à concevoir, ce qu'il avait à l'esprit s'est depuis répandu) ʭ. Maintenant le filet procure un début d'explication de la mince production de l'écrivain et de son caractère provocateur, ce qui en fait le germe du harpon, lequel avance, de surcroît, l'idée que la suite des temps reconnaîtra le génie du poète [233']-[234']. Il en résulte que désormais le filet introduit le harpon et donc il devient inévitable d'accepter que w¤=1.

Méthode

L'historien doit expliquer, ou presque, la nécessité d'un fait et la première démarche qu'il doit accomplir à cette fin est de trouver une série de choses voisines dont la description le conduira vers la mention de ce fait. Après avoir constaté que l'objet de réflexion est typique de la période historique où il survient, on se trouve bien engagé dans la voie consistant à montrer que de très nombreuses forces témoignent de ce fait et de la portée qui a été la sienne.

Application à Baudelaire

Les noms de Pétrus Borel, Philoxène Boyer, Privat d'Anglemont, Gérard de Nerval, Aloysius Bertrand sont à envisager quand on pense à constituer une série de personnages au milieu desquels viendrait celui de Baudelaire [235']-[236']-[237']-[238']-[239']-[240'].

§690
Théorie

Nous avons maintenant à donner un exemple de râtelier dont les antennes devront s'avérer constamment être des commentaires d'un passage du sonnet. Voyons tout d'abord ce que vaut l'arête de (۩Correspondances//La Nature est un temple║la nature se montre pleine de sympathies internes∙Ѻ∙les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration au principe des chefs-d'œuvre qui sont développés en partant d'eux, au sein des nombreuses disciplines esthétiques)ʭ. Avec harpon et filet nettement distincts et conformes à un genre de pensée que l'auteur emploie fréquemment, plus tous les points de la mire venus de „Correspondances“, adopter une poignée a¤=1 ne soulève aucune objection [241']-[242']-[[243']]. Le havresac (b¤) accède au niveau 1, puisque nul point du texte, dans le banc, ne donne au filet quelque supériorité vis-à-vis du harpon. Le texte de „Correspondances“ offrant le maximum possible de garanties d'authenticité, la géode (c¤) vaut également 1. Le boulet d¤=1 se place au-dessus de n'importe quel doute, parce que l'ensemble regroupant la science déductive comme la technologie, où la première trouve un emploi spécialement pratique, demeurent étrangères au poème. Le mousqueton s'élève à e¤=1, puisque d'abord l'antenne reste, par son extrême complication, loin des feutres, ensuite qu'elle ne fait voir ni maladresse ni anachronisme, finalement qu'elle offre des quilles raisonnablement proches de l'ambiance religieuse ou métaphysique instaurée immédiatement par le sonnet. Le bouclier (f¤) prend le niveau 1 en ce que le harpon est si peu exact que nul exemple de ce qu'il exprime ne vient à l'esprit. Le chalut g ¤=1 s'avère fiable, vu que d'une part le texte ne décrit pas assez le détail du rapport entre matériaux et ornements artistiques du temple pour que d'emblée nous comprenions la relation du filet avec le harpon et que d'autre part Baudelaire ne s'est pas exprimé, ailleurs que dans le poème, sur le sens complet à lui reconnaître. Nulle vrille ne peut menacer la fourche ici examinée, puisque nulle autre du même râtelier n'a encore été considérée, ce qui mène à écrire le patin h¤=1. Le piquet j¤=1 ne soulève pas d'objection de par trois motifs. En premier lieu „Correspondances“, le texte commenté, forme un antre pourvu d'un couvercle facile à mettre au point: “l'imagination, en chacun des arts, est soutenue par les influences de toutes ces disciplines”. Par ailleurs le harpon s'harmonise avec le couvercle. Outre cela en aucun point de ce même harpon il ne semble y avoir d'incompatibilité avec les portes ou aplombs: “édifice comme divin” éclairant l'image de "Nature-temple"; “animés comme par volonté divine” concernant les «vivants piliers»; “donnant l'impression de la pensée comme par volonté divine” pour les piliers offrant des paroles, ainsi que pour les regards venant de symboles ou encore pour les parfums, couleurs et sons qui se répondent les uns aux autres; et “qui semble actif dans le bien et le mal simultanément” pour servir la compréhension de “l'encens corrompu”. Étant donné que le sonnet figure au nombre des gîtes, le garrot (k¤) prend une valeur 1. Le rebond (m¤) accède au plan 1, parce que, non seulement j ¤=1 mais que de plus le fief «Correspondances …L'homme…passe à travers des forêts de symboles…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent» permet, eu égard au banc, de voir le harpon comme un approfondissement du filet. Le marteau (p¤) admet une valeur 1, en ce que le filet, malgré son grand mérite, ne peut se montrer, au sein du banc, supérieur au harpon, vu qu'il ne commente pas le vocable «temple» de la mire. Ce défaut amène le fait que les “sympathies internes” semblent ainsi des “amours et amitiés internes” au monde naturel, restreignant ainsi la signification très large du titre. L'aileron w¤=1 se justifie parce que l'image des “sympathies internes”, dont il vient d'être question, une fois connectée avec le sens du mot “correspondances” employé dans l'énoncé du harpon, paraît en constituer, pour le banc, une introduction, certes encore insuffisante, de même qu'ambiguë, mais contenant un élément précieux. En tout donc l'arête de l'antenne ici évaluée, 1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=1/(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1) (1)(1)(1)(1), vaut 1/1 donc 1.

Méthode

Ce pénible caIcul élémentaire ne nous contente point et nous envions la méthode suivie par tant de savants, qui abrègent énormément l'examen du concret, grâce aux apports historiques venus avant eux abstraire ses caractères multiples et flous. Il suit de là que nos efforts pour imiter la science déductive paraît avoir un motif hautement défendable. De la même façon qu'un miroir peut se refléter lui-même si on place devant lui une autre glace de façon étudiée, l'esprit, ou l'ensemble des images mentales et de leurs modifications, est analysable pourvu qu'on dispose d'ingénieux moyens, cela en dépit de sombres pronostics jadis et naguère avancés à cet égard [244']-[245'][246']-[247'] [248'].

Application à Baudelaire

Ne laissons pas le thème de la sympathie intérieure au monde nous faire sombrer dans l'illusion, car Baudelaire, dans la vie courante comme dans la poésie, se révèle parfois désagréable ou dur à l'extrême, bien que dirigeant éventuellement ses amères pensées, en définitive, contre lui-même, puisqu'il aime tant la féminité [[249']]: «Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle,
Femme impure! L'ennui rend ton âme cruelle.
Pour exercer tes dents à ce jeu singulier,
Il te faut chaque jour un cœur au râtelier…
Machine aveugle et sourde en cruautés féconde!
Salutaire instrument buveur du sang du monde,
Comment n'as-tu pas honte, et comment n'as-tu pas
Devant tous les miroirs vu pâlir tes appas?
La grandeur de ce mal où tu te crois savante
Ne t'a donc jamais fait reculer d'épouvante,
Quand la nature, grande en ces desseins cachés,
De toi se sert, ô femme, ô reine des péchés,
-De toi vil animal,-pour pétrir un génie?
Ô fangeuse grandeur! Sublime ignominie!
»

§691
Théorie

On abordera maintenant l'arête d'une seconde antenne: (۩vivants piliers║dates historiques pareilles à autant de stèles∙Ѻ∙artistes dont quelque chef-d'œuvre fournit au minimum un élément inspirant, au cours des temps, pour tel ou tel grand esthète qui débute, lui fournissant de précieuses indications)ʭ. La poignée a¤=1 est assurée puisque les deux mots de la mire viennent du premier vers et que le harpon se distingue nettement du filet. Un havresac b¤=1 s'avère indispensable, dans l'optique du banc, vu que nul passage du poème n'autorise à déclarer que, dans l'interprétation de la mire, le harpon se place au-dessous du filet, parce qu'il est fort compréhensible qu'un poète voie dans les artistes les plus illustres autant de sources éventuelles pour leurs émules. Avec un texte offrant les meilleures garanties de fidélité aux souhaits de Baudelaire, on incline à reconnaître une géode c¤=1. Aucun aspect du poème ne présentant quoi que ce soit de scientifique, le boulet d¤=1 ne peut manquer d'être choisi. Le mousqueton e¤=1 se justifie du fait que la mire, à cause du mot «forêts» écrit plus bas, ouvre l'intelligence davantage vers le sens “arbres” que vers les images “événements” et “personnages”, de sorte que l'antenne demande au lecteur un effort trop intense pour qu'un feutre puisse la remplacer. Nulle référence historique ne venant à l'esprit de façon persuasive quand on prend connaissance des redoutables exigences du harpon, un bouclier f ¤=1 semble correct. Le billard ne suggérant que tout juste harpon et filet, il peut d'autant moins offrir quelque lien unissant les deux, ce qui aboutit au chalut g¤=1. Le patin, (h¤) se fixe au plan 1, en raison de la possibilité qu'on a de songer aux artistes mettant à profit la symbolique du monde pour engendrer quelque saisissante réalisation esthétique, ce qui évite d'avoir à opposer, à cause des harpons ou filets, d'un côté la première antenne (۩Correspondances//La Nature est un temple║la nature se montre pleine de sympathies internes∙Ѻ∙les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration au principe des chefs-d'œuvre qui sont développés en partant d'eux, au sein des nombreuses disciplines esthétiques)ʭ et par ailleurs la seconde: (۩vivants piliers║dates historiques pareilles à autant de stèles∙Ѻ∙artistes dont quelque chef-d'œuvre a quelque chose d'inspirant, au cours des temps, pour tel ou tel grand esthète qui débute , lui fournissant de précieuses indications)ʭ. Le piquet j¤=1 s'avère satisfaisant, grâce aux trois conditions pleinement respectées qui suivent. D'abord, le texte analysé admet un couvercle facile à présenter: “l'imagination, en chacun des arts, est soutenue par les influences de toutes ces disciplines”. Ensuite le harpon donne fortement l'impression d'être compatible avec le même couvercle. Enfin n'est aucunement douteuse l'absence de contradiction de ce même harpon avec les portes en relation avec les «piliers» entendus comme des artistes: “animés comme par volonté divine” et “donnant l'impression de la pensée comme par volonté divine”. En effet au point de vue baudelairien il ne faut pas exclure quelque chose de surnaturel dans les choix du grand esthète, lequel donc serait “animé comme par volonté divine”. L'avantage, sous ce rapport, qui fait incliner en faveur de l'interprétation des «piliers» vus comme des artistes du présent ou du passé, non comme des chefs-d'œuvre, vient de l'image de la verticalité de l'homme qui se retrouve dans celle du pilier. Le reste de l'idée, “animés comme par volonté divine”, convient, puisque les chefs-d'œuvre pourraient donner l'impression d'être animés par un esprit, dès lors que Dieu aurait choisi de leur procurer ce bienfait, si on envisage les choses dans la perspective à présent utilisée pour comprendre Baudelaire. L'égalité j¤=1 -nécessaire bien que non suffisante pour assurer k ¤=1, m¤=1, p¤=1, w¤=1-autorise maintenant à se concentrer uniquement sur les autres caractères exigibles pour l'obtention du niveau 1 de ces cotes (k ¤), (m¤), (p¤), (w¤). „Correspondances“ étant un gîte, le garrot (k¤) vaut 1. Le rebond se voit reconnaître une valeur m ¤=1 grâce au fief «…La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent
»
, fief pourvu, de surcroît, du matras: “de manière analogue à un marin qui, lors d'une traversée, obéit aux conseils que les phares émettent à son intention, le nouvel artiste pense recevoir de l'inspiration des auteurs de quelque haute réalisation esthétique, vivants piliers dont le cours des âges est semé de point en point”. Le marteau (p ¤) admet une valeur 1, grâce au vocable «paroles», étant donné que le harpon, eu égard aux significations de banc, développe le filet, ce qui lui procure quelque supériorité vis-à-vis de ce dernier. Cela s'explique lorsqu'on se représente comme vraisemblable que les esprits aiguisés, ayant accès au banc, voient les colonnes du temple comme les dates marquantes de l'histoire, puis, en approfondissant leur idée, comme les moments où furent élaborés de grands tableaux, romans, édifices, poèmes, opéras. De là, sans mal, viendrait enfin l'idée que les piliers auraient pour véritable substance, d'après la fantaisie du poète, les artistes ayant présenté de telles œuvres d'art. L'aileron w¤=1 se défend, au sein du banc, eu égard au principe de la stèle de s'adresser au nouvel artiste -le passant- qui se laisse inspirer par d'autres, avant de jouer lui-même le rôle du maître qui révèle un savoir. Ces images étendent à nouveau celle du phare, lui aussi vertical, qui avertit le bateau, passant au large, de quelque fait décisif. L'antenne, quant à elle, voit son arête s'élever en définitive à 1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=1/(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)=1.

Méthode

Au moyen de l'exemple du phare, comme par celui du texte gravé dans la pierre, on saisit de quelle vanité relèvent les fantaisies complaisantes de ceux qui dénoncent une trahison de l'essentiel dans la perspective langagière, comme dans l'effort méthodique fait pour découper la représentation du réel en idées, portant sur un stade puis un autre, des choses [250']-[251']. Quand on pense aux gestes par lesquels on peut indiquer, dans les apparences, tel ou tel objet, ainsi qu'à tous les arrangements grammaticalement corrects de mots, composables en l'espace d'une phrase, de même qu'à l'importance des livres comportant des centaines de phrases, pour un locuteur disposant de quinze mille vocables ou expressions, le ridicule de toute doctrine de la vision informulable des objets ne fait aucun doute [252']-[253']-[254']-[255']-[256']: «De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien.» Il faut au contraire admirer la souplesse de la pensée qui prend mille formes, dans le but de se plier aux situations les plus diverses et y voir le moyen de surpasser, au fil des âges, les obstacles que l'opacité du réel immédiatement aperçu oppose à l'objectivité, cette qualité suprêmement utile pour le savoir. L'action qui sert l'utilité aiguise la pensée dans la tentative de réussir, parce que le succès dépend beaucoup de la fine observation des choses parmi lesquelles on agit et de celles qui servent à peser sur les premières [257']-[258']-[259']-[[260'].

Application à Baudelaire

L'entendement a cependant besoin de chercher, au long d'immenses phases temporelles, comment aborder ce qui lui résiste depuis longtemps. Avec les pauses du songe l'esthétique favorise cela, en fixant des images de l'inconnu qui puissent captiver le sensible intérieur, donc recruter pour les travaux savants un grand nombre de contributeurs. Autant que l'amour elle mérite, pour Baudelaire, la gloire [[261']]: «Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,
Le tombeau, confident de mon rêve infini,
-Car le tombeau toujours comprendra le poète,-
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,
Te dira: "Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts?"
-Et le ver rongera ta peau comme un remords.
»

§692
Théorie

Tournons les yeux vers l'arête de (۩Laissent parfois sortir║produisent par moments∙Ѻ∙fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle)ʭ. Pour (a¤), la poignée, elle se limite à 1 parce que la fourche montre des quilles ayant une séparation claire, de même qu'une mire parfaitement fidèle au texte. Le havresac b¤=1 s'avère inévitable du fait que nul segment du texte ne saurait justifier, dans le banc, que l'image d'une “production” doive l'emporter sur la notion de “fécondité” -donc il n'existe pas de broyeur. La géode (c¤) prend aussi le niveau 1 étant donné que nous usons d'un texte bien établi. Le boulet d¤=1 s'explique par une absence totale de propos technologique ou scientifique dans „Correspondances“. Le mousqueton (e¤) s'élève à 1, malgré le fait que le feutre (Laissent parfois sortir/-confuses paroles), de verrou “prononcent”, ait été reconnu de vraisemblance 1 aux paragraphes 367 à 374. En effet dans la présente fourche le sens le meilleur donné à «Laissent parfois sortir» n'est pas du tout “prononcent” mais “fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle”, une signification qui ne se devine pas aussi facilement que celle requise pour le feutre (Laissent parfois sortir/-confuses paroles) de grille 1. Le bouclier f¤=1 n'est pas douteux, en ce que le harpon relève d'une théosophie forgée par mille influences -donc n'en subit aucune de façon claire- de sorte que reconnaître une illustration précise a l'air impossible [262']-[263']-[264']-[265']-[266']-[267']-[268']-[269']-[270']-[271']-[272']-[273']-[274']-[275']-[276']-[277']-[278']-[279']-[280']-[281']-[282']-[283']. Le chalut (g¤) vaut 1, en ce que, si beaucoup de lecteurs de l'époque vont avoir deviné facilement d'un côté que “laisser quelque chose sortir” peut revenir à le “produire” hors de soi et par ailleurs que les «piliers» d'une activité -souvent pour un artiste les plus grands de ses pareils- inspirent les nouvelles réalisations, grâce aux prestiges de la gloire qui poussent à les imiter, seule une partie du lectorat de Baudelaire devait pouvoir, ayant d'abord interprété «Laissent parfois sortir» au moyen de “produisent”, imaginer, dans cette dernière intuition, la puissance d'introduire le sens “fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle”. Quant au patin (h¤) il doit sa hauteur 1 à l'évidente compatibilité de (۩Laissent parfois sortir║produisent par moments∙Ѻ∙fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle)ʭ avec d'une part l'antenne (۩Correspondances// La Nature est un temple║la nature se montre pleine de sympathies internes∙Ѻ∙les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration au principe des chefs-d'œuvre qui sont développés en partant d'eux, au sein des nombreuses disciplines esthétiques)ʭ et avec d'autre part (۩vivants piliers║dates historiques pareilles à autant de stèles∙Ѻ∙artistes dont les chefs-d'œuvre jouent le rôle de sources, au cours des temps, pour tel ou tel grand esthète qui débute, lui fournissant de précieuses indications)ʭ. Nul des harpons ne devient le filet d'une autre antenne. Nul filet ne se retrouve ailleurs comme harpon. Nul des harpons ne vient en contredire un autre. Aucun des harpons ne s'oppose à quelque filet que ce soit. Aucun des filets n'est incompatible avec un autre. Le piquet j¤=1 offre toute satisfaction, grâce aux trois conditions pleinement respectées qui suivent. D'abord le texte analysé admet un couvercle facile à présenter: “l'imagination, en chacun des arts, est soutenue par les influences de toutes ces disciplines”. Ensuite le harpon et ce même couvercle ne se trouvent pas en contradiction. Enfin entre ce harpon et l'une comme l'autre des portes “animés comme par volonté divine” et “donnant l'impression de la pensée comme par volonté divine”, qui sembleraient problématiques au départ du fait de l'image des "piliers-artistes", une pleine absence de conflit se manifeste, puisque Dieu, selon Baudelaire, a pu tenir la main de chaque génie. „Correspondances“ étant un gîte, le garrot (k¤) est de valeur 1. Le rebond m ¤=1 est issu des vers 3 et 4 du poème: «…L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
»
Ils paraissent décrire un homme -un artiste- bénéficiant de ce don étrange de se mouvoir en esprit dans un monde symbolique [[284']]. Le harpon en est rendu tout particulièrement défendable, pour qui raisonne à l'étage du banc, vu qu'il représente l'idée que des apports mystérieux “fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle ”. En outre le matras pouvant commenter un tel fief se formule aisément: “l'aide venue des regards familiers issus de la symbolique du monde féconde la réalisation esthétique du talent nouveau qui paraît sur la scène des arts”. Le marteau (p¤) se hisse au plan 1, de par ce point qu'à l'étage du banc l'idée prosaïque incluse dans l'image fournie au moyen de “produisent” nuit au filet, ce qui profite au harpon, lequel semble alors mieux capable d'épouser la signification du poème. L'aileron w¤=1 s'appuie, dans le banc, sur la vraisemblance de l'idée que la semence des vivants piliers, une fois produite par eux, viendra féconder la réalisation esthétique du nouvel artiste. Nous arrivons à une série de cotes a¤=1, b¤=1, c¤=1, d¤=1, e¤=1, f¤=1, g¤=1, h¤=1, j¤=1, k¤=1, m¤=1, p¤=1, w¤=1, ce qui pour l'arête nous conduit vers la quantité 1/(a¤)(b¤)(c¤) (d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=1.

Méthode

À maintes reprises en ce qui précède nous avons traité uniquement des aspects délicats des cotes de l'antenne considérée, abandonnant au lecteur le soin de vérifier, en revoyant la série des conditions à réunir pour obtenir une valeur 1, que nul obstacle n'empêche l'arête de se hisser à ce niveau. Si nous faisons entier silence concernant les aspects les plus aisés à déterminer d'une cote, c'est dans le but d'alléger une lecture déjà pénible, non en raison de quelque paresse qui nous aurait poussé à négliger nos tâches de contrôle. Il faut avouer que la nécessité de la vérification, seul moyen de passer de la subjectivité à l'objectivité provisoire d'époque, accable vite le serviteur de la connaissance lorsque domine le tâtonnement.

Application à Baudelaire

L'expérience floue déçoit fréquemment l'artiste ou encore le technicien fort distant de la science déductive. Reste à constater qu'elle nous aide «parfois», comme les «vivants piliers» dont le poème nous fait part [285']-[286']-[287']-[288']-[289']-[290']-[291']-[292']. Le héros fameux qui se passionnait pour l'art de l'émail, vers 1580, nous a donné un vif tableau de son labeur. Il se voyait en incapable condamné à l'échec, puis, aussi fugacement, à l'occasion d'un succès, comme ayant bénéficié d'une aide surnaturelle: [293']-[294']-[295']-[296']-[297']: «Quand i'aurois employé mille rames de papier pour t'escrire tous les accidens qui me sont suruenuz en cherchant ledit art, tu te dois asseurer que, quelque bon esprit que tu ayes, il t'auiendra encores vn millier de fautes, lesquelles ne se peuuent apprendre par lettres, & quand tu les aurois mesme par escrit, tu n'en croiras rien iusques à ce que la practique t'en aye donné vn millier d'afflictions…sçaches qu'il y a vingt & cinq ans passez qu'il ne me fut monstré vne coupe de terre, tournée & esmaillée d'vne telle beauté, que deslors i'entray en dispute auec ma propre pensée, en me rememorant plusieurs propos, qu'aucuns m'auoient tenus en se mocquant de moy, lors que ie peindois les images. Or voyant que l'on commençoit à les delaisser au pays de mon habitation, aussi que la vitrerie n'auoit pas grande requeste, ie vay penser que si i'auois trouué l'inuention de faire des esmaux, ie pourrois faire des vaisseaux de terre & autre chose de belle ordonnance, parce que Dieu m'auoit donné d'entendre quelque chose de la pourtraiture; & deslors, sans auoir esgard que ie n'auois nulle connoissance des terres argileuses, ie me mis à chercher les esmaux, comme vn homme qui taste en tenebres…ie ne cherchois autre esmail que le blanc: parce que i'auois ouy dire que le blanc estoit le fondement de tous les autres esmaux. Or parce que ie n'auois iamais veu cuire terre, ny ne sçauois à quel degré de feu ledit esmail se deuoit fondre, il m'estoit impossible de pouuoir rien faire par ce moyen, ores que mes drogues eussent esté bonnes, parce qu'aucune fois la chose auoit trop chaufé & autrefois trop peu…Dieu voulut qu'ainsi que ie commençois à perdre courage, & que pour le dernier coup ie m'estois transporté à une verrerie, ayant auec moy vn homme chargé de plus de trois cents sortes d'espreuues, il se trouua vne desdites espreuues qui fut fondue dedans quatre heures apres auoir esté mise au fourneau, laquelle espreuve se trouva blanche & polie de sorte qu'elle me causa vne ioye telle que ie pensois estre deuenu nouvelle creature.» 433

§693
Théorie

On examinera ici, à propos toujours de „Correspondances“, l'arête d'une quatrième antenne: (۩confuses paroles║propos à déchiffrer∙Ѻ∙signes constitués de caractères internes à des chefs-d'œuvre qui, moyennant de grandes capacités de l'âme qui en reçoit l'excitation, réveillent des intuitions connues depuis longtemps d'elle)ʭ. La poignée (a¤) est de quantité 1, puisque la mire vient du texte, sans aucune modification et que les quilles ne sont nullement confondues. Le havresac b¤=1 se justifie, vu que, dans la perspective du banc, pas un seul passage du texte ne favorise le filet vis-à-vis du harpon. Le sonnet restant celui de Baudelaire déjà objet de réflexion auparavant, la géode c¤=1 ne soulève aucun doute. Pareillement le boulet d¤=1 paraît sûr, puisque la poésie quelque peu théosophique lue ici ne saurait avoir que des liens très incertains avec la science ou la technologie. Le mousqueton (e¤) vaut 1 lui aussi, parce que «de confuses paroles» ne porte guère à comprendre facilement “signes constitués de caractères internes à des chefs-d'œuvre qui, moyennant de grandes capacités de l'âme qui en reçoit l'excitation, réveillent des intuitions connues depuis longtemps d'elle”. Cela exclut la possibilité d'un feutre ayant plus d'efficacité que l'antenne proposée, dans le traitement du segment de texte «confuses paroles». Certes le public, en raison de l'importance de la référence platonicienne dans la culture de 1857, est capable d'accéder à l'image centrale, mais il ne parvient guère à elle de façon aisée. Le bouclier f ¤=1 n'autorise aucune réserve, pour la raison que le sens des passages de Platon, Descartes, Leibniz, Kant ou Heine portant sur les notions gravées dans l'esprit, dès avant la naissance du corps, a été gommé, refondu, approfondi ou détourné par Baudelaire à un tel point que le harpon demeure incapable de renvoyer à une illustration [298']-[299']-[300']-[301']-[302']-[303']-[304']-[305']-[306']-[307']-[308']-[309']. Le chalut g¤=1 semble acceptable, de par les images du harpon et du filet qui, déjà obtenues de manière séparée avec une légère peine dans le billard, ne peuvent s'enchaîner à ce niveau immédiat. Le public pense bien que si des paroles ont quelque chose de confus, un déchiffrement de cela est envisageable. Il devine aussi une allusion au mythe platonicien de la réminiscence. Mais ça reste des images distinctes, ou même rivales, dès lors qu'il faut expliquer la mire. Donc il faut passer à l'étage supérieur du banc pour voir le filet présenter le harpon. De la sorte une partie seulement des lecteurs aura compris cet enchaînement. L'intuition fine devra provenir de la coordination entre le sonnet lu ici et le précédent, „Élévation“, à l'intérieur du recueil "les Fleurs du mal" [[310']]. Un patin h¤=1 semble nécessaire, car ne se produit aucune opposition entre d'une part l'antenne qu'on appelle “IV”, (۩confuses paroles║propos à déchiffrer∙Ѻ∙signes constitués de caractères internes à des chefs-d'œuvre qui, moyennant de grandes capacités de l'âme qui en reçoit l'excitation, réveillent des intuitions connues depuis longtemps d'elle )ʭ et d'autre part chacune des autres fourches déjà choisies pour le râtelier en cours de constitution: I, (۩Correspondances//La Nature est un temple║la nature se montre pleine de sympathies internes∙Ѻ∙les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration au principe des chefs-d'œuvre qui sont développés en partant d'eux, au sein des nombreuses disciplines esthétiques)ʭ, puis II, (۩vivants piliers║dates historiques pareilles à autant de stèles∙Ѻ∙artistes dont les chefs-d'œuvre jouent le rôle de source, au cours des temps, pour tel ou tel grand esthète qui débute, lui fournissant de précieuses indications)ʭ et III, (۩Laissent parfois sortir║produisent par moments ∙Ѻ∙fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle)ʭ. Nul filet ne se retrouve harpon d'une autre antenne. Aucun des harpons ne devient filet dans une autre fourche. Nul filet ne s'oppose à quelque harpon que ce soit. Nulle contradiction entre deux harpons n'existe. Aucune opposition entre filets ne se voit. Loin de se nuire ces antennes pourraient former un enchaînement. Selon une pareille vue, parmi les artistes, de nouveaux talents bénéficient des phares ou vivants piliers, vu que leurs exploits esthétiques fécondent le tout récent pouvoir de réalisation de leurs émules admiratifs. Au lieu de trouver quelque vrille dans ce début de râtelier, on est donc gagné par l'espoir de bâtir un commentaire du célèbre sonnet qui ait la forme d'un tout cohérent. De plus il convient d'admettre j¤=1, grâce au respect des trois conditions qui suivent. D'abord, le texte analysé admet un couvercle facile à présenter: “l'imagination, en chacun des arts, est soutenue par les influences de toutes ces disciplines”. Ensuite le harpon semble compatible avec le couvercle cité à l'instant et avec les portes et aplombs, qui ne traitent pas exactement des mêmes choses que lui. Un garrot k¤=1 se fait vite connaître par le statut de gîte du sonnet. Le fief «…L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers
»
permet, à qui raisonne au sein du banc, de saisir que les «confuses paroles» de la mire, ou les “propos à déchiffrer” du filet, pourraient bien être les “intuitions connues depuis longtemps” du harpon et cela procure à ce dernier plus de force que l'autre quille n'en possède. Le matras décisif sera: “l'auteur signalant des "regards familiers", dont l'homme, au sein du monde naturel, est l'objet, il ne semble pas déraisonnable d'identifier leur apport à un rappel aux "intuitions connues depuis longtemps" du harpon.” Il en résulte la supériorité du harpon sur le filet, puisque ce dernier en notant les “propos à déchiffrer” sur Terre n'indique pas la notion d'idées fondamentales, donc le rebond m ¤=1 devient obligatoire. «L'homme», le modèle de tous les esthètes, qui avance parmi la riche symbolique du monde naturel et artistique, reçoit donc par les «regards» autant de rappels aux valeurs du ciel gravées en lui. Chaque signe l'invite à retrouver ce qui est disponible à son attention dans les bases de son esprit. C'est comme dans une initiation. Ici les mieux formés au départ, entre les esthètes, vaincront la confusion de ces indices, parce qu'ils ont avec eux une grande familiarité. Puisque la notion à réveiller est enfouie dans le passé lointain, elle ne s'identifie pas de manière facile, mais étant donné que le futur grand artiste possède une valeur exceptionnelle, il entend les paroles et voit les yeux qui l'aident: il en tirera un chef-d'œuvre. Le marteau (p¤) admet une valeur 1 parce que cette interprétation quasi platonicienne d'un ressouvenir métaphysique de l'artiste, réveillant, sous l'effet de maints rappels, une idée native de son esprit, exclut, pour la signification de banc, que le filet “propos à déchiffrer”, encore trop vague, possède autant de valeur que le harpon, lequel, seul, donne la clef de l'énigme. L'aileron (w¤) vaut 1 du fait que, pour le banc, l'image des paroles énigmatiques à éclaircir introduit parfaitement la notion des “intuitions connues depuis longtemps”, puisque le futur grand artiste doit, comme l'épigraphiste, saisir la portée de signes inscrits depuis longtemps. On aboutit ainsi à une arête de montant 1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=1 en ce que le détail de ses valeurs égale 1/(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)=1.

Méthode

Commencer par chercher le sens de passages extrêmement obscurs d'un auteur, en partant de notions qu'il a pu recevoir tôt, semble de bonne méthode, puisque c'est une solution élémentaire.

Application à Baudelaire

Si les «regards familiers» sont lancés par des êtres conçus en fonction des mêmes idées, appartenant au divin, que celles reflétées par les “intuitions connues depuis longtemps” et si les «confuses paroles» viennent réveiller de telles intuitions, l'analogie avec une des fables pédagogiques de Platon se perçoit indéniablement. Voici d'après le mythe à quel moment l'âme contemple ces modèles qui servent de formes à toutes les choses du monde [311']-[312']: «…toute âme est immortelle…C'est toujours une âme qui a charge de tout ce qui est dépourvu d'âme; mais, en circulant dans la totalité de l'univers, elle y revêt çà et là des formes différentes. C'est ainsi que, lorsqu'elle est parfaite et ailée, elle chemine dans les hauteurs et administre le monde entier; quand au contraire elle a perdu ses ailes, elle est entraînée jusqu'à ce qu'elle soit saisie de quelque chose de solide; elle y établit sa résidence, elle prend un corps de terre…» Mais auparavant les âmes perçoivent les choses absolues, fréquemment de manière incomplète [313']-[314']-[315']: «…Celle-ci fait de son mieux pour suivre les Dieux…Cette autre tantôt lève, tantôt enfonce sa tête…elle voit les unes et non les autres…une intelligence d'homme doit s'exercer selon ce qu'on appelle "Idée", en allant d'une multiplicité de sensations vers une unité, dont l'assemblage est acte de réflexion. Or cet acte consiste en un ressouvenir des objets que jadis notre âme a vus…» Les meilleurs d'entre les hommes ayant plus de familiarité avec les êtres fondamentaux que les autres, parce que leur esprit en a perçu davantage, ou a mieux fixé la réalité de ceux qu'ils ont approchés, ils réalisent des exploits artistiques, intellectuels ou politiques. De même que l'enfant a oublié cent leçons à lui données par ses proches, de façon répétée, qui vont rendre son instruction plus facile, on aurait oublié ce contact vis-à-vis de l'absolu, tout en bénéficiant de lui dans les tâches de connaissance ou de réalisation esthétique.

§694
Théorie

Cherchons à estimer l'arête de la fourche (۩…L'homme…passe à travers des forêts de symboles… ║le sujet, en méditant, chemine parmi des centaines d'arbres et il reconnaît dans leurs fruits le sens de symboles∙Ѻ∙l'artiste va, en imagination, dans toutes les disciplines de la beauté, au milieu des piliers de l'esthétique ayant vécu aux différentes époques et, partant des représentations faites par eux, il réussit à tirer de maintes choses, porteuses d'idées, l'inspiration qui le mènera vers quelque nouvelle réalisation hors pair)ʭ. La cote a¤=1 est obtenue par fidélité au texte comme par séparation claire des quilles. Le havresac (b¤) accède à une quantité 1 parce que nul passage du sonnet „Correspondances“, une fois que le niveau du banc est considéré, n'apparaît évidemment incliner la songerie ou la pensée fugitive du côté du filet plutôt que de celui du harpon. La géode c ¤=1 ne soulève aucun doute puisque le texte du poème s'établit aisément grâce aux multiples éditions qui le procurent. Le boulet (d¤) vaut 1 du fait que l'exactitude, quant au fond, est ici hors de propos. Le mousqueton e¤=1 semble assuré vu que le harpon est d'une certaine difficulté, bien qu'appartenant au billard, eu égard au principe -connu dans le public évidemment- que souvent un artiste songe à ses pareils, ainsi qu'à un exploit esthétique prochain venant de lui-même. Le bouclier (f¤) admet une valeur 1 étant donné que nul fait historique, récit fameux ou objet d'art conservé soigneusement jusqu'en 1857, ne semble pouvoir être confronté, comme illustration, au sens que forme le harpon. Le chalut g¤=1 a l'air de convenir, du fait qu'au plan du billard le harpon, loin de paraître introduit par le filet, donne uniquement l'impression d'en être un rival, aux yeux de ceux qui cherchent rapidement à interpréter la mire. Le patin (h¤) ne peut valoir que 1, en ce que, dans les antennes déjà considérées pour mettre au point le râtelier qui nous occupe, jamais un harpon et un autre ne se contredisent. Point davantage ne le font deux filets mutuellement. Aucun harpon ne s'oppose à quelque filet que ce soit. Nul filet ne devient harpon ailleurs et de façon réciproque nul harpon ne se retrouve comme filet. Observons même que les harpons forment un tout cohérent, ce qu'une reformulation modeste permet de faire voir: “les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration au principe des chefs-d'œuvre qui sont développés en partant d'eux, au sein des nombreuses disciplines esthétiques”, “les artistes de génie servent de source d'inspiration à ceux qui, après, les aiment”, “en cela ils fécondent le talent de leurs émules par de précieux apports”, “cet héritage réveille ce qui sommeillait dans le nouveau génie”, “ce dernier, cherchant des motifs d'inspiration, les trouve dans ce que les prodiges ont accompli aux multiples époques”. Le piquet j¤=1 parvient à convaincre chacun, grâce, premièrement, au couvercle du texte, “l'imagination, en chacun des arts, est soutenue par les influences de toutes ces disciplines”, deuxièmement à une pleine compatibilité du harpon avec lui, troisièmement à une absence de choc d'idées entre les aplombs ou portes et le harpon: que l'homme reconnaisse aux symboles ou objets un sens et qu'il parte d'eux pour œuvrer artistiquement, rien de cela n'empêche que de tels éléments donnent l'impression d'appartenir à quelque source divine ou mystérieuse. L'être humain se bornerait à deviner vaguement que les choses de la vie courante seraient autant de symboles des hautes idées d'où elles viendraient et ceux des esthètes qui auraient le mieux entrevu cette profondeur feraient signe vers elle pour les artistes capables de tirer quelque inspiration de leurs chefs-d'œuvre. Une fois de plus il n'est pas très difficile d'éviter la menace de quelque chose comme une contradiction entre les divers éléments internes aux expressions du râtelier. Le garrot (k¤) se hisse au plan 1 car le texte possède le statut de gîte. Un rebond m¤=1 doit se voir accueilli favorablement, eu égard au fief «L'homme…passe à travers des forêts de symboles…» Le matras, employant le fief cité à l'instant, se lit ainsi: “le filet n'exprime aucunement l'image d'un exploit, dans le commentaire des mots "passe à travers", ce qui donne au harpon la supériorité sur lui dans l'explication de la mire”. La quantité 1 revient à (p ¤), le marteau, de par l'impossibilité de trouver quelque passage du texte poussant à déclarer harpon et filet de mérite comparable dans l'interprétation de la mire. L'a ileron w¤=1, enfin, bénéficie du pouvoir que détient l'image des “arbres” d'introduire le sens de «piliers». Le calcul mène donc, les cotes ayant été montrées sans exception aucune de valeur 1, vers une arête de quantité 1=(1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤))=(1/(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)).

Méthode

Nous n'avons pas observé que l'obtention d'un rebond m ¤=1 nécessite que le fief soit indépendant de la mire, donc nous avons gardé ouverte la possibilité contraire, ce qui se voit dans le cas présent, où les deux sont même identiques. Ce genre de permission dépend fortement de l'expérience des cas examinés, ce qui donne le sentiment que tout le calcul de vraisemblance peut s'écrouler par le fait d'un malheureux exemple. Alors nous comprenons l'humiliation de l'expert avisé qui, soumettant une doctrine soigneusement élaborée aux comparaisons, bien mises au point, avec le réel apparent, voit son échec. Cela fait penser à l'expression de Balzac peignant l'amertume d'un savant, dirigée contre un phénomène [316']: «Bête comme un fait.» Certes dans l'expérience habituelle de ses quotidiennes études, la déception une fois maîtrisée, le scientifique déclarera que l'empirisme a repris le dessus en son esprit, mais il gardera un souvenir cuisant de sa déconvenue. Comme il a déjà été vu sous une autre forme: (((toutes les propositions de la doctrine admise sont acceptables dans l'époque historique vécue)=>(la répétition des faits conformes aux propositions admises réussit à présent))=>((la répétition des faits conformes aux propositions admises échoue à présent)=>(toutes les propositions de la doctrine admise ne sont point acceptables dans l'époque historique vécue))). À notre niveau plus modeste nous donnons l'impression, dans l'évaluation des arêtes, de ne pouvoir construire des conclusions que de façon pénible, grâce aux exemples, mais notre consolation est qu'ont été obtenues par induction -ou acte généralisateur partant d'exemples immensément nombreux- les bases, au grand complet, de toutes les branches de la science déductive [317']-[318']. Appartiennent à de telles bases les divers énoncés portant sur les conditions d'emploi de ce qui, à présent symbolisé par (=>), est nommé “implication”. Ainsi (=>) exige ((la relation (proposition A=>proposition B) est une implication vraie); (de plus la proposition A est vraie); (donc la proposition B est vraie)). Ce principe général figure parmi les bases de plus larges déductions et fut l'objet de profondes réflexions et controverses dans l'école de philosophie stoïcienne, la même qui introduisit l'appellation de “Logique”, pour une discipline [319']-[320']-[321']-[322']-[323']-[324']-[325']-[326']-[327']-[328']-[329']-[330']-[331']. Sans façon Diogène Laërce présente la substance du principe ayant cours dans le stoïcisme [332']: «Si le premier est vrai, le second est vrai, or le premier est vrai, donc le second est vrai.» Ce progrès devait acquérir une telle portée que -malgré un long aveuglement partiel où de graves querelles métaphysiques plongèrent certaines écoles- aujourd'hui la formulation des raisonnements les plus célèbres de l'Antiquité puis du Moyen Âge se fait communément au moyen de l'implication [333']-[334']-[335']-[336']-[337']-[338']-[339']-[340']-[341']-[342']-[343']-[344']-[345']-[346']-347']. La précieuse forme rationnelle se justifie par des exemples tels que: (il neige dans les conditions ordinaires de pression atmosphérique sur Terre=>il fait zéro degré ou environ). Nous voyons là qu'elle s'avère utilisable même avec absence de mention claire de la causalité unissant les choses. En effet d'une part ce n'est point la neige qui amène la température de zéro degré, d'autre part il peut faire zéro degré sans qu'il neige. De surcroît la vérification se fait rapidement, puisque l'implication “proposition A=>proposition B”, ainsi que Philon de Mégare l'avait déjà vu, n'est fausse qu'avec la proposition A juste mais la proposition B fausse [348']-[349']. Voici les exemples que Diogène Laërce rapporte, sans chercher à prendre beaucoup de précautions [350']: «Selon les Stoïciens, d'une proposition vraie, on tire une conclusion vraie, exemple: "De ce qu'il fait jour, on conclut qu'il fait clair." Inversement d'une proposition fausse découle une conclusion fausse. Ainsi, s'il est faux qu'il fasse nuit, il est faux aussi qu'il ne fasse pas clair. Par contre, du faux peut découler le vrai, par exemple: tirer du fait que la terre vole le fait que la terre existe. Mais du vrai on ne peut tirer une conclusion fausse, car du fait que la terre existe, on ne peut pas tirer qu'elle vole.» Cette simplicité rend (=>) extrêmement utile dans les milliards de progrès infimes gagnés au cours de l'examen des choses au sein du monde savant. Par le calcul de vraisemblance nous aussi pouvons écrire ((l'arête vaut 1)=>(les treize cotes valent 1)). Une fois l'exacte optique dans laquelle situer (=>) mise au point, les chaînes d'implications valables ont sans arrêt été appuyées par les constats. Nulle difficulté non plus ne se fait jour -en écrivant (*&*) au lieu de “pour des entiers représentés par des lettres”- quand il faut citer un exemple des fort longues chaînes déductives autorisées par (=>), ainsi que, de façon moins ramassée, la remarque 264M en témoignait: (*&*(((a=2b)=>(a²=(2b)²)=>(a²=2²b²)=> (a²=4b²)=>(a²=2(2b²))=>(a²=2c))=>((6=(2)(3))=>((6)²=((2)(3))²)=>(6²=((2²)(3²)))=>(6²=4(3²))=>(6²=2(2(3²))) =>(6²=2(18)))=>((6 est pair)=>(6 possède un carré pair)))). Est ainsi procurée la saisie générale d'un rapport qui frappe l'esprit: ((un nombre est pair)=>(ce nombre possède un carré pair)). Avant que nous n'utilisions ci-dessus les nombres explicitement nommés, le montage fait déjà voir son effet avec des êtres qui ne tendent vers, ne cherchent, ne veulent rien: (=>) plus des entiers. De là vient une construction explicative sûre au plus haut point du fait étudié: (*&*((a=2b)=>(a²=(2b)²)=>(a²=2²b²)=>(a²=4b²)=> (a²=2(2b²))=>(a²=2c))). Un échafaudage lentement avance par complication progressive, comme lorsque nous montons une machine avec des pièces de bois ou de métal, dénuées de caprice fantasque [351']-[352']-[353']. Enfin est donnée, par le raccourci puissant (*&*((a=2b)=>(a²=2c))), qui unit en une seule implication l'égalité initiale (*&*(a=2b)) à l'ultime (*&*(a²=2c)), l'assurance que l'édifice assure bien sa fonction. L'abstrait dont nous partons, (*&*(a=2b)), généralise des cas bien connus. Depuis longtemps les hommes ont eu la coutume d'identifier 2 mains, 2 pieds, portant 20 terminaisons digitales ou 2 fois 10. L'instruction rendit la notion de parité commune: 6 fait 2 fois 3; 10 égale 2 fois 5. Pareillement 2 est divisible par 2. Aussi 4 l'est par 2 et ainsi de suite. L'abstrait (*&*(a²=2c)), atteint dans (*&*((a=2b)=>(a²=(2b)²)=>(a²=2²b²)=>(a²=4b²)=>(a²=2(2b²))=>(a²=2c))), reflète des cas nombreux: 2 ouvre sur 2²=4; 4 débouche sur 4²=16 et ainsi de suite. Donc le raisonnement est gagé par des exemples [354']-[355']-[356']. Ainsi est-il besoin que celui ne disposant d'aucune abstraction logique certaine léguée par l'histoire, dans la considération d'un domaine d'objets, tende vers la maîtrise des exemples. C'est le seul élémentaire témoignage de la conformité d'une parole au réel accessible à une époque. Nous devons alors chercher à obtenir uniquement des exemples qui soient publiquement vus comme appuyant ce que nous avançons. Comme chacun peut s'attendre à ce que toute mise à l'écart frauduleuse des exemples qui le dérangent soit dénoncée, l'esprit est mené, dans les cas où viennent à s'opposer le constat des faits et la doctrine qui les commente, à remanier l'enseignement plutôt qu'à jeter un voile sur les choses. Le tâtonnement se trouve donc limité par une règle à suivre pour qui veut le rendre utile.

Application à Baudelaire

Dans un tel domaine incertain se manifeste couramment le principe de l'initiation, dont le véritable modèle vient du triomphe sur le danger, au sein de la vie quotidienne. Le culte secret de telle ou telle fantaisiste secte offre souvent de cette victoire l'image symbolique. L'artiste souffrant mille tortures devant son créancier, tout en rêvant de gloire ou de fortune, voit également son existence comme une suite d'épreuves dont il se promet de sortir vainqueur aux yeux de la postérité. L'artisan inventeur lui-même n'est pas dépourvu de ressemblance avec l'initié. L'audacieux qui, vers la fin du XVI e siècle, perfectionne une technique tâtonnante, celle de l'émail, frise souvent épuisement comme déchéance, tout en imaginant que l'avenir prochain le tirera de la gêne, alors qu'il est submergé par le débat intérieur sur la méthode à suivre pour sortir des forêts de faits, qui paradoxalement le guident également. Il fait alors confiance au repérage tâtonnant d'impératifs touchant les mesures des matières à employer, du temps à donner pour chaque stade pendant lequel activer telle ou telle réaction, de la situation de chaque objet en ses expériences, ainsi que de l'ordre nécessaire pour l'exécution des tâches [357']-[358']-[359']-[360']: «…ie fus si grand beste en ces jours là, que soudain que i'eus fait ledit blanc qui estoit singulierement beau, ie me mis à faire des vaisseaux de terre, combien que iamais ie n'eusse conneu terre, & ayant employé l'espace de sept ou huit mois à faire lesdits vaisseaux, ie me prins à eriger vn fourneau semblable à ceux des verriers, lequel ie bastis auec vn labeur indicible…ie mis le feu dans mon fourneau par deux gueules, ainsi que i'auois veu faire ausdits verriers…combien que ie fusse six iours & six nuits deuant ledit fourneau sans cesser de brusler bois par les deux gueules, il ne fut possible de pouuoir faire fondre ledit esmail, & estois comme vn homme desesperé; & combien que ie fusse tout estourdi du trauail, ie me vay aduiser que dans mon esmail il y auait trop peu de la matiere qui deuoit faire fondre les autres, ce que voyant, ie me prins à piler & broyer ladite matiere, sans toutesfois laisser refroidir mon fourneau: par ainsi i'auois double peine, piler, broyer & chaufer ledit fourneau…sur cela il me suruint vn autre malheur, lequel me donna grande fascherie, qui est que le bois m'ayant failli, ie fus contraint brusler les estapes qui soustenoyent les tailles de mon iardin, lesquelles estant bruslées, ie fus contraint brusler les tables & plancher de la maison, afin de faire fondre la seconde composition.» 438

§695
Théorie

On évaluera ici l'arête de (۩Qui l'observent║qu'il observe∙Ѻ∙où l'artiste guette la symbolique dont il pourra faire usage, de façon à répondre à ses obligations esthétiques par le sensible qu'il sait produire)ʭ. La poignée a¤=1 ne semble pas devoir être niée parce que harpon et filet ne se confondent nullement. L'un mentionne l'homme qui observe chaque symbole, tandis que l'autre fait état de l'esthète qui, obéissant à une mission reçue des grands maîtres d'arts différents et du ciel, devine quelques unes des formes ou significations, qu'il emploiera dans une prochaine réalisation esthétique. Le havresac (b¤) prend la hauteur 1, étant donné que nul passage interne à „Correspondances“ ne permet d'établir que le filet interprète mieux la mire que le harpon, dans le banc. Du jeu intellectuel et sonore «Qui l'observent»-“qu'il observe” ne reste bientôt plus que le rapport entre significations «Qui l'observent»-“où l'artiste guette…” mais la pensée, devient plus nette. La géode c¤=1 se trouve protégée de toute discussion par l'établissement certain du texte. Le boulet (d¤) mérite la quantité 1 grâce au caractère indépendant, vis-à-vis de toute science ou technologie, du poème. Le mousqueton e¤=1 ne souffre d'aucun soupçon, vu que l'extrême complication du harpon le rend impropre à servir de verrou à un feutre -sans, du reste, que pareille complexité rende filet comme harpon incapables, de manière séparée, d'appartenir au billard. Le bouclier (f¤) prend le niveau 1 puisque la philosophie du harpon, très bigarrée -exigeante mais hautement respectueuse de tous les arts- exclut de pouvoir trouver une illustration précise aux idées mentionnées. Le chalut g¤=1 se justifie de par un filet beaucoup trop mince pour introduire, dès le billard, le harpon. Une valeur 1 semble convenir au patin (h¤), en vertu de la pleine compatibilité, accompagnée d'absence de répétition, entre la présente fourche, VI, d'une part et celles, d'un autre côté, qui ont déjà fait l'objet d'un comptage de vraisemblance. Considérant les harpons, en particulier, il est facile de voir que jamais l'un d'eux n'en contredit un autre, que point davantage ne se nuisent harpon et filet, que nul filet ne devient harpon, de même que pas un filet ne s'oppose à un autre. On a tout spécialement le harpon de la présente fourche, VI, “où l'artiste guette la symbolique dont il pourra faire usage, de façon à répondre à ses obligations esthétiques par le sensible qu'il sait produire” et, parmi ceux déjà examinés auparavant, d'abord I, “les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration des artistes formés au sein des nombreuses disciplines esthétiques”, après cela II, “artistes dont les chefs-d'œuvre jouent le rôle de sources, au cours des temps, pour tel ou tel grand esthète qui débute, lui fournissant de précieuses indications”, puis III, “fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle”, ensuite IV, “signes constitués de caractères internes à des chefs-d'œuvre qui, moyennant de grandes capacités de l'âme qui en reçoit l'excitation, réveillent des intuitions connues depuis longtemps d'elle”, et finalement V, “l'artiste va en imagination au milieu des piliers de l'esthétique ayant vécu aux différentes époques et il réussit l'exploit de tirer de leurs chefs-d'œuvre quelque inspiration pour une réalisation esthétique nouvelle”. Pour diverses raisons le piquet (j¤) vaut également 1. D'abord le texte revêt le statut d'antre profitant d'un couvercle bien formulé: “l'imagination, en chacun des arts, est soutenue par les influences de toutes ces disciplines”. En outre l'énoncé qui précède ne s'oppose nullement au harpon “où l'artiste guette ce dont il pourra faire usage, de façon à répondre à ses obligations esthétiques par le sensible qu'il sait produire”. Que l'artiste gagne beaucoup à s'inspirer d'autres branches de l'art que la sienne et qu'il cherche dans les chefs-d'œuvre des autres esthètes certains éléments de sa démarche forment deux principes nettement compatibles, étant donné que de tels génies peuvent appartenir à une ou à plusieurs disciplines apparemment étrangères à celle qu'il pratique. Enfin les portes ou aplombs ne concernant pas de façon claire le rôle de l'artiste, le harpon reste loin de pouvoir s'y opposer. Un garrot k¤=1 est garanti par j¤=1 et l'avantage de commenter un gîte. Le rebond (m¤) égale aussi 1 grâce au fief «…L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
»
Un matras explique l'avantage que le fief permet à l'une des quilles de gagner sur l'autre: “le harpon seul mentionne l'image des "obligations" qui reflète le sens moral de la mire "Qui l'observent"”. En effet il existe une acception du mot «observent» qui se réfère à des juges épiant un homme soumis à leur verdict. Le rebond m ¤=1 doit sa hauteur au texte analysé, qui est un gîte. Le marteau (p¤) se borne à 1 car nul passage du texte n'autorise à considérer, au plan de la pensée rêveuse ou fugitive du créateur, harpon et filet comme de même niveau, pour ce qui est de leurs facultés à interpréter la mire. L'aileron w ¤=1 s'écrit sans hésitation, en ce que le filet “qu'il observe”, renversant la signification «Qui l'observent», jugée devoir être déchiffrée pour une bonne compréhension initiale du poème, introduit au minimum le sens “qu'il guette” du harpon. En tout l'arête de la fourche qu'on évalue pour sa vraisemblance s'élève à 1=1/(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)=1=1/(a ¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤) (j¤)(k¤)(m¤)(p¤)(w¤)=1 en vertu de l'égalité dans l'invraisemblance, toujours 1, de l'ensemble des cotes.

Méthode

On ignore par quelles relations exactes mesurer le passage d'éléments de contenu et de style, d'un auteur à un autre, parce que le traitement de ce type de fait demeure insuffisamment exact. Mais d'après Stuart Mill découvrir une solution à des problèmes regardant la connaissance du fonctionnement de la pensée humaine semble possible, vu que la science déjà bien constituée propose à tous un enviable modèle [367']-[368']: «S'il y a des sujets où les résultats ont définitivement été consacrés par l'assentiment général de tous ceux qui en ont examiné les preuves, et d'autres à l'égard desquels le genre humain n'a pas, jusqu'à présent, été aussi heureux, et dont les esprits les plus pénétrants se sont occupés depuis l'époque la plus reculée sans pouvoir établir un corps de vérités à l'abri d'une dénégation ou d'un doute, c'est en généralisant les méthodes suivies avec succès dans le premier ordre de recherches et en les appropriant au second qu'on peut espérer de faire disparaître cette tache à l'honneur de la science.» Le calcul de vraisemblance procède légèrement d'une autre façon, puisque l'imitation technique de la science et non sa généralisation le caractérise, mais d'un côté il est possible de voir le détour imitatif comme une appropriation du modèle au domaine d'arrivée de l'application et par ailleurs de considérer que la transposition du modèle dans la forme de mesures faites en tâtonnant constitue pour le modèle un aspect de sa généralisation.

Application à Baudelaire

De ce que Baudelaire semble pareil à un homme qui, au courant de ce qui a été fait avant lui, projette d'en tirer quelque leçon utile à son art, se voit assez dans la dédicace des "Fleurs du Mal" [361']: «AU POÈTE IMPECCABLE AU PARFAIT MAGICIEN ÈS LANGUE FRANÇAISE À MON TRÈS-CHER ET TRÈS-VÉNÉRÉ MAÎTRE ET AMI THÉOPHILE GAUTIER AVEC LES SENTIMENTS DE LA PLUS PROFONDE HUMILITÉ JE DÉDIE CES FLEURS MALADIVES». "España" paraît avoir donné à Baudelaire un modèle, aussi bien pour le style que pour le fond. Il faut avouer que les deux auteurs ont été formés aux classiques de la mordante satire, ce qui peut expliquer leur parenté, mais tant d'autres, qui n'eurent pas leur audace, l'avaient été aussi [362']-[363']-[364']! D'un écrivain à l'autre, quelque chose, que la célèbre dédicace ne fait que reconnaître honnêtement, est bien passé [365']-[366']: «À la morne Chartreuse, entre des murs de pierre,
En place de jardin l'on voit un cimetière,
Un cimetière nu comme un sillon fauché,
Sans croix, sans monument, sans tertre qui se hausse:
L'oubli couvre le nom, l'herbe couvre la fosse;
La mère ignorerait où son fils est couché…
Au milieu, deux cyprès à la noire verdure
Profilent tristement leur silhouette dure… Pendant que du bassin d'une avare fontaine
Tombe en frange effilée une nappe incertaine…Dans le cristal glacé quand je trempai ma lèvre,
Je me sentis saisi par un frisson de fièvre…
»

§696
Théorie

Maintenant que le calcul est établi, nous éviterons de lasser davantage un lecteur, qui, ayant compris les difficultés à vaincre au cours de la saisie des cotes, pourra de lui-même déterminer leur valeur dans les cas voisins de ceux déjà vus. Ainsi nous allégerons beaucoup la présentation des arêtes dans les paragraphes qui suivent et d'abord celle de la fourche (۩avec des regards familiers║très consciencieusement et depuis longtemps∙Ѻ∙grâce à une pensée qu'une familiarité avec les plus hautes idées a rendu capable d'œuvrer conformément à elles)ʭ. Parcourons quinze des raisons menant pour cette fourche à compter 1 comme arête. La mire appartient au sonnet étudié. Il n'existe pas de répétition d'une quille à l'autre. Nul passage du poème ne donne l'avantage au filet sur le harpon, au plan de la pensée rêveuse ou fugitive du créateur que nous cherchons à reconstituer. Le texte a été publié avec soin et n'a guère de rapport avec la pensée rigoureuse, pour ce qui touche à ses contenus de sens. Une fois considérés indépendamment l'un de l'autre, harpon et filet appartiennent au billard. Nous ne parvenons aucunement à nous remémorer un fait célèbre ou quelque texte fameux auquel renverrait le harpon. Si Baudelaire avait mentionné filet avec harpon ouvertement, unis de façon étroite, la critique l'aurait souligné, ce qui n'est pas le cas. Le seul harpon, déjà employé dans une fourche du râtelier ici projeté, soupçonnable d'être strictement de même sens que son homologue dans l'actuelle antenne, admet comme signalement: “où l'artiste guette la symbolique dont il pourra faire usage, de façon à répondre à ses obligations esthétiques par le sensible qu'il sait produire”. Pourtant ces deux harpons doivent être vus comme s'appuyant mutuellement plutôt que se répétant. Notre présent harpon s'avère aussi capable de faire penser à un emboîtement l'unissant aux portes ou aplombs, vu que ce qui semble issu de manœuvres divines peut se trouver aisément ramené à du symbolique rappelant le céleste bagage d'idées que portent les meilleurs âmes en elles-mêmes. Grâce au poème „les Phares“, le sonnet analysé forme un gîte. En outre il contient le passage «…L'homme y passe à travers des forêts de symboles…» qui fait songer à une présence du sens réfléchi dans les choses matérielles, donc recoupe l'image de Platon des hautes idées actives dans le réel absolu. Aucun passage du même texte ne pousse à estimer “très consciencieusement et depuis longtemps” et “grâce à une pensée qu'une familiarité avec les plus hautes idées a rendu capable d'œuvrer conformément à elles” comme d'égal mérite dans l'interprétation de «avec des regards familiers», puisque “familiarité” apparaît dans le second énoncé. Enfin dans la pensée fugitive ou rêveuse de Baudelaire, telle que nous cherchons à nous la représenter, pour former un râtelier, “très consciencieusement et depuis longtemps” introduit sans mal aucun “grâce à une pensée qu'une familiarité avec les plus hautes idées a rendu capable d'œuvrer conformément à elles” puisque ce qui a rendu les âmes des meilleurs hommes consciencieuses depuis longtemps est d'avoir contemplé, avant leur naissance, les hautes idées constituant les bases du monde. Il suit de ces motifs et d'autres encore plus faciles à identifier, que les critères numériques d'invraisemblance de l'antenne valent 1=a¤=b¤=c¤=d¤=e¤=f¤=g¤=h¤=j¤=k¤=m¤=p¤=w¤=1, ce qui donne 1=1/(a¤)(b¤)(c¤)(d¤)(e¤)(f¤)(g¤)(h¤)(j¤)(k¤)(m¤)(p¤) (w¤) comme arête.

Méthode

Notre calcul n'obtiendra toute la portée que nous tendons à lui reconnaître qu'à l'instant où chacun pourra écrire ((l'arête s'élève à 1)=>(la probabilité de l'antenne vaut 1)). Il s'agit, une fois noté “l'arête s'élève à 1”, de garantir “la probabilité de l'antenne vaut 1”, pour obtenir le droit de voir l'ensemble de la formule comme juste. C'est l'impossibilité, partant du vrai, d'arriver par implication dans le faux qui rend le tout difficile d'accès. La pensée rigoureuse ne consiste nullement à ne jamais partir du faux, mais à ne pas mettre le vrai en danger quand nous le trouvons. C'est pour cela que le charlatan est pire que l'ignorant. Il part du savoir historiquement accessible, puis le dévoie. Nous honorons le vrai qui débouche sur le vrai. Peu importe si le faux débouche sur le faux: l'humanité produit une immense quantité de cela, parce que le monde reste obscur. Tant mieux si du faux nous débouchons sur le vrai et que le très informé Kepler, quand il a découvert des lois astronomiques nommées d'après lui, usait aussi de fantaisies très anciennes [371']-[372']-[373']. En opposition à cet heureux usage des croyances, il en existe un redoutable, ce qui mène à surveiller le risque de voir un charlatan individuel -ou un milieu- chercher à tirer le faux du vrai. La rigueur logique réussit à aider l'analyse quotidienne par un schéma où les propositions A et B sont représentées aux extrémités, avec A=>B au centre [374']: A A=>B B V V V V F F F V V F V F L'implication offre un seul cas de fausseté, celui noté au milieu de la deuxième ligne: lorsque A étant vraie, B se montre fausse. Le fonctionnement de l'implication guide le savant, lui enjoignant, lorsqu'il incline à chercher la vérité par tous les moyens, de ne pas faire impliquer le faux par le vrai. Certes la recherche a besoin d'excitation et elle se contente quelquefois de peu, dans l'indispensable quête des images qui la stimulent. Rêve, légende, secrètes leçons, tout est propre à l'aiguillonner [375']. En conséquence d'un pareil début, là où cent essaieront, bien peu auront chance de réussir. Ensuite viendra pour ces derniers, ou leurs disciples, une fois calmé l'enthousiasme initial, un moment de tri, où l'esprit subjectif -ou parfois, collectif et malavisé- devra être anéanti et où ne restera plus, dans la trouvaille réalisée, que l'objectivité historiquement accessible. Nous avons les capacités de trouver du vrai provisoire, avec au départ uniquement de l'insuffisant, eu égard aux moyens qui se renouvellent sans arrêt, légèrement ou beaucoup. Le pas en avant s'obtient par construction à propos des zones du réel perçues et la rigueur consiste à ne pas errer en désirant avancer depuis le vrai d'époque jusque dans le faux. C'est pour cela que la déduction est faite d'une série d'implications ininterrompue de son début à son aboutissement, ce qui dans le cas de onze propositions donne: A=>B=>C=>D=>E=>F=>G=>H=>I=>J=>K. Avec des fondements qui paraissent enfantins, des chaînes de raisonnements devenant très difficiles à suivre sont élaborées. La raison en est qu'une intelligence ordinaire appliquée à l'expérience débouche plus tard sur des constructions remarquables, comme dans une machine compliquée faite de pièces fort simples. L'empirisme voit cela efficacement et il se résume d'un côté à être prêt à se jeter dans le tâtonnement pour découvrir ou confirmer quelque fait ou base déductive, de l'autre à déduire une fois ces bases obtenues. Quand un fait important est vite dégagé, dans le réel historiquement disponible, point n'est besoin de quelque déduction pour le faire voir. Dans l'autre cas, il faut s'armer de patience avant de faire une claire trouvaille, parce qu'elle s'appuiera sur un long raisonnement. Découverte du concret susceptible de répétition et gain de bases déductives se font au moyen de la montre, qui est constituée par l'induction faite sur le fondement de représentations graphiques, manipulations ou observations [376']-[377']-[378']-[379']-[380']-[381']. Reste à noter cette leçon: que l'empirisme, pour l'instant, nous apprend chaque fois que le mécanisme se justifie. Dans tout le réel que le savoir éclaire surgissent incessamment des faits vérifiables. Les uns, parmi eux, sont présentés en partant d'autres mieux connus. Mais pour certaines choses il demeure impossible de les voir comme la suite de faits auparavant éclairés. En pareille situation il faut avancer de nouvelles bases explicatives, de sorte que dix branches de micro-spécialités viennent à naître. Dans tel secteur, même, on se trouve sans assez de principes de compréhension -provisoirement au moins- et on sait juste réaliser la montre de l'observation curieuse qui vient d'être faite par un chercheur, de telle manipulation réussie par quelque ingénieur de pointe ou du fonctionnement d'un produit sorti des mains de quelque inventeur. C'est uniquement pour certains cas, heureusement situés dans le savoir général, qu'une fois la répétition de pareilles choses obtenue, sans modifier l'objet, par une observation, ou en le changeant, par une manipulation, que rapidement on arrive par induction à dégager l'essentiel, trouvant de nouvelles bases, lesquelles -jointes aux anciennes ayant déjà beaucoup servi, ou à une majeure partie d'elles- autorisent à déduire avec profit. On a donc vite de nombreux secteurs qui s'ouvrent comme les panneaux de maints éventails, tous reliés cependant par les cinq doigts qui les tiennent solidaires: le but d'étudier le réel, celui de répéter chaque prétendue trouvaille pour la vérifier, celui de renoncer à une doctrine incompatible avec de nombreux faits attentivement décrits, celui de recourir aussitôt que possible à une déduction, celui enfin de retourner au tâtonnement si l'échec théorique persiste. La complication vient de ce que le savoir universel ne ressemble aucunement à une immense géométrie d'Euclide faite de la coordination de centaines de plus petites, mais que la technique la plus tâtonnante y côtoie de hautaines constructions déductives. Partout cependant règne le soin d'écarter le charlatan, afin de ne jamais enseigner du faux en partant du vrai, même s'il est besoin, parfois, de quelque temps pour comprendre qu'une particulière habileté, amenée par des biais empiriques, ne vaut rien vis-à-vis de connaissances éprouvées bien que restreintes et que cette manipulation est devenue le moyen pour un charlatan de se jouer de ses dupes -au moyen de telle ou telle forme spéciale de la généralité pernicieuse (A vrai=>B faux).

Application à Baudelaire

Souvent Baudelaire a puisé dans la métaphysique pour écrire, tout comme il a maintes fois perçu un tel recours chez d'autres écrivains [369']-[[370']].

§697
Théorie

On traitera ici de l'antenne (۩Comme de longs échos…║ainsi qu'une sonorité prolongée se laisse analyser en coups divers que reprend sa réverbération∙Ѻ∙de même que du réel absolu sortent les innombrables objets qui gardent quelque chose de lui, comme fait l'écho de ce qui l'engendre)ʭ. Le commencement du cinquième vers donne la mire. Le filet procure un sens concret, alors que le harpon se hisse jusqu'au platonisme le moins prudent. Rien dans le poème ne s'oppose à ce que le souvenir de l'éducation la plus conservatrice domine le sens de ce texte, qu'introduit „Élévation“ [[382']]-[383']-[384']-[385']-[386']-[387']. Au plan de l'édition le contenu de ces lignes possède toute la sûreté requise. Le savoir le plus exact demeure sans participation aucune dans le sonnet. La difficulté de compréhension que rencontre la fourche n'a rien de commun avec le problème que pose, à son auditeur, Corneille, quand il conduit un glorieux chef de troupe, revivant un exploit dans l'instant, à déclarer qu'aux guerriers arrivés dans le port d'une grande ville, une douce clarté nocturne fait [388']«voir trente voiles». Il ne semble pas que le poète imite, dans „Correspondances“, une scène précise déjà présentée par quelque auteur ayant suivi Platon. Quant au modèle original de Baudelaire, il se retrouve difficilement au sein de ce qui en est issu. Le philosophe grec pense aux choses de politique, d'abord, ensuite au savoir théorique devant servir à former l'homme d'État. De telle sorte que parler d'illustration du mythe platonicien par „Correspondances“ semble aventureux. Le renversement de la perspective a été bien trop considérable pour autoriser cela. Platon écrivait un beau texte, afin de mener un public vers la philosophie métaphysique ou politique, alors que Baudelaire donne un beau texte paraissant utiliser une référence philosophique, pour inviter, en qualité d'artiste, son lecteur à se pencher sur le beau lui-même. Il évoque de manière simultanée quatre correspondances: celle de la fusion entre ciel et terre; celle unissant les aspects du sensible, parfums, couleurs et sonorités; celle rattachant l'inspiration des artistes ou artisans de luxe aux sens qui ne sont pas en premier lieu source d'intérêt pour leur spécialité, ainsi l'odorat pour Baudelaire lui-même; celle, finalement, qui fait se rejoindre les inspirations artistiques des branches diverses de l'art, comme dans le cas d'Ingres peignant ¨Œdipe et le sphinx¨ -ou avec son violon, bien sûr, dont il jouait en homme de savoir et de talent [[389']]-[[390']]-[[391']]-[[392']]-[[393']]-[394']-[395']-[396']-[397']. Le grand artiste aura puisé l'essentiel de sa pensée dans le ciel des idées absolues et aura tiré du spectacle de la forme ultime du bien -qui organise aussi tout ce qui est beau- la puissance d'être inspiré dans un domaine de sensibilité par le biais d'un autre. Prioritairement le voyage des âmes n'est plus chargé de faire voir le bien absolu sous les formes diverses qu'il sait prendre, afin d'administrer toutes les activités de l'État, mais d'ouvrir sur la beauté que recèlent quatre des cinq sens à quiconque sait déjà réaliser de grandes choses dans la sphère du cinquième. Le rapport entre harpon et filet ne peut venir que du banc, puisque dans le billard les intuitions visant ces deux significations feront sentir, au contraire, de la rivalité mutuelle. Une grande partie des lecteurs de Baudelaire, sans aucun secours du poète, aura vu les deux significations, qu'on appelle à présent “filet” et “harpon” comme impossibles à concilier, se faisant la réflexion que si l'auteur se réfère aux sons entendus au milieu des grands espaces, il ne songe pas à l'unique source que Platon attribue au monde. Le harpon a tellement de hauteur qu'il ne saurait contredire la série de ceux qui ont été formulés aux paragraphes 690, 691, 692, 694 et 695. Quant à ceux donnés en 693 et 696, ils vont dans le même sens que lui. De ce même harpon, le sens demeure trop à l'écart des modestes aides que les portes fournissent à une première lecture, pour leur nuire. Le texte fait partie d'un engrenage. Comme on devine le «temple» être au principe des «forêts de symboles», qui regardent l'artiste pour l'exhorter à œuvrer dans le sens divin, le premier quatrain paraît -dans les profondeurs de la pensée rêveuse ou fugitive très difficile à cerner- conduire à penser qu'en profondeur l'image que suit le harpon vaut mieux que celle du filet. Ce dernier introduit l'autre quille par un retournement du sensible au métaphysique. Le filet “ainsi qu'une sonorité prolongée se laisse analyser en coups divers que reprend sa réverbération” vient du sensible, puis le harpon inverse les choses en partant du bien, qui est selon Platon l'idée active suprême donnant forme à l'univers. Dans les deux cas l'unité couvre la multiplicité. On entend une seule sonorité, mais elle vient de constituants très nombreux. On a un seul réel, mais il donne des objets innombrables. La forme “un-plusieurs” est commune. Cependant le sens de l'engendrement s'inverse. Des coups procurent un son unique prolongé, d'un côté. D'autre part l'unique notion du bien -ou réel absolu selon Platon- fournit la diversité du monde [398']-[399']. Quant aux montants des cotes, ils arrivent à 1=a¤=b¤=c¤=d¤=e¤=f¤=g¤=h¤=j¤=k¤=m¤=p¤=w¤, ce qui débouche sur l'arête de valeur 1=1/a¤b¤c¤d¤e¤f¤g¤h¤j¤k¤m¤p¤w¤).

Méthode

En supposant que le calcul de vraisemblance acquière dans le futur un aspect déductif, on sera bien avisé de ne pas revoir son image de grande vulnérabilité devant les contre-exemples. On voit mal pourquoi glorifier le tâtonnement si c'est pour ensuite passer outre les faits. Comme chercher en tâtonnant a pour essence le principe de la supériorité du factuel sur la doctrine, l'employer ne peut se justifier que si, une fois qu'on a débouché sur des bases déductives -quel que soit le niveau atteint par la dérivation du vrai qui s'ensuit- on s'efface devant un contre-exemple dûment établi, hostile au résultat intellectuel. Ainsi doit-on, malgré la profondeur des connaissances astronomiques, se déclarer prêt, si le soleil ne se couche pas demain, à se plier devant le fait.

Application à Baudelaire

Parmi les textes de Platon où Baudelaire a puisé, sans chercher à conserver le détail de la signification initiale, on pense d'abord à celui-ci [400']-[401']: «…c'est mon opinion, qu'aux dernières limites du monde intelligible est l'idée du bien, qu'on aperçoit avec peine, mais qu'on ne peut apercevoir sans conclure qu'elle est la cause universelle de tout ce qu'il y a de bien et de beau…»

§698
Théorie

Nous évaluerons ici l'antenne (۩…qui de loin se confondent…║situés de telle sorte que l'observation en est gênée∙Ѻ∙à l'occasion desquels, à condition d'être loin, chacun, spontanément, aperçoit de nombreux faits différents comme n'en formant qu'un seul)ʭ. Pour déterminer le niveau de l'arête, nous prendrons garde aux points que voici. La mire se contente de reproduire un court segment du texte. Le harpon seul contient le sens décisif préparant le huitième vers. Le poème a été soigneusement conservé. Il n'a guère de rapport aux connaissances exactes. Le harpon, bien qu'accessible à tous, demande un effort de compréhension. Le propos est pris dans une grande analogie -partant du cinquième vers et aboutissant au huitième- nous laissant incapable d'y voir l'imitation d'un modèle précis. L'auteur ne fait en rien deviner la préparation du harpon au moyen du filet, car il ne décompose de nulle manière son raisonnement. Les quilles de l'antenne présentée n'offrent aucune prise aux soupçons d'incompatibilité avec leurs homologues à l'intérieur des autres fourches du râtelier en cours de formation. La même réflexion peut s'appliquer sans mal au rapport entre d'un côté le harpon et d'autre part deux types de choses: le couvercle du texte ainsi que les portes ou aplombs. Le voisinage de sens avec „les Phares“ n'est pas douteux. L'expression «de loin», dans le vers initial du second quatrain, suffit à donner la prééminence au harpon sur le filet. Dans la pensée fugitive ou rêveuse de l'auteur, telle que nous l'entrevoyons, le filet donne une introduction abstraite au harpon. Il ressort de ces cotes 1 que l'arête de l'antenne possède aussi 1 comme valeur.

Méthode

L'abstrait, qui est apparenté à une distance intellectuelle, permet un recul et de la hauteur dans le jugement, ce qui est refusé à celui épousant de façon étroite le concret. Pourtant, comme nous appauvrissons le contenu, pour acquérir une telle supériorité, nous diminuons l'intérêt de la notion eu égard aux détails fournis. Le filet “situés de telle sorte que l'observation en est gênée” pourrait convenir pour introduire un harpon “objets cachés”, parce que, manquant le détail de l'affaire discutée à propos de la fourche ici évaluée, il est disponible pour un exemple très différent.

Application à Baudelaire

Le poète compare le fait commun des coups entendus, qui font un seul grand bruit, avec la diversité sensible harmonieuse, dont surgissent maints objets offerts aux organes de la sensibilité, parce que ces domaines ont une seule réalité de base, pour un platonicien: le beau et, au-delà encore, le bien qu'il reflète de façon éclatante [402']-[403']-[404']-[405']. Pour être conduite vers le souvenir de ces hauteurs, l'âme subtile, ayant contemplé originellement la réalité «profonde» autant que «ténébreuse» et parfaitement “unie”, s'élance depuis le reflet en elle des apparences quotidiennes -impressions reçues à l'occasion d'un amour, d'un spectacle naturel ou de quelque cérémonie. Une autre pratique des plus ordinaires, celle du langage, qui emploie un vocabulaire parallèle concernant les divers éléments physiques «…frais…Doux…verts…corrompus, riches…triomphants…» nous alerte aussi concernant l'artiste, capable de faire des merveilles avec un substrat qu'un timide instant chacun est susceptible de remarquer tout seul. Il en va comme pour le fondement du savoir géométrique où, lointainement, les plus difficiles questions reçoivent en chacun des germes de réponse [406']. Mais la pente de l'esthétique, accentuée chez Baudelaire par rapport à ce qu'il en est chez Platon, met en péril cet emprunt fait par le poète au philosophe [407']. La subjectivité artistique a tellement de pouvoir d'illusion que ce que l'esthète imagine retrouver de l'absolu risque fort -d'après un platonicien plus exigeant- de n'être qu'étroitement passionnel [408']. Beaucoup d'entre nous, entraînés dans un élan plus ou moins irrésistible, cessent vite de percevoir l'effet de la subjectivité. Contraints à nous diriger dans un sens, par un mouvement séculaire collectif, nous croirons que notre inclination vient de nous-même. Si la population depuis quelques siècles, en un pays, aime beaucoup une couleur précise, comme le bleu, ou se dirige, pour son habitation, vers un type de lieu, les côtes par exemple, tel ou tel sujet pensera qu'il a résolu d'avoir ce goût [409']-[410'].

§699
Théorie

On cherchera maintenant la vraisemblance de la fourche (۩Dans une ténébreuse…unité║dans un ensemble dont les constituants ne se distinguent nullement∙Ѻ∙là où une pensée insuffisante ne peut rien se figurer de la source idéale unique de la belle harmonie frappant la sensibilité, parce que, désirant s'attacher aux apparences dispersées qui viennent l'impressionner, elle s'égare)ʭ. La mire vient du texte, à une omission près. Le sixième vers a tellement d'abstraction qu'il ne saurait favoriser le filet vis-à-vis du harpon. Le texte montre autant de sûreté, au plan éditorial, que d'impossibilité à l'examiner comme se référant à des connaissances exactes. Le harpon est trop élaboré pour former le verrou d'un feutre, mais ne présente nulle grave difficulté de conception à l'époque de Baudelaire, tant le platonisme revêtait d'importance au sein de la formation élémentaire de l'élite appelée à dominer la société. L'alliage de notions, réalisé par l'auteur, empêche de voir les images de Platon ou de ses imitateurs comme des exemples que le harpon suivrait de près. Cette construction originale prévient aussi le danger qu'au plan du billard le filet prépare le harpon. Les quilles du râtelier en cours de réalisation forment davantage un ensemble cohérent qu'un amoncellement disparate. Le harpon ayant pour but d'élever la pensée ordinaire vers la métaphysique, tandis que les portes ou aplombs possèdent la finalité de faire descendre avec tact, vers une réflexion générale, des contenus d'apparence religieuse, ces deux mouvements intellectuels ne peuvent que s'harmoniser. Le sonnet partage son tuteur, “"l'imagination", "les arts"”, au minimum avec un autre ouvrage du poète. Les vers 3 et 4 sur la symbolique du réel qui s'adresse à «L'homme» font imaginer que souvent une pareille tentative n'arrive à rien, ce qui amène à songer en effet à cette “pensée insuffisante” que mentionne le harpon et de laquelle diffère celle de «L'homme» par excellence, qui, prenant au vol cette incitation à réfléchir, s'en va retrouver “la source idéale…de la belle harmonie”. Au plan de la pensée songeuse ou fugitive de l'auteur la relation unissant le filet au harpon est justement celle, opposant fond et apparence, qui organise tant de textes de Platon, de sorte que, sans hésitation aucune, l'interprète, quand il comprend le poids exercé par les vues admises anciennement sur l'inspiration du poète, choisit en définitive le harpon comme le meilleur sens de la mire. Cela ne saurait paralyser le pouvoir du filet d'introduire le harpon, étant donné que la compréhension élémentaire de ce d'où vient la confusion introduit parfaitement le sens plus élaboré, qui mêle des restes de formation traditionnelle aux images obtenues en méditant sur l'inspiration artistique.

Méthode

Retrouver le chemin que cette dernière suit demande qu'on se penche sur l'histoire de la suite d'héritages intellectuels qui ont nourri la réflexion. Avant l'accueil favorable de la pensée platonicienne dans le christianisme, une autre filiation eut lieu. Diogène Laërce note que Platon suivit beaucoup ce qu'avait d'abord conçu Pythagore [411']-[412']-[413']: «Jusqu'au temps de Philolaos, on ne pouvait connaître les dogmes de Pythagore. C'est lui qui fit paraître les trois livres célèbres que Platon fit acheter par lettre cent mines…Les habitants de Métaponte appelaient sa maison le temple de Déméter et passage des Muses la rue où il habitait…Le même auteur raconte que quelqu'un demandait à Xénophile le Pythagoricien comment il donnerait à son fils la meilleure éducation, à quoi il répondit: "Il sera bien élevé, s'il est originaire d'une ville bien policée." Pythagore eut bien d'autres disciples…Il savait à merveille se faire des amis, et, en particulier, quand quelqu'un, l'ayant fréquenté, avait compris ses symboles, il s'en faisait sur le champ un compagnon et un ami.»

Application à Baudelaire

Un écho, reprenant un coup unique avec plusieurs contrecoups, intervient comme un charme naturel, un événement dépourvu d'explication profonde, au plan de la connaissance usuelle. Pourtant il est là couramment et existe donc un contraste opposant le milieu ordinaire où il est entendu et l'impossibilité de le ramener au domaine du facile à comprendre. L'étonnement vient alors, comme devant un miracle infime. Un des caractères initiaux de la notion de “correspondance” donne ici toute sa force, donc un parfait symbole pour introduire la conception. Enfin une cascade de comparaisons a lieu, qui souligne l'écho physique par un écho mental: on part de “échos de coups différents”, on passe dans “nuit et clarté”, pour arriver aux “parfums, couleurs et sons”.

§700
Théorie

Plusieurs données ont à être fournies pour attribuer une mesure convenable aux cotes de l'antenne (۩profonde║qui échappe aux forces d'une analyse rapide∙Ѻ∙concernant l'absolu, dont l'âme, ayant vu assez longtemps l'idéal générateur, parvient à retrouver le détail, par le souvenir attentif et endurant) ʭ. La première tringle a été empruntée au sonnet. Les quilles traitent d'aspects complémentaires de la même chose. Le ton métaphysique du poème avantage le harpon dans l'explication de la mire. Il n'est pas question de science -pure ou appliquée- mais des fondements de l'art, puisque Baudelaire détourne légèrement le sens de sa principale source. Le harpon se tient éloigné, par son raffinement, d'un verrou de feutre. Le poète ayant élaboré, par méditation personnelle, d'après les discours classiques portant sur les bases du savoir et dans le fil d'autres fondements de sa culture -sortis de lectures ou de conversations variées- quelques bribes d'un système théosophique jamais clos et nulle part confié au papier, une illustration de sa pensée reste impossible à trouver. Le filet ne conduit jusqu'au harpon qu'un lecteur poussant l'intuition des ressorts platoniciens de la pensée fondamentale du créateur, assez loin pour surmonter l'impression de rivalité mutuelle de ces quilles, donc la présentation de l'une par l'autre ne saurait avoir lieu dans le billard. Les quilles ont une articulation avec leurs homologues des autres fourches du même râtelier, non une opposition. Le harpon demeure compatible avec le couvercle, tout autant qu'avec les portes. Le thème de l'imagination dans les arts établit une continuité unissant le sonnet avec „les Phares“. Le mystère de la symbolique du monde observant «L'homme» pousse l'interprète vers un sens théosophique des lignes en cause, donc vers le harpon. Cependant le filet, avec la simplicité qui le caractérise, introduit l'autre quille, parce qu'une pensée fugitive ou songeuse, déçue par “qui échappe aux forces d'une analyse rapide”, se tourne facilement vers la représentation d'un effort “endurant” qui, tout au contraire, parvient à son but. La fourche analysée mérite ainsi de prendre le niveau 1.

Méthode

Il est difficile de reprocher à un artiste de modifier le sens d'une philosophie dont il s'inspire, puisque le sérieux n'est pas requis de lui. Donner un éclat, véritable finalité de la prouesse artistique, ne consiste point à délivrer un cours et “s'inspirer de” passe outre aux obligations de qui enseigne. Il serait étonnant d'estimer que dans ¨l'École d'Athènes¨ Raphaël commet des erreurs au plan philosophique [416']!

Application à Baudelaire

Le poète a dressé, au moyen du premier quatrain, le tableau du monde artistique, passé comme futur, en y incluant les morts, parce qu'ils inspirent les vivants qui peuvent avoir une correspondance avec eux, d'après le rôle qu'ils jouent dans la correspondance de la terre au ciel. Jamais il n'a, pour le moment, abordé ce qui anime l'art, au plan esthétique, celui de la sensibilité, donc il doit maintenant chercher à évoquer de tels aspects, plus concrets, de l'activité noble qu'il exerce lui-même. S'il veut rester fidèle au genre du poème à contenu inspiré de préoccupations religieuses, afin de ne pas briser la dynamique du sonnet, il ne peut que chercher le mariage de la description matérielle avec l'appel à quelque mémoire des principes de la métaphysique platonicienne, chez un lecteur cultivé. La comparaison, qui chevauche deux zones de pensée différentes, sert donc un pareil but: le domaine concret «…Les parfums, les couleurs et les sons…» et puis le domaine abstrait du platonisme consciemment déformé, «…une ténébreuse et profonde unité…» Le philosophe antique avait également insisté sur les difficultés à vaincre pour accéder aux réalités absolues ainsi que sur le dynamisme hors du commun de ceux qui atteignent leur vision [414']-[415']: «Mais trouver dans les choses de ce monde-ci le moyen de se ressouvenir de celles-là n'est pas aisé pour toute âme, ni pour toutes celles qui alors n'ont eu qu'une brève vision des choses de là-bas…il n'en reste donc qu'un petit nombre auxquelles appartienne en suffisance le don du souvenir. Mais, quand il arrive à celles-ci d'apercevoir une imitation des choses de là-bas, elles sont hors d'elles-mêmes et ne se possèdent plus!»

§701
Théorie

Soit l'antenne (۩Vaste comme la nuit║faisant que l'esprit se voit perdu, confronté à l'immensité∙Ѻ∙ qui exige de ne renoncer aucunement à chercher la céleste beauté, au moyen du ressouvenir, en dépit de l'énorme différence qui empêche de lier facilement une terrestre intuition et l'image ultime devant présider à un exploit esthétique)ʭ. Nous définirons ci-après quelques uns des aspects à saisir pour déterminer l'arête de cette fourche. Les quilles ne peuvent être confondues. Les deux quatrains paralysent l'interprète hâtif voulant négliger le harpon et accorder son crédit au filet, avec la mention d'un «temple», de colonnes parlantes et de «symboles» qui «observent». Le texte a été dûment examiné par les meilleurs experts, qui jamais ne l'ont appréhendé comme un faux. Ses contenus de sens ne peuvent nullement prétendre accéder au niveau de la science déductive ou à celui de quelque technologie. La fourche n'offre nul anachronisme vu que, le platonisme demeurant très étudié au XIX e siècle, tout le temps écoulé, du philosophe grec à Baudelaire, ne rend pas notre fourche historiquement déplacée. Comme Platon professe que le beau est le bien rendu éclatant aux sens, les textes de lui ne sauraient convenir comme illustrations du présent harpon, qui mentionne “une terrestre intuition”, car pour Baudelaire la débauche peut receler du bien [417']-[418']. Ainsi le poète n'a guère pu trouver, dans les ouvrages de l'auteur athénien, des exemples que le sonnet aurait eu pour tâche de suggérer, donc des illustrations. La critique sera impuissante à faire voir que présenter l'image du ressouvenir harassant par celle de l'immensité s'avère intenable pour Baudelaire. Bien qu'associables facilement les harpons, déjà sélectionnés pour appartenir à des fourches d'un même râtelier, ne sauraient être vus comme se répétant de façon exacte. Les portes introduisent une présentation quotidienne ordinaire du sens difficile de plusieurs passages du sonnet, que le créateur emploie comme un fond suffisamment général et obscur pour que nous en attendions avec intérêt -ce que traduit le harpon- une interprétation particulière, inspirée du voyage des âmes, que Platon avait imaginé d'après les fables courantes au sein des milieux cultivés de son époque [419']-[420']-[421']. Nous avons de la sorte un abstrait I, une concrétisation, II, puis un autre abstrait, III, qui met l'imagination, attirée par une difficulté, en route vers un sens plus détaillé que celui de I, cela sans aucune contradiction, grâce au vague régnant également sur I et III. Le grand poème „les Phares“ épaule justement le thème de „Correspondances“, celui de l'imagination active dans les arts. Les deux quatrains fournissent un arrière-plan au harpon -du fait de leur théosophie- ce qui l'avantage vis-à-vis du filet, lequel paraît alors donner uniquement un schéma de ce qui va être développé juste après. Le filet semble traiter de la subjectivité seule, alors que le harpon décrirait ce qui arrive objectivement au plan du monde lui-même. Néanmoins, comme schéma et simple brouillon subjectif, le filet joue un rôle de parfaite introduction, pour ce qui est finalement avancé.

Méthode

L'enseignement comporte une si grande incertitude qu'étudiant un auteur qui nous paraît en évoquer un autre, dont la doctrine a pu lui avoir été apprise, nous devons éviter de conclure que l'allusion à lui vaut approbation de toute sa doctrine.

Application à Baudelaire

Dans la différence de jugement sur les mœurs, qui sépare Baudelaire de Platon, d'un côté intervient la franchise du poète, quant aux agréments que pouvaient lui fournir les prostituées. Par ailleurs il soupçonne la prétendue innocence de complète impossibilité, à cause du péché originel [422']. Ensuite, d'après lui, nous verrions comme innocente une beauté qui n'est simplement pas mûre pour la faute, mais qui ne tardera guère à le devenir en quelques années [423']. De surcroît nous chérissons des illusions de bonté humaine qui nous empêchent de voir les choses effectives [424']. Enfin la tendance au bien, si fréquemment invoquée par nous, qui serions tous mauvais radicalement, selon Baudelaire, se réduit souvent, pour lui, au masque de la peur des conséquences du mal et elle ne vient donc pas de quelque authentique amour de la justice [[425']]. De là résulte qu'est seule présente, comme germe du bien en l'homme, l'aspiration à l'idéal qui naît chez le pécheur [[426']]-[[427']]-[428']. Donc le sonnet „Correspondances“ doit, pour éviter la vaine flatterie peindre cette réalité du mal, en partant de laquelle des âmes valeureuses parviennent cependant, grâce aux aspects brillants de cette misère, à retrouver l'inspiration donnée par le ciel. C'est depuis l'abîme du mal, représenté dans le sonnet par les attraits de la corruption, que, selon Baudelaire, dans l'homme, vient le seul élan véritable vers le bien [[429']].

§702
Théorie

On livrera ici quelques moyens pour évaluer l'arête de la fourche (۩et comme la clarté║mais pouvant aussi amener l'âme devant le champ du savoir∙Ѻ∙donnant à côté de cela des indices pour s'extraire des poncifs jusqu'ici en usage, afin de trouver, en partant des fondements idéaux du monde, l'aspect de la beauté qui servira de modèle artistique)ʭ. Le filet considère le savoir en général, tandis que le harpon se tourne particulièrement vers l'art. Le poème ne semble pas écrit pour guider quiconque vers la science déductive ou quelqu'une de ses applications. Il a été publié avec soin, au plan de son texte même. Un lecteur cultivé peut imaginer dès le premier abord les notions de “Lumières” et “d'inspiration originale” en partant de «clarté». Grâce au passage sur la symbolique observant «L'homme», l'échafaudage de Baudelaire, platonicien mais esthétisant, ne semble point suggérer d'exemple connu auparavant. Le poète a très bien pu songer, à toute vitesse ou dans quelque lente dérive de la pensée, à l'image du “jour-savoir” introduisant celle de l'illumination esthétique. Le harpon actuel s'harmonise avec les autres, pris dans les fourches du râtelier en voie de constitution. Le couvercle du sonnet, dégagé au paragraphe 568, ne s'oppose nullement à cette même quille. Baudelaire a écrit sur le thème des artistes liés mutuellement, un autre poème. La symbolique du monde naturel entretient une ancienne familiarité avec «L'homme», d'après le premier quatrain, ce qui se combine parfaitement avec l'idée que des reflets idéaux habitent l'âme des grands artistes. Ce point avantage le harpon dans l'interprétation de la mire. Pourtant le filet, avec son abstraction introduit bien l'autre quille de l'antenne. Au vu des apparences examinées, l'arête de l'expression étudiée vaut 1.

Méthode

Si on avait comme perspective non d'étudier un sonnet en imaginant une imitation du calcul des probabilités, prenant son lectorat immensément nombreux en compte, cela depuis la publication initiale, mais de se pencher sur les mots employés par l'auteur dans la totalité de ses ouvrages, il deviendrait possible de réaliser une réelle statistique, puisqu'il a écrit des milliers de phrases. Aucune maladroite imitation des effectifs procédés mathématiques ne serait plus nécessaire. Mais à l'échelle d'un seul poème, comment procéder quand il s'agit d'obtenir une formidable quantité de faits, seule base documentaire possible d'un examen statistique?

Application à Baudelaire

À l'occasion Baudelaire ajoute des points dans le platonisme, sans vouloir en faire impitoyablement le procès [[430']]. Le plus clair de son temps il semble rester d'accord avec le philosophe athénien sur la monarchie ou la formation, par la science, des politiques, mais il suppose, sans trop s'y appesantir, que le grand artiste possède une hauteur de vue pareille à celle du monarque -ou supérieure. Autant que le roi ou le savant qui aide à le former, l'artiste va chercher, par le ressouvenir, les fondements du monde ou conceptions précieuses qui rendent effectif l'ordre, lequel règne par les correspondances. Baudelaire, dans la haine qu'il a de la démocratie, combinée à une grande valorisation de l'art, fait penser à un platonisme très élargi, éventuellement esquissé en dehors du soin de composer un système [431']-[432']-[433']. On retire de ses ouvrages qu'il voudrait ajouter au platonisme sans avoir à en retrancher beaucoup. Il suffirait à ses yeux qu'il devienne moralement plus ouvert encore [[434']]. Le divin roi et aussi les monarques terrestres, doivent continuer à exécuter leur devoir de complète domination, heureusement servis par les meilleures autres âmes, vis-à-vis du monde réel où chacun doit occuper le poste dû à son talent [435']. Là tout grand artiste fait l'éloge du réel, comme le sonnet „Correspondances“, au plus haut point s'y emploie. Impossible de penser à une vision rêveuse des choses plus conservatrice! Même quand le poète, soucieux d'améliorer le monde, au milieu d'une immense révolte animée contre un gouvernement devenu impotent, fait appel à un doux anarchiste, c'est pour le savoir qu'il a montré [436']. S'il fait l'éloge du peuple ou peint sa misère de façon touchante, c'est que cette foule reste soumise. On se gardera d'oublier que Platon voyait l'étincelle des notions divines dans l'âme d'un esclave jeune, propriété docile de son maître depuis le jour de sa naissance [437'].

§703
Théorie

Présentons maintenant quelques uns des motifs d'attribuer 1 comme valeur d'arête à l'expression (۩…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent║pour chaque perception dépendant de tel ou tel des cinq sens, existent des impressions homologues, parmi celles venues de chacun des quatre autres aspects de la réceptivité∙Ѻ∙l'excellente âme, qui a entr'aperçu le bien, surmonte la séparation entre les différents aspects inspirants de la sensibilité, par l'image de leur accord)ʭ. L'essentiel du huitième vers n'est pas difficile à reconnaître dans la mire. Comme dans les fourches précédentes du râtelier à établir, le filet demeure schématique, de sorte qu'il s'avère impossible de trouver un passage du sonnet qui lui offre la prééminence vis-à-vis du harpon. En particulier la notion «répondent» ne s'y voit pas suffisamment éclairée. Le poème bénéficie de la sûreté requise pour un examen approfondi et ne présente rien qui soit puisé dans la science. Le développement de genre platonicien du harpon dépasse le cadre d'une facile devinette. Le platonisme se voyant ici combiné à une vision de l'univers centrée sur l'esthétique, nous désespérons de réussir à trouver un exemple célèbre de texte, ou d'activité, dont Baudelaire aurait désiré suggérer l'exemple. L'immédiateté du billard possède trop de rudesse pour autoriser l'enchaînement “filet-harpon”. La présente fourche semble capable de s'articuler avec les treize précédemment discutées. L'itinéraire allant du bien au concret puis de là jusqu'au plan de la notion d'accord semble compatible avec les portes ou aplombs chargés de mettre l'évocation de ce qui est divin à portée de la pensée ordinaire. Pareillement au sonnet „Correspondances“, qui peint l'imagination dans les arts, le poème „les Phares“ décrit, chez de nombreux artistes, l'exercice de cette faculté. L'imagination orne ainsi le «temple» naturel d'un «hurlement» revêtu d'art et offert «au bord» d'une inaccessible «éternité». La notion de “symbole” est, au départ, celle de l'objet autorisant l'idée d'une amitié à être revivifiée, comme un portrait cassé dont chaque hôte détient une moitié seulement, afin qu'en les emboîtant l'une dans l'autre, ils puissent un jour futur se reconnaître [438']. Chez un lecteur extrêmement attentif au troisième vers «…L'homme y passe à travers des forêts de symboles…» naît la réflexion que le concret mentionné par le filet gagnerait à un élargissement de signification. L'énoncé “pour chaque perception dépendant de tel ou tel des cinq sens, existent des impressions homologues, parmi celles venues de chacun des quatre autres aspects de la réceptivité” offre le germe de la notion vaguement platonicienne du harpon: “l'excellente âme, qui a entr'aperçu le bien, surmonte la séparation entre les différents aspects inspirants de la sensibilité, par l'image de leur accord”. De surcroît au moyen de l'union des cinq sens nous allons vers celle de l'unité de toutes les choses bonnes: beautés naturelles, raffinées ou artistiques. Dans ce cas, le concret ne vaut pas l'abstrait par lui suggéré: le filet ne peut se mesurer au harpon. En revanche, de façon évidente, il en constitue un parfait moyen de présentation. Les cotes, dans leur ensemble, valant 1, l'arête obtient cette même valeur.

Méthode

La critique doit éviter de s'attendre à voir se perpétuer le résultat déjà tangible qu'elle connaît, issu de l'époque précédant celle d'un auteur individuel. Les choses qui paraissent initialement causées par quelque puérile négligence ou vaine contradiction, délaissant la voie tracée auparavant avec soin, méritent parfois d'être vues comme l'exploration, au moyen de la subjectivité, de pistes jusque-là insuffisamment pratiquées au plan collectif. L'époque se constitue par les personnages qui la vivent, donc il est déraisonnable de vouloir l'un de ceux-là conforme aux gens qui ont vécu au cours de la période antérieure. En tout sens de très nombreuses déterminations ne cessent de se croiser, donnant ainsi des effets nouveaux.

Application à Baudelaire

En modifiant discrètement le platonisme, Baudelaire ne souligne rien de sa démarche. De même la déformation des vues chrétiennes qu'il se permet ailleurs, en invoquant le diable, ne fait l'objet d'aucun discours théologique insistant [[439']]. Bien que la dureté de certains de ses poèmes empêche de lui prêter l'avis de La Fontaine sur lui-même, il partage quelque chose de l'insouciance que montre le courtisan [440']-[441']-[442']-[443']-[[444']]-[[445']]-[[446']]: «Je suis chose légère, et vole à tout sujet;
Je vais de fleur en fleur, et d'objet en objet…
»
Le principal semble d'avancer, en présence de ce qui est divin, que l'union des arts fournit avec éclat une représentation de la belle unité du monde. Peu importe si le moyen d'arriver au sublime ainsi évoqué suit un itinéraire peu sûr! Le platonisme singulier du créateur pourrait nous irriter, mais nous montrerions notre difficulté d'accepter la nouveauté dans les arts en laissant paraître cette humeur irascible. À côté du rabâchage ordinaire qui occupe dans chaque temps une place considérable, certaines images du véritable serviteur du beau conduisent les plus clairvoyantes âmes en direction de l'idéal qui l'a inspiré lui-même, ce qui le met en situation d'intercesseur [447']. Plutôt que de peindre les illusoires fleurs du bien, avec le relief théâtral du barbouilleur au succès prompt, l'artiste dont le nom restera dans la postérité fera découvrir aux meilleurs, dans ce qui attire le mépris général, cette beauté idéale que les images célestes conservées en son âme lui permettent de reconnaître. Ainsi la mort, en apparence détestable, inspire Malherbe [448']: «Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois:
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend point nos rois.
»

§704
Théorie

En justifiant les fourches à définir pour le râtelier qu'on met en place, il sera bon d'aller encore plus vite, désormais, cela en faisant confiance au lecteur -qu'on doit avoir soin de ne point lasser par d'excessives longueurs- pour que chaque fois il établisse lui-même géode, boulet, mousqueton, bouclier, ainsi que garrot. L'antenne suivante sera déjà examinée de cette manière: (۩Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants…║Il se présente des parfums d'une charmante nouveauté∙Ѻ∙celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit encouragé par les fragrances d'une certaine catégorie, maintenant que son âme s'est incarnée sur terre, à suivre le pont des correspondances horizontales entre toutes les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination de frais parfums aux descriptions picturales des carnations infantiles, aussi fragiles que des tons floraux)ʭ. L'image végétale utilisée dans le harpon reste dans le cadre baudelairien, puisque nul avis n'est donné sur l'existence de quelque fleur du bien, ce qui autorise à imaginer le parfum ravissant comme un superficiel aiguillon, capable de fournir à un esprit bien orienté un motif réveillant sa puissance, qui le mènera vers une haute conception. Le style religieux puis quelque peu satanique de l'auteur, à l'échelle de tout le sonnet, empêche de trouver un passage qui favoriserait la première quille au détriment de la seconde. Au premier abord entre le filet qui manque le centre du poème, la notion de correspondance -maintenant développée de façon platonicienne comme une conséquence du bien souverain- et le harpon qui, au contraire, parvient jusque-là, s'établit une claire différence, donc il faut atteindre le niveau de la pensée rêveuse ou fugitive du créateur, accessible à peu de gens, pour qu'opère la dérive de signification “parfums-charme-nouveauté-bien-chairs d'enfants-fragilité-fleurs”. Le filet de la nouvelle fourche amène une légèreté de vue qui rend impossible une opposition aux précédents et la seconde quille s'inscrit sans difficulté dans la série des harpons de forme platonicienne déjà notés. Cette même quille contient assez d'imagination instruite pour accompagner le couvercle du sonnet, qui souligne la présence de la fantaisie dans les arts. Le thème de la vie symbolique s'adressant aux êtres humains offre de quoi discerner un motif théologique ou métaphysique dépassant la portée du filet. Comme nul passage du texte ne vient équilibrer le fief, pour accorder à cette première quille une importance de même valeur que celle du harpon, aucun embrèvement n'a lieu. En revanche l'expression “charmante nouveauté”, caractérisant des parfums, réussit à introduire sans difficulté le thème des “tons floraux”, unifié dans l'intelligence avec le sentiment inspiré par des “parfums d'une certaine catégorie”. Nul obstacle donc ne se fait jour qui pourrait interdire 1 comme arête.

Méthode

À présent on avancera que l'opposé de la pensée infantile se voit dans l'acceptation raisonnable de la nécessité universelle -très difficilement compréhensible hors de toute superstition- que Diodore Cronos a décrite ainsi [468']-[469'] : «…tout ce qui s'est réalisé dans le passé est nécessaire; -l'impossible ne peut être une conséquence du possible…rien n'est possible qui n'ait ou ne doive avoir une réalité actuelle.» Il suffit pour la convertir en thèse logique, au plan formel, de parler de propositions qui portent sur des objets au lieu de traiter d'objets et par ailleurs, au plan matériel, de faire une part aux très légères incertitudes venant du hasard ou des actions libres: “I, toute affirmation décrivant correctement quelque chose qui s'est réalisé dans le passé est une affirmation nécessaire; II, aucune affirmation décrivant adéquatement quelque chose d'impossible ne peut être impliquée par une affirmation décrivant correctement du quelque chose de possible; III, ((une affirmation décrit du réel sans incertitude)=>(elle décrit correctement quelque chose ayant ou devant avoir une réalité actuelle)). Vis-à-vis de ces points l'existence du hasard ne pose guère de problème, vu que c'est juste la présence de la nécessité avec un léger voile d'incertitude qui accompagne toute relation entre d'innombrables causes et un événement -comme il a déjà été vu dans la remarque 681B. En jetant maintes fois un dé avec un autre, nous ignorons quand exactement le cornet à dés renversé à même la surface d'une table conduira vers le résultat “double-six”, tout en sachant que cela s'obtient en moyenne 1 fois pour 36 lancers dans une quantité immense de tels essais. Point davantage l'existence des actes libres ne remet cela en question, parce qu'ils ressortissent au genre de cas -déjà traité dans la remarque 666M- qui sont à considérer d'après le modèle ((1)²=(-1)²). Quand nous élevons (1) et (-1) au carré nous ignorons comment déterminer la moindre séparation entre les deux résultats, tout en sachant que ((1)³)=1 et ((-1)³)=-1. Le possible ne cause nulle gêne, puisqu'il est analysé comme du réel incertain. La nécessité tolère par endroits un voile qui laisse autant d'ouvertures vers des projets de connaissances futures, devant combler de tels vides intellectuels.

Application à Baudelaire

Dans le platonisme renouvelé qu'on suppose chez Baudelaire, l'image du Christ enfant doit être considérée davantage que celle des adolescents inspirant l'amour que célèbre Platon [449']-[450']-[451']-[452']. Le poète devait aussi en même temps -et cela sans y voir nul sacrilège grave-songer aux tendres filles que le XVIIIe siècle a représentées avec tant de fraîcheur [453']-[454']-[455']. L'auteur ne saurait être accusé d'un platonisme aveugle ou plongeant de façon irrationnelle dans le contresens. Il se contente d'inflexions données à l'enseignement du philosophe admirateur de Sparte, qui sut de manière piquante décrire la puissance de l'amour et le rôle des artistes éminents, dont l'âme prend son envol par des ailes qui existent seulement au-delà du sensible [456']-[457']-[458']-[459']-[460']-[461']-[462']-[463']-[464']-[465']-[466']-[467']: «Eh bien! voici, mon beau gars, ce que tu dois bien te mettre en l'esprit: c'est que le précédent discours était de Phèdre, fils de Pythoclès et bourgeois de Myrrhinonte, tandis que celui que je vais dire est de Stésichore, fils d'Euphème et natif d'Himère. Voici maintenant comment doit s'exprimer son discours: "il n'y a pas de vérité dans un langage" qui, la présence d'un amoureux étant admise, prétendra que c'est à celui qui n'aime pas qu'on doit de préférence accorder ses faveurs, et cela pour ce motif que le premier est en délire, et le second, de sens rassis! Si en effet il était vrai, sans restriction, que le délire est un mal, ce serait bien parler. Mais le fait est que, parmi nos biens, les plus grands sont ceux qui nous viennent par l'intermédiaire d'un délire, dont à coup sûr nous dote un don divin. On le voit en effet: la prophétesse de Delphes, les prêtresses de Dodone, c'est dans leur délire qu'elles ont été pour la Grèce les ouvrières de nombre de bienfaits évidents…Ce n'est pas tout: ces maladies même, ces épreuves, entre toutes rigoureuses, qui en conséquence d'antiques ressentiments, existent, venant on ne sait d'où, dans certains individus d'une race, -le délire prophétique, en se produisant chez ceux qui y étaient destinés, a trouvé le moyen de les éloigner…Il y a encore un troisième genre de possession et de délire, celui dont les Muses sont le principe: si l'âme qui en est saisie est une âme délicate et immaculée, elle en reçoit l'éveil, il la plonge dans des transports qui s'expriment en odes, en poésies diverses, il pare de gloire mille et mille exploits des Anciens, et ainsi il fait l'éducation de la postérité…celui pour qui l'abondant objet de ses contemplations, ce furent les réalités de jadis, celui-là, quand il voit un visage d'un aspect divin, imitation réussie de la Beauté, ou quelque corps pareillement bien fait, il éprouve d'abord un frisson, et quelque chose l'envahit…au moment où il voit, se fait en lui le changement qu'amène le frisson: une chaleur inaccoutumée…il s'échauffe, et l'émanation donne de la vitalité au plumage; l'échauffement, de son côté, fait fondre ce qui, concernant l'expansion de cette vitalité, s'était depuis longtemps fermé sous l'action d'un durcissement et l'empêchait de germer. Mais l'afflux de l'aliment produit un gonflement, un élan de croissance dans la tige des plumes à partir de la racine, dans tout le dedans de la forme de l'âme. L'âme en effet, au temps jadis, était tout entière emplumée; la voilà donc, en celui-ci, dans une ébullition générale et toute palpitante; ses impressions sont exactement ce que sont, dans le cas de la dentition, les impressions de ceux qui font leurs dents, quand ils sont tout juste en train de les percer: une démangeaison, un agacement, c'est identiquement ce qu'éprouve en vérité l'âme de celui chez qui commencent à pousser les plumes; elle est à la fois en ébullition, agacée, chatouillée dans le temps où elle fait ses ailes.»

§705
Théorie

Cherchons à fournir quelques précisions relatives à l'antenne (۩Doux comme les hautbois║doux comme de la musique champêtre, parce qu'on peut franchir la distance qui sépare l'ouïe du goût et de l'odorat, pour comparer certains êtres dont les qualités majeures appartiennent à ces trois domaines ∙Ѻ∙celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit encouragé par les parfums d'une certaine catégorie, maintenant que son âme s'est incarnée sur terre, à suivre le pont des correspondances horizontales entre toutes les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination des parfums de goût sucré aux sons des hautbois)ʭ. Harpon et filet concernent des choses voisines, mais avec des points de vue très différents. La synesthésie unissant deux sens parmi les cinq est abordée avec plus de généralité dans la seconde tringle, ce qui empêche les diverses parties du sonnet de lui donner l'avantage sur la troisième. À première lecture les quatorze vers n'autorisent point la notion de synesthésie à déboucher sur les attaches platoniciennes du sonnet. La première quille semble peu comparable aux filets précédemment définis, dans les antennes déjà incluses au sein du râtelier en cours de constitution. Le harpon, quant à lui, a beaucoup de proximité avec ses homologues. La réminiscence platonicienne s'accompagne aisément d'un commencement situé dans le concret de la vie quotidienne, point qui est justement ce à quoi les portes ou aplombs ramènent les contenus de type religieux du sonnet. Les vers accréditant le caractère double des choses -esprit et matière- favorisent la conception platonicienne du monde. Nul passage de ton différent ne vient, de plus, contrebalancer une pareille impression. L'idée que depuis l'un, parmi les cinq sens, jusqu'à l'autre, un pont existe introduit celle que, métaphysiquement, du réel suprasensible domine les conceptions des objets matériels. Chacun, en complétant ces arguments par lui-même, verra sans mal que l'arête discutée vaut 1.

Méthode

L'égrenage des cotes, réalisé pour les appliquer à une expression particulière, semble inévitable puisque lentement il faut se demander si la situation traitée reste dans le cadre que l'expérience a jusqu'ici indiqué pour obtenir 1 comme arête. Tant qu'une abstraction de plus grande force manque, la besogne fastidieuse reste inévitable, ce qui est entièrement logique, vu que bien abstraire n'est que résumer très finement le concret, avec pour objectif de pouvoir ensuite déduire: moyen de produire les connaissances le plus rapide. Mais un tel engendrement n'est sûr que si le concret a été observé correctement, donc il faut nous en approcher. Il en suit que nous étudions le réel par des constructions, comme si nous étions en train, sans arrêt, de monter un échafaudage juste dans le but de voir l'état d'un gigantesque immeuble de caractère précieux. Mais le bâtiment n'est pas l'échafaudage et l'objet du savoir n'est pas une construction. Cette dernière autorise l'accès au réel étudié et ne se confond pas avec lui. De nombreux adversaires de la connaissance ont amené à confondre le moyen d'examiner l'objet avec la chose même. Nous étudions le réel, dans le cadre de l'observation historiquement possible de l'époque, grâce au piège intellectuel chargé d'attraper en idée maint détail interne au fait concret. En cela jouent des conventions, comme celle, pour le naturaliste, d'une graphie faite d'italiques pour les noms d'animaux et de plantes, avec notation du genre par un mot pourvu à l'initiale d'une majuscule, mais écriture du nom d'espèce uniquement par des minuscules. Cependant la chose n'est pas l'écriture qui l'inscrit sur le registre. Dans le présent calcul cotes et arête, ainsi que harpon et filet, n'appartiennent pas au poème, donc forment seulement une construction, avec des choses imbriquées de manières diverses les unes dans les autres. Si le vocable “mire” ne se trouve point davantage dans „Correspondances“, ce qu'il désigne, au contraire, dans une antenne 1, est emprunté au texte analysé. Le point de réalité orale ou littéraire voit de la sorte autour de lui une construction grandir, parce que nous avons le soupçon qu'il recèle un trésor fait de maints aspects ignorés jusque-là. Nous avons un objet de savoir pris dans le réel et à l'opposé -dans la sphère des niveaux d'être- la construction qui autorise l'examen d'une telle chose. Certes quelqu'un étudiant le processus de connaissance, au lieu de l'objet¹ étudié, verra en cette approche un objet², qui à son tour exigera un échafaudage permettant de le situer. Dans le cas de l'objet¹, le présenter comme une construction revient à insinuer que le savoir ne connaît rien de fondamental et que ce qu'il prétend découvrir dans les objets étudiés par lui se réduit presque à ce que lui-même y a mis [473'].

Application à Baudelaire

Les illustres fabricants de hautbois ont pu, à l'égal des peintres, compositeurs et poètes, recevoir, dans la songerie du créateur de „Correspondances“, le titre de «vivants piliers» conduisant les âmes dévouées à l'esthétique vers les hauteurs inspiratrices [470']-[471']-[472']. L'âme qui accompagne les «chairs d'enfants» demande justement, pour se développer dans le goût des arts, que le novice ait parfois l'occasion d'écouter ce que produit tel ou tel instrument sorti des mains de l'un de ces maîtres, puis cerne intuitivement la différence avec la sonorité de son propre instrument d'exercice. Le créateur ayant placé «les parfums» au même plan que «…les couleurs et les sons…» dans le huitième vers, il a suggéré -à moins que son discours admette un code spécialement obscur- qu'il plaçait les artisans de luxe, ici les fabricants de parfums, dans un ordre de mérite pareil à celui des musiciens et peintres. Par conséquent imaginer qu'un luthier appartienne au même niveau paraît cohérent.

§706
Théorie

On donne ici quelques notions préparatoires pour déterminer l'arête d'une fourche proche de celle présentée d'abord au paragraphe 641: (۩verts comme les prairies║de couleur verte comme celle d'un pré∙Ѻ∙celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit encouragé par les parfums d'une certaine catégorie -maintenant que son âme s'est incarnée sur terre- à suivre le pont des correspondances horizontales entre toutes les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination des parfums au goût plein de verdeur aux diverses représentations picturales de l'herbe amenée par le printemps, dont la vue blesse de façon ravissante les yeux par des tons crus)ʭ. Le créateur ne pouvait ignorer la notion de “verdeur” puisque La Fontaine avait souligné son importance [474']: «Certain Renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
Des Raisins mûrs apparemment
Et couverts d'une peau vermeille.
Le Galand en eût fait volontiers un repas;
Mais comme il n'y pouvait atteindre:
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
Fit-il pas mieux que de se plaindre?
»
On perdrait un aspect important de l'idée centrale du sonnet „Correspondances“ à vouloir penser que le poète ne voulait pas ici comparer deux ou trois des cinq sens: la vue d'un côté, le goût et l'odorat de l'autre, qui ne font qu'un très fréquemment ou du moins empiètent l'un sur l'autre. La puissance du texte vient pour une grande part de la concentration de pensée faisant voir que les correspondances verticales -de forme platonicienne- amènent les horizontales: entre sens différents [475']. Le billard permet si peu, à lui seul, de comprendre que le filet présente le harpon, que maints commentateurs ont reproché à Baudelaire une platitude -arrivée uniquement d'eux-mêmes- à cet endroit. Le filet à présent fourni décrivant une situation matérielle particulière ne s'oppose nullement à ceux déjà procurés. Le harpon rappelle toute l'importance de l'imagination, citée aussi dans le couvercle. Dans le huitième vers, au minimum, la communication entre les cinq sens domine le propos. Cela suffit aussi pour échapper au danger que harpon et filet se vaillent. Le filet présente l'avantage d'introduire le mot «verts», sur lequel ensuite on peut s'élancer pour atteindre le sens “aigre, acide, sur, amer”. De là suit une arête de valeur 1.

Méthode

Cet appétit de réminiscence d'idées guidant l'art comme ce plongeon au milieu des obstacles de l'époque a souvent été nommé le génie, avec toute l'exagération propagandiste que les chefs de maintes nations emploient dans le but de faire paraître l'habitant de leur pays très au-dessus de celui des autres. Kant, plus rationnellement, a pensé bon de remarquer que le génie artistique fait paraître de la beauté sans un seul concept. L'idée n'est pas entièrement fausse, puisque l'artiste ne sait pas de façon exacte comment il réussit le tour de main qui le rend fameux [490']-[491']. Pourtant le maître de Königsberg rejetait le caractère génial du grand scientifique, d'après le fait qu'il connaît bien ce qu'il réalise. Mais le scientifique souvent ne sait pas très bien d'où lui vient son énergie, son attachement aux questions qu'il traite, ni les intuitions vagues dont il part et qui, une fois développées grâce aux études rigoureuses dont il hérite comme à celles qu'il mène lui-même, fournissent la clef de l'énigme à résoudre, au sein du cadre historique de sa recherche. De surcroît si le savant connaît au moment où il déduit, cela ne se produit pas constamment: s'il fonde une branche du savoir, il ne peut manquer d'induire, partant de schémas, observations ou manipulations et donc il se trouve hors de la déduction en de telles démarches.

Application à Baudelaire

Les relations entre les cinq sens ne sont pas uniformes d'un homme à un autre, donc il est possible -sans aucun sérieux, mais avec la fantaisie artistique usuellement permise- de voir en de telles intuitions de rapprochement plus ou moins faciles, quelque mérite, comme pour les hautes capacités d'abstraction, que Platon attribue à une meilleure contemplation du bien suprême. D'après lui sont également nécessaires, pour favoriser la réminiscence, les entretiens philosophiques et l'indépendance vis-à-vis de la population ordinaire [476']-[477']: «Eh bien! c'est en usant droitement de pareils moyens de souvenance qu'un homme…est seul à devenir réellement parfait. Mais, comme il s'écarte des objets où tend le zèle des hommes et qu'il s'attache à ce qui est divin, la foule lui remontre qu'il a la tête à l'envers…» Cependant l'un des êtres vraiment réels marque l'âme plus facilement que ne font les autres [478']-[479']-[480']: «Ce qu'il y a de sûr, c'est que Justice, Sagesse, tout ce qu'il y a de précieux encore pour des âmes, ne possèdent aucune luminosité dans les images de ce monde-ci: à grand peine, au contraire, de troubles instruments permettent-ils, et même à un petit nombre de gens, de recourir aux représentations de ces objets pour contempler en elles les traits de famille que ces représentations ont gardés. La Beauté, elle, était resplendissante à voir…Dans sa réalité, disions-nous, elle resplendissait parmi les réalités dont il était question…seule la Beauté a obtenu ce lot de pouvoir être ce qui est le plus en évidence et ce dont le charme est le plus aimable.» On imagine l'intérêt de ce texte pour Baudelaire. Parfums, couleurs et sons ou leurs images mentales, dans l'esprit des artistes capables de faire se croiser en leur imagination les diverses influences qu'ils aperçoivent peser sur eux, joueraient de manière simultanée pour donner une approche de quelque idée, tout comme des interlocuteurs contribuent ensemble au jaillissement d'une vérité, ou comme, dans la pensée d'un orateur judicieux, les idées qui se frottent, se joignent ou s'opposent sur des questions extrêmement délicates, font briller le feu de la trouvaille [481']-[482']-[483']-[484']-[485']: «…c'est quand on a longtemps fréquenté ces problèmes, quand on a vécu avec eux que la vérité jaillit soudain dans l'âme, comme la lumière jaillit de l'étincelle, et ensuite croît d'elle-même.» Les grandes intuitions artisanales ou artistiques, dans une réalisation esthétique, refléteraient dans leur conjointe action quelque chose de la constitution du monde, ce qui reviendrait à exprimer la forme cohérente des choses, comme le font les ornements d'un temple chargés de contribuer à l'édifice. Leur organisation produirait ainsi, en plus de leur beauté propre, une beauté supérieure, comme celle des beaux arbres d'une forêt [486']-[487']. Le plan finement établi du réel naturel autant que de la société constitue le bien, d'après l'enseignement de Platon [488']-[489']. Comme le beau est l'éclat du bien, ou ce dernier mis à portée du sensible, ne chercher que distraction dans ce qu'avance la beauté revient à se tromper gravement. De plus le grand esthète se penche sur les moyens d'apporter quelque solution à une difficulté d'expression jusque-là rencontrée par ceux qui ont voulu rendre le beau de l'ère dans laquelle ils vivaient. Le poète, vu le nom qu'il portait, a sans nul doute, songé à de pareilles choses!

§707
Théorie

Nous chercherons maintenant à seconder de manière succincte l'établissement, que chaque lecteur fera, de l'arête revenant à l'antenne (۩Et d'autres║mais aussi quelques uns différents∙Ѻ∙ou de manière plus étonnante celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit -maintenant que son âme s'est incarnée sur terre- encouragé par les fragrances corporelles qui mènent aux amours, à suivre le pont des correspondances unissant les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination les parfums de la chair adolescente ou adulte, d'abord aux plus entêtantes odeurs que produit l'artisanat de luxe, puis aux splendides architectures, dessins, tableaux, sculptures, livres, fêtes, musiques, ballets et opéras qui les utilisent ou en produisent l'évocation)ʭ. Bien mieux que le filet ne parvient à le faire, le harpon emprunte le chemin du commentaire d'un texte où perce une théosophie implicite. Déboucher sur le platonisme artistique de l'auteur, en partant du constat que les genres de parfums diffèrent, exige trop de la première lecture, qui se contente de voir les quilles plutôt comme deux explications opposées: la première faite de simplicité, l'autre allant chercher une référence traditionnelle, connue d'un homme cultivé. Le nouveau filet ajoute un élément aux idées jusqu'ici avancées dans le râtelier par les filets déjà vus, sans provoquer d'incompatibilité avec elles. Quant au harpon, il fait de même vis-à-vis de ses homologues, dans la spéculation platonicienne infidèle aux textes du maître athénien mais charmante. Les portes ou aplombs ne gênent aucunement le harpon, vu que l'âme d'excellence qu'il dépeint arrive de très bas, dans le chemin de la réminiscence, après la chute dans le corps qu'elle a subie. Les vers 11 à 13 témoignent de l'attrait que déchéance comme luxe ne manquent pas d'exercer, tandis que le premier quatrain fait espérer d'atteindre le sommet de la vie intellectuelle. Dans cette conjoncture le filet n'a de valeur que pour une description très élémentaire du sens de la mire. À son avantage, pourtant, il faut compter la notation de la différence qui sépare les parfums, ce qui ouvre sur la seconde quille.

Méthode

La notion «autres» fournit un opérateur logique de référence inversée, non une classe d'objets aussi explicitée que celle que désigne le mot “arbres”. Dans le but de préciser l'ensemble de choses indiqué, il faudrait se passer du raccourci logique abstrait «autres» et revenir intuitivement au concret avant de repartir formellement vers l'abstrait de la notion de “classe”. L'expression perdrait en brièveté puisque l'abstrait s'identifie à un raccourci condensant une immense part de concret.

Application à Baudelaire

Si nous développons le sens de «autres», cela donne quelque chose de ce genre: “la classe des parfums qui n'appartiennent en rien à l'ensemble dont il vient d'être question”. L'éclair logique obtenu avec l'emploi de «autres» produit son effet, au plan du fond, grâce au contexte. L'exclusion formelle de la sphère d'images «frais…Doux…verts» amène la représentation d'après laquelle un autre contenu -pas encore défini- paraîtra condamnable aux yeux de certains. Vis-à-vis de l'ensemble de significations déjà employé, le déclenchement logique du signal «autres» jette l'imagination vers une situation où elle se trouve prête à un renversement. Avec le cube ABCDEFGH signalé par Wittgenstein nous avons l'équivalent schématique d'un pareil cas: F E A D G H B C Devant cette figure imaginons la directive: “au lieu de prêter attention au plan ABCD disposé près de l'observateur, vers la gauche, examiner d'abord le plan EFGH vu comme à proximité, vers la droite”. En obéissant à cette injonction, aussitôt nous percevrons le dessin autrement [492']-[493']. Le même genre de basculement intervient dans les figures de rhétorique les plus vives [494']. Au sein du poème de Baudelaire, l'articulation interne marquée par les «chairs d'enfants» trouve maintenant un double, inverse ou complémentaire, avec les considérations portant sur la chair adolescente ou adulte qu'évoquent les parfums lourds.

§708
Théorie

Malgré l'obstacle de vers portant sur la corruption, juste quelques indications rapides viendront aider chacun à estimer l'arête de (۩corrompus║qui permettent le sentiment intérieur, chez ceux qui en usent, de se moquer de toute morale∙Ѻ∙pervertis, d'après maints hypocrites -jouissant aussi de la corruption, mais petitement- lesquels de surcroît, n'ayant pas entr'aperçu le bien quand leur âme demeurait au ciel, se voient incapables, maintenant prisonniers d'un corps terrestre, d'aller par l'imagination de leur abîme intérieur vers le désir amoureux extrême qui donne la force d'entreprendre cette réminiscence des hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre)ʭ. Un mot décisif du poème sert de mire. L'aspect mystérieux de ces vers ne peut que freiner l'interprète voulant privilégier le filet. La profonde séparation de sens distinguant les deux quilles paraît interdire l'enchaînement de ces dernières par un lecteur hâtif. La question morale n'ayant point jusqu'à présent été abordée par les quilles admises dans les propositions du râtelier, le danger d'un conflit avec les deux nouvelles paraît absent. Le harpon reconnaît un rôle immense à l'imagination. Derrière la notion de «symboles» des vers en cause on devine celle d'idées vues au plan métaphysique. Dans le niveau de la pensée rêveuse ou fugitive du créateur le filet introduit le sens que le harpon discute. Ces raisons poussent à reconnaître que nul doute vis-à-vis de la vraisemblance 1 de la fourche analysée ne se justifie.

Méthode

On doit reconnaître qu'il existe quelque inconvénient aux antennes, parce que le filet étant moins surveillé par les cotes que le harpon, l'interprète risque d'accentuer l'aspect fragile de la première quille, afin d'obtenir sans nul mérite une proposition ayant l'air inattaquable relativement à l'infériorité de cette quille sur la seconde. Cependant n'importe quel outil comporte un ensemble de faiblesses. On se remémorera dans quel ridicule finit par tomber le souvenir de ceux qui rejetèrent l'usage des premières lunettes astronomiques, au prétexte qu'elles produisaient des illusions d'optique, même si de tels personnages ont pu défendre sur le moment leur attitude [495']-[496']-[497']-[498']-[499']. En des circonstances analogues il vaut mieux faire un pas en avant et confier aux esprits de la postérité le soin des améliorations imaginables d'un procédé qui rend service à maints égards et ne présente nul autre danger que celui de provoquer la réflexion des gens certains de leurs jugements.

Application à Baudelaire

Insister sur l'imagination et non sur le pouvoir d'abstraire, dans la description de l'effort nécessaire pour gagner la réminiscence, constitue un moyen de refléter, dans le présent commentaire du sonnet, la dérive opérée par Baudelaire vis-à-vis du platonisme, venue de façon cohérente du fait qu'il devait, légèrement davantage que son modèle athénien, se préoccuper d'esthétique. Au sens large ou littéraire, qui s'impose vis-à-vis d'un poète, on en arrive généralement à souligner le platonisme dont part l'auteur, mais quand on examine de façon claire les textes du philosophe, ou lorsqu'on met en évidence l'originalité du créateur, on est incapable d'ignorer la différence des points de vue. Le souci chrétien augmente à son tour cette distance du poète au philosophe. Pour qui sonde les rapports entre d'un côté l'admiration qu'inspirait, à beaucoup de gens instruits, vers la fin de l'Antiquité, la philosophie de Platon et par ailleurs l'optique du christianisme naissant, le péché originel semble rétrospectivement avoir eu chez le penseur grec un équivalent: la présence du corps -qui nous éloigne du ciel, donc forme le mal que nous révérons avec tant d'abus! Voilà pourquoi auparavant nous avions les moyens d'aller, au-delà du ciel visible, rejoindre plus facilement le niveau suprasensible de l'être [500']-[501']-[502']: «…parce que nous étions purs et que nous ne portions pas la marque de ce sépulcre que, sous le nom de corps, nous promenons actuellement avec nous, attachés à lui de la même façon que l'est l'huître à sa coquille!» Donc le désir de faire le mal -au cœur de l'être humain selon Baudelaire- s'avère identique aux attachements physiques. Pour l'aspiration vers l'idéal, nous comprenons aussitôt que l'équivalent n'est autre que l'élan qui mène vers la réminiscence l'homme prisonnier encore de son affreux tombeau. Le mal, au sens platonicien, est commun, tout comme le péché originel d'après le christianisme, puisque chacun possède un corps, dont ne peuvent s'échapper -au moyen de la pensée- que les meilleures âmes. Selon Platon leur effort vers l'abstraction, le bien et la réminiscence des hautes conceptions les distingue des êtres plus ordinaires. Quelque temps plus tard le christianisme verra les gens désirant le salut comme voulant rejoindre la divinité. Il ne convient donc pas d'accuser le poète d'un complet égarement lorsqu'il déclare que dans les veines de sa muse coule un «sang chrétien» et qu'il se tourne vers un modèle inspiré de Platon [[503']]-[504']-[505']-[506']-[507'].

§709
Théorie

Nous procurons ici quelques bribes de l'arête obtenue par l'antenne (۩riches║qui permettent le sentiment intérieur, chez ceux qui en usent, de se moquer de toute morale, au nom de leur supériorité de fortune∙Ѻ∙pervertis, d'après maints hypocrites -jouissant aussi du grand luxe, mais de façon mesquine-lesquels de surcroît, n'ayant pas entr'aperçu le bien quand leur âme demeurait au ciel, se voient incapables, maintenant prisonniers d'un corps terrestre, d'aller par l'imagination de leur abîme intérieur vers le désir amoureux extrême qui donne la force d'entreprendre cette réminiscence des hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre)ʭ. La remarque portant sur l'hypocrisie oblige à distinguer profondément harpon et filet. Comme Baudelaire se montre plein de respect, dans la fin du sonnet, vis-à-vis des parfums luxueux, cela empêche l'interprète de trouver un passage faisant incliner vers le filet davantage que vers le harpon, dans l'explication de la mire. Au sein des ouvrages du poète de 1857, ou antérieurs, nul signe de condamnation de la richesse ne peut se trouver, donc la transition allant de la peinture de ceux qui en bénéficient à des mots critiquant ses ennemis paraît défendable. En considérant la nouvelle fourche plus toutes celles auparavant admises dans le râtelier à établir, nous demeurons incapable de voir un harpon devenu filet ailleurs, ou l'inverse. Le rôle de l'imagination est aussi nettement souligné dans le harpon de la fourche analysée que dans le couvercle du texte. Les “hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre” semblent former la même chose que le domaine symbolique désigné par le sonnet. Comme le filet présente des gens immoraux, une partie de leur ensemble peut, de surcroît, être composée d'hypocrites. Nous en arrivons à conclure que l'arête obtient la vraisemblance 1.

Méthode

L'artifice consistant à exiger que le piquet vaille 1 pour que les quatre dernières cotes également atteignent ce niveau semblera éventuellement difficile à comprendre, mais ce n'est là qu'un moyen de procurer une importance décisive à l'exigence de logique interne du calcul de vraisemblance opérant sur un texte. La nécessité de cohérence revêtant un caractère impératif et la cote (j¤) surveillant son observance, nous reflétons ces faits par l'organisation de (j¤k¤m¤p¤w¤). Dans le savoir, fréquemment, les règles cachent des objets, contrairement à ce que leur apparence de pure commodité pourrait conduire à penser. La proportion de sable mêlé à du ciment pour obtenir du mortier vient de l'observation de la solidité de maintes constructions faites avec un tel matériau. La règle de trois permet de trouver que si dans une bibliothèque restreinte, mais utilisée comme un modèle pour ce genre de service, nous avons 3215 romans parmi 9563 ouvrages, il nous faudra collecter ((3215/9563)(50000))=16809,57858 donc approximativement 16810 romans, pour garder la même proportion dans un bâtiment réunissant 50000 volumes. Le simple fait que nous puissions mettre devant nos yeux un tiers de livre, approximation de (3215/9563)=0,336191571 ouvrage, montre que le raccourci mathématique n'a rien d'une convention gratuite [508']-[509']. Nous n'avons pas à exhiber un tiers de volume, approximation de 0,336191571 livre, ce qui fait l'intérêt de la règle de trois, mais nous le pouvons, ce qui montre que le calcul est gagé sur l'expérience. Un objet empirique ayant une présence réelle aux yeux de tous les gens intéressés est identifiable.

Application à Baudelaire

Dans un monde que, d'après le poète, Satan marque partout, l'idée du beau demeure à portée de nos efforts de recherche, pourvu que nous partions d'une impression émouvante. Par exemple de celle donnée par le spectacle des «chairs d'enfants» soigneusement préservées de la mort, des «hautbois» joués avec goût, des «prairies» et de maintes odeurs plaisantes. Ce n'est pas que le péché originel s'en trouve d'un coup effacé, mais il ne peut régner sans partage [510']. La combinaison de ces deux éléments adverses juxtaposés fait que, pour les meilleurs, vient à se dégager malgré le “spleen” -ennui donné par le mal destructeur issu des fautes commises- l'élan vers l'idéal, opposé à cet animal humain corporel qui nous leste de tout son poids. Ce dynamisme conflictuel justifie le titre de la première partie des "Fleurs du mal": «Spleen et idéal» [511']. Pourtant une chose apparemment salutaire menace d'anéantir la perspective du recours divin. Il s'agit de tout ce qui est gentillesse, qualité grandement admirée par les naïfs et sur laquelle ils ne cessent de gloser, mais qui leur fait oublier la douleur sans laquelle, justement, rien de profond ne se développe. Il revient donc au penseur clairvoyant de rappeler, même dans les choses admirées, l'attrait qu'exercent leurs aspects «corrompus, riches et triomphants» sur nous. Le poète se conforme ainsi aux vues de Pascal [[512']]-[513']: «L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête.» Demeurant hors de cette optique tout l'art prétendu est une mièvre culture de l'ignorance. Pour le cruel esthète une poursuite artistique de l'idéal qui n'est en rien aux prises avec le désespoir ne fournit que barbouillage, ronflement poétique ou prose complaisante [514']-[515']-[516']-[517'].

§710
Théorie

Après avoir jeté une modeste lumière sur les fourches visant la corruption et la richesse, on fait de même pour l'antenne: (۩triomphants║qui permettent le sentiment intérieur, chez ceux qui en usent, de se moquer de toute morale, au nom de leurs triomphes∙Ѻ∙pervertis, d'après maints hypocrites -jouissant aussi de victoires, mais petitement- lesquels de surcroît, n'ayant pas entr'aperçu le bien quand leur âme demeurait au ciel, se voient incapables, maintenant prisonniers d'un corps terrestre, d'aller par l'imagination de leur abîme intérieur vers le désir amoureux extrême qui donne la force d'entreprendre cette réminiscence des hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre)ʭ. La différence qui sépare les deux quilles a trop d'importance pour qu'on prétende que l'une répète l'autre. Si Baudelaire avait été un moraliste sévère, le filet aurait pu apparaître comme une meilleure interprétation de la mire que le harpon, mais au contraire, il semble que la fin du poème, loin de critiquer la puissance, l'exalte pour les nombreuses occasions qu'elle fournit aux «transports». Cependant l'une des quilles ne présente l'autre que pour un lecteur suffisamment profond, insistant et attentif pour dépasser la première apparence d'opposition mutuelle qui paraît les animer. Le filet nouveau et le harpon, dans le râtelier qui est rassemblé ici, offrent un sens qui a tellement de souplesse que trouver une incompatibilité jetant filets et harpons les uns contre les autres demeure impossible. Vu que les portes ou aplombs touchent, comme le harpon actuel, des relations dépourvues de conflit entre les cieux et la terre, une opposition entre ces parties de commentaire reste inconcevable. Au contact des «forêts de symboles» se trouve «L'homme» et cette relation avec lui est de familiarité. Il existe donc, pour le créateur du poème, un monde caché dans le monde visible: une symbolique derrière les objets courants. Cette notion ressemble fort à celle de Platon qui voit des idées aux bases des choses. Ainsi le harpon, imaginant un double idéal du monde, profite d'un appui textuel. De plus toute interprétation ayant l'air de condamner le triomphe, avec le filet, se heurte au ton laudatif de la fin du sonnet. Pour une pensée attentive, ce paradoxe d'un éloge du mal, dans les derniers vers, se résout avec la notion d'une double morale, celle que le harpon fournit: selon une vision mesquine, les gens épris de plaisir ne sont que malfaisants, alors qu'en réalité l'amour du beau qui les anime vient de leur conception plus exacte du monde. Le filet, introduisant le problème des contempteurs de la morale, permet de franchir un seuil de compréhension en imaginant que ce qui est appelé mauvais ne se trouve ainsi nommé que par des gens d'esprit insuffisant. Sinon le poème tout en exaltant la sensibilité la condamnerait.

Méthode

On se voit reconduit au principe le plus classique du commentaire des plus grands textes. Leur suprématie amène à exclure leur sottise, donc leur incohérence. Il revient alors à l'interprète de méditer sur leur sens d'après cet impératif de la supposition d'une cohérence.

Application à Baudelaire

Poursuivant la même perspective, on se demande nécessairement par quelle démarche Baudelaire passe du vers 1 au vers 11. Dans un certain sens Plotin avait continué Platon en concevant que l'unité pure donne le multiple impur en s'exprimant, ce qui n'est pas éloigné de l'intuition de Pythagore [518']-[519']-[520']-[521']-[522']. Le mal est une certaine privation du bien amenée par un mélange [523']-[524']-[525']-[526']-[527']. Baudelaire a pu connaître cela encore très jeune ou lire plus tard ce genre de vues, extrêmement répandues aux commencements du christianisme ainsi que dans la théosophie [528']-[529']-[530']-[531']-[532']-[533']-[534']-[535']-[536']-[537']-[538']-[539']-[540']-[541']-[542']-[543']-[544']. De même qu'il avait lentement pris quelque distance avec Platon, sans beaucoup s'intéresser au détail de cet éloignement, il aura employé librement cette nouvelle source de réflexion métaphysique. La grande Nature est une [668 hij]. Comme temple il faut la tenir pour immaculée. Elle se développe, donc aussi devient complexe, chose qui engendre le mal. Tout néanmoins provient de l'unité initiale. Ainsi l'encens porte de la corruption, alors même qu'il vient du temple. Saint Bonaventure, qui offre un exemple de la théologie médiévale, témoigne de vues peu éloignées de celles du monde grec tardif, sur l'agencement des choses, allant du simple au complexe [000]-[000]-[547']-[548']-[549']-[550']: «…le monde visible nous élève à la considération de Dieu dans sa puissance, sa sagesse, sa bonté…La "beauté" des créatures, avec la variété de lumières, de dessins et de couleurs des corps simples, mixtes et organiques, comme les astres et les minéraux, les pierres et les métaux, les plantes et les animaux, proclame à l'évidence les mêmes attributs de Dieu…Grâce au miroir du monde sensible, on peut contempler Dieu par ses créatures en tant qu'elles sont ses vestiges…L'homme, ou microcosme, a donc cinq sens qui sont comme les cinq portes par où la connaissance de tous les êtres sensibles pénètre dans l'âme. La vue fait entrer les corps célestes et lumineux et tous les objets colorés; le toucher, les corps solides et terrestres. Les trois sens intermédiaires livrent passage aux corps intermédiaires: le goût aux liquides, l'ouïe aux impressions aériennes, l'odorat aux vapeurs qui résultent d'un mélange d'humidité, d'air, de feu ou de chaleur, comme on le voit dans le parfum qui s'exhale des aromates.»

§711
Théorie

Nous aiderons ici, par quelques observations, à mesurer l'arête de la fourche (۩Ayant l'expansion des choses infinies║dotés d'un effluve qui s'exhale indéfiniment, remplissant ainsi un domaine immense ∙Ѻ∙dont les particules infimes envahissent l'homme jusqu'à faire trouver aux meilleurs l'infini de la bonne démesure, aveuglément critiquée par maints hypocrites envieux qui, parce qu'ils en sont incapables, refusent d'avouer qu'elle mène aux chefs-d'œuvre, désirant confondre alors cette vertu avec la mauvaise démesure, celle qui ne pousse qu'à détruire)ʭ. Harpon et filet se répartissent le sens que porte l'expression «choses infinies». La première quille se réserve l'indéfini temporel et l'infini spatial positif, tandis que la seconde se tourne vers l'infiniment petit et la démesure morale [551']-[552']-[553']. De cette manière l'antenne se voit préservée de toute répétition. La question des mœurs ne pouvant échapper au lecteur du poème, nul passage ne saurait avantager le filet vis-à-vis du harpon. Dans une première approche du vers 12, les mots «expansion des choses infinies» abandonnent chacun à l'impression qu'il ne peut guère aller du sens physique au sens moral et qu'il doit suspendre son jugement définitif à cet égard. De cette manière le glissement de ce que représente le mot «infinies» vers la notion de “toujours plus” ou de “volonté de se hisser au plan divin” ne se réalise pas immédiatement. Le harpon ayant un solide ancrage dans le domaine matériel, il ne contrevient nullement aux portes ou aplombs. Le passage «Et d'autres corrompus» donne l'avantage au sens moral de la mire sur le sens temporel ou spatial positif. Nul endroit dans les quatorze vers ne réussit à compenser un tel apport de sens, pour conduire les deux interprétations à se valoir. En revanche une fois que le sonnet a été dûment médité -avec inclusion du contenu de la pensée fugitive ou songeuse du créateur, telle qu'on la suspecte, dans la signification qu'il revêt- les notions “d'indéfini” et “d'immensité” font aisément songer à celle d'insatiable ambition et de rejet de la condition mortelle. Ainsi que la fourche considérée possède une arête de valeur 1 ne causera guère d'étonnement.

Méthode

Lorsqu'il est incapable de représenter une idée complexe, dans une phrase, par un seul vocable, un traducteur a coutume d'agir sur les autres mots afin d'exprimer la notion en cause. Il pallie de cette manière, ponctuellement, le défaut d'un vocable dans un idiome, pour affaiblir la différence qui sépare les deux langues.

Application à Baudelaire

Décrivant par les antennes la pensée difficile d'accès de Baudelaire, nous imitons cette ruse de traducteur afin de surmonter la discrétion de l'auteur du poème vis-à-vis de la “bonne démesure”, que laissent deviner le thème de «…l'expansion des choses infinies…» et celui également des «…transports de l'esprit et des sens.» Pour ce faire nous précisons que l'infini agirait en conduisant les “meilleurs” seulement à devenir capables de grandes réalisations esthétiques. Du fait qu'aux yeux de Platon la compréhension de tout un pan de l'activité humaine la plus élevée demande qu'on se tourne vers la notion de “bon délire”, Baudelaire a pu envisager à son tour une “bonne démesure”, sans trahir le philosophe antique [554']-[555']-[556']. Cependant l'inquiétude chrétienne amenée par le mythe du péché originel, entendu par l'auteur comme fondant le principe de l'attrait impérieux du mal, rend inévitable que la mauvaise démesure soit une partie de la bonne [557']-[558']-[559']-[560']-[561']-[562']. Allez donc bâtir un système dans ces conditions!

§712
Théorie

On débutera l'examen des fourches relatives aux parfums décrits individuellement par l'esquisse des raisons justifiant 1 comme arête de (۩ambre║concrétion intestinale de cachalot, flottant sur la mer ou rejetée sur le rivage, donnant lieu à son ramassage, depuis l'antiquité, parce qu'il débouche sur un commerce lucratif de longue distance, du fait de subtiles fragrances, intensément recherchées, qui se dégagent de cette matière∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit animal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui, aiguillonnant les facultés, exacerbe l'imagination, fait que l'âme brûle d'amour, s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement et enfin s'élève plus encore, par cette réminiscence du monde idéal essentiel qui rend les meilleurs capables d'une réalisation esthétique hors pair)ʭ. Le filet se limite à l'énoncé de faits, tandis que le harpon se hisse rapidement au plan de la spéculation. Le poème, très métaphysique, ne laisse rien deviner qui donne au filet un avantage quelconque dans l'interprétation de la mire. En partant de la simple documentation du filet, on imagine mal comment un lecteur pourrait arriver de manière immédiate au harpon. Ce dernier semble une annexe à ceux déjà vus dans les différentes propositions du râtelier auquel il appartient. Le harpon, insistant sur l'imagination, reste dans le même cadre que le couvercle. S'enquérir de tous les arts est un objectif ressemblant au thème du vers 8. La hauteur des ambitions du poème ne rend pas convaincante la modestie du filet. En revanche ce dernier fournit une base de renseignements qui prépare l'envolée du harpon. Le niveau 1 de l'arête, pour l'antenne discutée, ne peut donc guère surprendre quiconque.

Méthode

Les choses dans l'histoire s'enchaînent, laissant uniquement -par cause de hasard ou de liberté- un léger voile d'incertitude recouvrir la nécessité. Ainsi l'aventure de Colomb, Cortez et Pizarre, ou encore celle d'autres qui leur succédèrent, vient de choses qui se mettent en place quelque temps avant qu'ils en tirent parti. Un grand besoin de métaux précieux à usage monétaire se fait sentir depuis longtemps [568']. L'Europe connaît un essor agricole, démographique, artisanal et commercial [569']-[570']-[571']-[572']-[573']-[574']-[575']-[576']-[577']-[578']-[579']-[580']-[581']. Les plus hautes classes, depuis les croisades, ont soif du style de vie luxueux que ces dernières ont permis [582']-[583']-[584']. Dans les batailles l'emploi de la poudre se répand [585']-[586']-[587']-[588']-[589']-[590']. La boussole autorise à trouver le Nord même par temps couvert [591']. L'astrolabe donne le moyen de mieux se repérer d'après les corps célestes [592']. Mâts ponts et châteaux des navires progressent [593']-[594']. Le gouvernail est amélioré [595']-[596']. La voilure se perfectionne [597']. La coque, plus étanche, ouvre sur des temps plus grands de parcours en mer. L'afflux d'ouvrages venus de Constantinople ainsi que l'imprimerie perfectionnent la connaissance géographique des clercs, armateurs et capitaines [598']-[599']-[600']-[601']-[602']-[603']-[604']-[605']. Les globes terrestres voient leur usage s'étendre. La reconnaissance des côtes africaines a montré qu'y soufflent des vents poussant vers l'Ouest.

Application à Baudelaire

Depuis «ambre» jusqu'à «triomphants», une logique s'impose, celle du voyage lointain. L'ambre gris, le parfum, venait jusqu'en Grèce depuis les pays nordiques, tout comme l'ambre jaune, le matériau de joaillerie, auquel il se met à ressembler, une fois exposé au feu [563']. On traverse d'immenses territoires ou mers pour tisser maintes relations commerciales et cela finit par des conquêtes lorsque le permet la force -laquelle chez l'homme dépend beaucoup de la culture: savoir et organisation de la société. Le tout se déroule presque suivant une inexorable détermination et Baudelaire nomme ce genre de relation «despotique» [[564']]-[[565']]-[566']-[567']. Une telle puissance finit par ôter leur poids aux préjugés qui en font douter. La correspondance des personnalités avec leur époque possède la même forme.

§713
Théorie

Donnons quelques idées pour éclairer l'obtention de 1 comme arête par l'antenne (۩musc║produit aromatique contenu dans la poche ventrale d'un petit ruminant∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit animal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui aiguillonnant les facultés exacerbe l'imagination, fait que l'âme brûle d'amour, dirige le corps enflammé vers la fonction de Vénus, procurant à l'odorat des parfums qui s'accordent avec les odeurs typiques de cet acte, puis qu'elle s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement, lequel dynamise les meilleurs pour les conduire vers la réminiscence du monde idéal essentiel, exploit qui les rend capables de concevoir une réalisation esthétique hors pair)ʭ. Les images des tringles n'ont rien d'étranger au créateur. Le sonnet montre une audace bien différente du niveau simplement documentaire propre au filet présenté. Nul texte de Baudelaire ne contient une condamnation de la préparation du harpon au moyen du filet. Celui-ci amène une description qui vient se ranger docilement à côté du reste des autres quilles déjà vues dans le même râtelier. Quant au harpon il est d'un côté le premier à traiter ouvertement de la “sexualité” -au sens d'aujourd'hui- donc il se prête mal aux comparaisons et en dehors de cette particularité il reste proche de ses homologues [606']. De plus il part du concret, niveau qu'introduisent les portes ou aplombs. L'audace de l'actuelle fourche concorde avec la déclaration fracassante sur les qualités de l'encens. Nul des quatorze vers ne vient donner au filet de quoi regagner l'avantage que le harpon acquiert ainsi. Néanmoins la présentation factuelle précédant cette même quille profite à l'autre. Rien d'étonnant donc à ce que l'arête de la fourche commentée vaille 1!

Méthode

Le symbole appartient au genre des images pourvues d'un code. En Europe la poursuite du cerf symbolise parfois la guerre, mais ce peut également être le glaive qui joue ce rôle. D'un autre côté cette chasse dans les bois et à cheval symbolise parfois la recherche amoureuse. Cette double indétermination, de l'image d'une part et de la chose symbolisée par ailleurs, nuit à l'exactitude. Le code restant incertain, l'image mentale de l'objet ne se hisse pas jusqu'au niveau abstrait de la précision. Au contraire au sein du groupe de signes des corps chimiques (H) symbolise uniquement l'hydrogène, lequel n'est symbolisé par aucun autre signe, même quand il est en combinaison avec un autre corps et quelle qu'en soit la quantité, le moment d'observation, la qualité, l'endroit de sa présence, autant de claires déterminations qui en font un objet visé par une abstraction précise. Cela permet de comprendre le principe des exactes généralités comme l'application d'un code à une image. Un code se définit comme un ensemble de règles fixant les manières d'employer une chose. Si le cadenas ouvrant avec une combinaison est la chose, la combinaison forme le code. Quand la chose a pour essence une représentation abstraite précise, comme celle d'une zone de terre superficielle, on part de l'image d'un être concret, en requérant un certain emploi de cette vision [628']-[629']. Le code n'est autre que la série d'exigences concernée. On obtient l'image précise abstraite de la zone de terre superficielle, quand on débute avec la représentation de n'importe quelle zone superficielle concrète de terre, puis qu'on y joint la demande -ou code- que de l'idée initiale du sol on exclura tout détail relatif à ce qu'il est semé ou planté d'herbe, d'arbres, de culture, occupe telle surface, possède telle forme géométrique, souffre d'acidité ou pas, est exposé de telle façon, a de la pente ou non, se trouve à telle altitude, dans tel pays et pour finir appartient à celui-ci ou celui-là [630'].

Application à Baudelaire

Le benjoin fait penser à tous les baumes et pommades, onguents et fards employés dans les arts de toilette les plus brillants. Nous en arrivons à toute la comédie sociale du grand luxe avec ses tentures chatoyantes, métaux précieux et marqueterie dans le décor des appartements et jusque dans la vie intime, pesants lustres de beauté cristalline, buffets ou secrétaires en palissandre, acajou, ébène, colonnes en marbre ou porphyre, tapis aux tons multiples et changeants, vêtements damassés, bijoux étincelants, tables en loupe cirée à l'émail énigmatique, sièges passementés, architecture fière, statues jouant avec le soleil, serviteurs en livrée, maîtresses et amants, comédies de l'amour, cris d'extase intéressés, billets doux, images fantaisistes de génies protégés par un cercle de mécènes généreux à l'envi, précepteurs, jeux d'enfants espiègles mais obéissants, tableaux savamment ordonnés de mythologie ou d'histoire, bibliothèques, musique au souper, fêtes, promenades au jardin parmi les ifs taillés, parties de campagne, bals réguliers animant un château, spectacles au balcon, feux d'artifice, bassins en miroir, jets d'eau, théâtre, concert, émissaires discrets, mensonges d'État, secrets massacres approuvés d'un geste négligent, frauduleux accaparements silencieux de terres immenses dont le rapport, écrit avec soin, rencontre un sourire amusé, chasses pompeuses avec les cors animant la piétaille joyeuse de montrer une parfaite discipline à ses maîtres, aventures dans les buissons, escaliers baroques accueillant les vainqueurs du cerf poursuivi: toute la symbolique de la guerre ou de la domination.

§715
Théorie

Fournissons quelques moyens pour établir l'arête de la fourche suivante: (۩encens║résine odoriférante d'un arbre originaire de la péninsule arabique∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit végétal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui, aiguillonnant les facultés, amène au divin, exacerbe l'imagination, fait que l'âme des meilleurs brûle d'amour, s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement et enfin s'élève plus encore, de par cette réminiscence du monde idéal essentiel qui rend capable d'une réalisation esthétique hors pai r)ʭ. La mire provient du texte. Le filet ne rend pas compte des hauteurs théosophiques des vers. Ce n'est que par une réflexion attentive que, partant du filet, nous arrivons à comprendre le harpon. La première quille se juxtapose sans problème à ses homologues déjà employées dans le groupe d'antennes à constituer. Le harpon s'avère compatible avec les portes ou aplombs, car, tout comme ces commentaires, il tient compte aussi de faits concrets -même s'il va bien au-delà ensuite. L'approche théologique du premier quatrain s'accorde avec le harpon. En revanche le filet reste fort simple, comparé à ces tentatives de métaphysique. Cependant avec bon sens il introduit la spéculation finale de l'assertion discutée. En complétant, par des observations de même genre, celles qui précèdent, chacun se convaincra du niveau 1 de l'arête qu'obtient la présente fourche.

Méthode

Il revient à l'interprète de ne cacher du créateur aucun des aspects qui pourraient avoir de l'importance vis-à-vis du texte analysé, quelque surprenant que s'avère l'éclairage procuré par le complément ainsi apporté aux facettes jusque-là plus visibles de la documentation. À cet égard les fourches ont plus de souplesse que les vantaux, grâce au harpon qui peut inclure n'importe quelles vues précieuses, empruntées à tout lieu du texte ou même absentes de lui. Quant aux divers commentaires accompagnant fourches et vantaux, eu égard aux sources de l'œuvre à examiner, nul interdit ne doit être prononcé d'avance, comme nous le rappellent ces mots: «L'univers est un temple…» De qui sont-ils? De Voltaire [645']!

Application à Baudelaire

Nous lisons fréquemment que Baudelaire accomplit exemplairement la mission de procéder au déchiffrement des mystères du monde par des moyens occultes. Pourtant „Correspondances“ livre tant de problèmes qu'il vaudrait mieux déclarer que le poème ajoute maintes énigmes aux plus ordinairement identifiées. Il s'agirait plutôt d'un chiffrement que de l'opération inverse [631']! Toute clarification peut se voir, néanmoins, appelée un déchiffrement -comme il a été vu au paragraphe 693 [632']. Les ultimes vers, portant sur «…l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens
»
, reviendraient à peindre l'état d'esprit dans lequel doit se mettre l'artiste ayant pour but de tirer profit des «confuses paroles». De toute façon Baudelaire soucieux de renverser le préjugé hostile au luxe défend le mérite des parfums en cause. Mais les «piliers», quant à eux, pourraient être de réels monuments érigés, couverts de «symboles» , dont le poète aurait à découvrir le sens, comme l'égyptologue décrypte la portée d'un obélisque fameux d'après le texte gravé qu'il porte. Hélas voir des colonnes partout n'a rien de facile, même si les mots de l'auteur sont ambigus. Des pics rocheux ou stalagmites conviennent, mais déclarer qu'une mer, un lac, un glacier forment des piliers ne provoque guère l'adhésion. Également, vu le rôle des parfums dans la pensée du poète, songeons aux fleurs, difficilement comparables à des «piliers»: violette, muguet, giroflée, lavande, gardénia, églantine, œillet, daphné, lilas, rose, jasmin, magnolia ou glycine. La conviction reste tout aussi absente avec les adjuvants culinaires que sont poivre noir, cannelle, safran, clou de girofle, ciboulette, menthe, thym, cerfeuil, basilic et piment. Les champignons au goût recherché ne se prêtent pas mieux à être imaginés comme des colonnes: cèpe, morille, girolle, coulemelle, truffe, notamment. Les choses vont mieux pour les arbres, mais leurs dons paraissent d'étranges piliers, ainsi le gland et la pomme, symboles aux multiples attributs [633']. Ne disons presque rien des arbustes comme la ronce qui donne la mûre, comme le myrte, symbole de gloire ou d'amour et de tant d'arbrisseaux comme celui porteur de la myrtille! De plus avancer que l'encens, le parfum qui fait penser au sacré, appartient aux produits «corrompus» occasionne une complication des problèmes que pose cette substance, non une clarification du sens qu'elle représente. Voir par conséquent Baudelaire comme donnant aux futurs poètes la mission de procéder au déchiffrement d'énigmes et de symboles ne peut manquer de faire sourire. Enfin l'auteur a eu des mots tellement cruels pour les partisans de Swedenborg qui prétendaient atteindre le mystère des choses par l'occultisme, que voir en lui un maître déchiffreur, se donnant la mission de répandre une doctrine jusque-là inconnue, paraît invraisemblable [634']. Certes il semble mettre ses pieds dans les pas de Platon, qui ose présenter ce que nous appelons une métaphysique, mais comme il ne s'agit en rien de vues neuves, nul appel tapageur n'est lancé. En revanche Baudelaire se montre ouvertement provocateur dans l'appréhension de l'encens, vis-à-vis des autorités religieuses et même politiques, en des circonstances, habituelles à l'époque, où les questions de l'autel relèvent fréquemment de l'État. Pourtant rien d'inexplicable ne se présente ici, puisque le parfum de l'Église demeure utilisable pour les fêtes des particuliers opulents et que le poète voit luxe, offices divins et plaisirs comme tous favorables au développement des arts. Bien que réalisant ses plus marquants ouvrages en rapport d'un côté avec des expériences ou conceptions qu'il découvre pendant ses années de jeunesse intense, concernant l'amour et par ailleurs autour des convictions de son milieu vis-à-vis de l'importance de l'élite la mieux reconnue, il s'éloigne par moments des vues dont il hérite, sous le coup d'une forte impression, quand tel homme ou phénomène que ses proches voient négativement éveille son intérêt [635']-[636']-[637']-[638']-[639']. Voici comment le jeune homme grandi au contact des vues traditionnelles s'exprime sous la II e République, touchant divers auteurs dont il célèbre l'heureux caractère [[640']]-[[641']]-[642']-[643']-[644']: «…quelque affligeants que soient les spectacles humains, leur bon tempérament reprend le dessus, et peut-être quelque chose de mieux, qui est un grand esprit de sagesse. On dirait qu'ils portent en eux-mêmes leur consolation. En effet, la nature est si belle, et l'homme est si grand, qu'il est difficile, en se mettant à un point de vue supérieur, de concevoir le sens du mot: irréparable. Quand un poète vient affirmer des choses aussi bonnes et aussi consolantes, aurez-vous le courage de regimber? Disparaissez donc, ombres fallacieuses de René, d'Obermann et de Werther; fuyez dans les brouillards du vide, monstrueuses créations de la paresse et de la solitude; comme les pourceaux dans le lac de Génézareth, allez vous replonger dans les forêts enchantées d'où vous tirèrent les fées ennemies, moutons attaqués du vertigo romantique. Le génie de l'action ne vous laisse plus de place parmi nous. Quand je parcours l'œuvre de Dupont, je sens toujours revenir dans ma mémoire, sans doute à cause de quelque secrète affinité, ce sublime mouvement de Proudhon, plein de tendresse et d'enthousiasme: il entend fredonner la chanson lyonnaise, "Allons, du courage,
Braves ouvriers!
Du cœur à l'ouvrage!
Soyons les premiers" et il s'écrie: "Allez donc au travail en chantant, race prédestinée, votre refrain est plus beau que celui de Rouget de Lisle." Ce sera l'éternel honneur de Pierre Dupont d'avoir le premier enfoncé la porte. La hache à la main, il a coupé les chaînes du pont-levis de la forteresse; maintenant la poésie populaire peut passer. De grandes imprécations, des soupirs profonds d'espérance, des cris d'encouragement infini commencent à soulever les poitrines. Tout cela deviendra livre, poésie et chant, en dépit de toutes les résistances. C'est une grande destinée que celle de la poésie! Joyeuse ou lamentable, elle porte toujours en soi le divin caractère utopique. Elle contredit sans cesse le fait, à peine de ne plus être. Dans le cachot, elle se fait révolte; à la fenêtre de l'hôpital, elle est ardente espérance de guérison; dans la mansarde déchirée et malpropre, elle se pare comme une fée du luxe et de l'élégance; non seulement elle constate, mais elle répare. Partout elle se fait négation de l'iniquité. Va donc à l'avenir en chantant, poète providentiel, tes chants sont le décalque lumineux des espérances et des convictions populaires!
»

§716
Théorie

On esquissera maintenant plusieurs des raisonnements à tenir pour déterminer que 1 est l'arête de (۩chantent║célèbrent∙Ѻ∙accompagnent de leur excitation lascive les amours extrêmes vers lesquels conduit la bonne démesure qui, aiguillonnant la recherche passionnée vers tous les arts, dans le but d'inspirer de l'attachement, favorise dans les meilleurs la réminiscence des images essentielles qui mènent aux chefs-d'œuvre)ʭ. Baudelaire s'étant livré, sur Platon et sur l'amour, à de nombreuses fantaisies, d'après les paragraphes précédents, on pensera dans la même perspective que les images des quilles ne sauraient lui avoir échappé. Le filet a trop de limitation pour que le sens du poème s'arrête à ses bornes. On est loin de se douter en parcourant ces vers, lors d'un premier contact, de tout ce que l'enquête saura trouver en partant de «chantent». Le filet aborde un thème pas encore mis en avant de manière ouverte, au cours des treize vers précédents et le harpon s'harmonise sans difficulté avec les autres du même râtelier. Portes et aplombs ne font nul obstacle aux envolées de la métaphysique, se contentant de ramener leur point initial de spéculation au niveau concret, celui dans lequel commence le harpon. Comme ce dernier tend à reconnaître aux images un rôle décisif dans la formation des hommes les plus remarquables, un lien étroit se tisse avec le couvercle qui souligne l'importance de l'imagination dans le poème. Depuis le troisième vers jusqu'au douzième le thème de la symbolique, liée aux images, celui des cinq sens et celui de l'infini constituent un ensemble animé par des vues qu'on retrouve ici et là dans le harpon. La notion de “célébration” du filet, décrivant la mission des parfums de grand luxe, rappelle que les «piliers» fournissent des «paroles», lesquelles pourraient avoir quelque rapport avec une “célébration”, mais on voit mal dans le billard comment passer de cette dernière aux “chefs-d'œuvre”. Néanmoins célébrer consiste bien en une sorte d'accompagnement [646']-[647'].

Méthode

On pourra difficilement nier qu'on attire le sourire du sceptique dans la justification qu'on prétend réaliser de la fourche, quand on connaît le degré d'exigence que les plus hautes disciplines du savoir font peser sur l'entreprise consistant à prouver, mais précisément on évite de prétendre à une démonstration.

Application à Baudelaire

Il ne semble pas que «chantent» indique une action populaire, comme dans un chant d'esclaves, de marins ou de travailleurs en général, puisque «…l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens…chantent…» et qu'ils appartiennent au domaine du grand luxe. Même si le sujet grammatical de «chantent» doit être cherché dans les «…parfums…corrompus, riches et triomphants…» plutôt que dans la série «…l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens…», on échouerait à produire la conviction en avançant pareille vue, à cause de «riches» et de «triomphants». Il reste possible malgré cela de comprendre que l'auteur ait pu recevoir de conceptions généreuses l'élan initial de la formation du sonnet. On partira du titre: «Correspondances». L'une des acceptions de “correspondance” est “harmonie”. Le poète, dans ce cas, aurait envisagé un moment comme idéal une harmonie sociale nouvelle à l'intérieur de celle du monde naturel, en compagnie de Pierre Dupont, alors qu'il aura finalement placé le sonnet du côté de l'ordre absolu des choses, vu par les conservateurs [648']-[649']-[650']-[651']-[652']. Au cas où l'impulsion initiale menant à écrire le poème serait venue de 1848, les bases de la pensée baudelairienne, celles de son éducation classique, auront finalement prévalu. Pareille source, plus fondamentale chez lui, s'accompagne de nombreuses déformations qui semblent avoir modifié, au cours des ans, les vues acquises de son milieu, cela justement par le biais des influences nouvelles qu'il aura subies comme adulte [653']-[654']-[655']-[656']-[657']-[[658']]-[[659']]-[[660']]-[[661']]-[[662']]-[[663']]-[[664']]-[[665']]. À cet égard on a une fois encore utilisé le harpon afin de souligner que Baudelaire change le sens de ce dont il hérite de Platon. Le mot “images” employé concernant les idées platoniciennes rend cet éloignement visible, puisque dans une optique de fidélité complète au philosophe conservateur, l'image -une “idéette”- devrait se distinguer de l'idée [666']-[667']-[668']-[669']-[670']-[671']-[672']-[673'].

§717
Théorie

/-Afin que puisse aisément être définie la fourche suivante, une aide légère au calcul de son arête suivra son énoncé: (۩transports║ivresses∙Ѻ∙heureux et inouïs bouleversements vécus par le grand esthète, aux sens aiguisés par une passion amoureuse de bonne démesure, qui parvient au ressouvenir des plus hautes idées, le rendant capable d'œuvrer au mieux)ʭ. La culture classique du créateur rend impossible que les quilles aient pu lui échapper. Le filet conduit à penser autant à un tumulte intérieur stérile qu'au transport atteignant le niveau sublime, donc il ne peut, dans un poème quelque peu métaphysique, trouver un appui suffisant pour lui garantir la supériorité sur le harpon dans le commentaire de la mire [674']-[675']-[676']. Comme il existe une ivresse de la découverte artistique autant qu'une amoureuse, déceler une contradiction entre les images présentées ici ou entre celles-ci et ce qui est avancé dans les antennes internes au même râtelier s'avérerait un but inaccessible. Avec la notion des bouleversements vécus par un artiste capable d'exploits mentaux, le harpon suit un mouvement analogue à celui des portes ou aplombs, chargés de faire comprendre que nulle opposition entre l'impression de choses invérifiables et la vie courante n'existe. Les «…parfums, les couleurs et les sons…» qui se répondent suffisent à donner une image de ce qui peut bouleverser un grand artiste, le poussant de la sorte à vouloir en laisser un témoignage au plan esthétique. L'ivresse peut bien être une condition ou un signe d'actes dépourvus de profondeur, en quelques circonstances, mais les «transports» qu'évoque le créateur méritent d'être chantés avec une force infinie: dans la bonne démesure [677']-[678']-[679']. Donc ils dépassent de beaucoup l'horizon que donne l'ébriété au sens courant. Sa notion, pourtant, introduit correctement celle de l'espérance nourrie par de nombreux artistes de passer outre le niveau de la vie quotidienne. La série des motifs notés à l'instant, de rejeter l'invraisemblance de la fourche discutée, formera pour un lecteur attentif de quoi l'encourager à vérifier par lui-même le niveau 1 de l'arête ici en cause.

Méthode

Le savoir méthodique procède autrement et sans cesse avance des raisons qui seront à réviser d'après les faits nouveaux apparus ensuite. Les immenses résultats obtenus par Skinner appartiennent à cet ordre: la culture vient d'habitudes nées du conditionnement non par un être humain qui manipule un comportement animal étranger à lui, mais par une stimulation du milieu qui pèse sur un animal -humain ou non- produisant une réaction de ce dernier, qui amène un résultat dans le milieu, poussant le sujet à un renouvellement de sa réaction initiale. Ainsi naissent les premières habitudes parmi les chaînes de comportements ordinaires qui ne sont pas innées. Si le milieu provoque longtemps, par ses effets, davantage de chances de survie pour la population où naît la nouveauté culturelle, un accroissement du nombre de sujets qui en sont porteurs vient à se produire. Au cas où, là-dessus, quelque accident génétique intervient, qui rend plus rapide l'accomplissement d'un segment d'activité faisant partie des gestes ou opérations nerveuses internes au comportement habituel nouveau, sans gêner la réalisation d'autres chaînes d'actes qui ouvrent sur le maintien de la population, les agents dotés de ce trait deviennent plus nombreux. Le phénomène connaît une amplification avec, sur des milliers ou des millions d'années, d'autres accidents d'essence comparable. En opérant une vaste synthèse des raisonnements de Pavlov et Darwin ainsi que de leurs émules, moyennant quelques prolongements destinés à se procurer l'appui de l'expérimentation, le savant américain fournit un tableau saisissant de l'apparition culturelle chez l'animal et ouvre l'horizon de mille perfectionnements ou corrections de ce qu'il écrit, eu égard aux détails des comportements observés [682']-[683']-[684']-[685']-[686']-[687']-[688']-[689']. Cherchons à perfectionner par l'imagination le dispositif expérimental du fameux penseur. Représentons-nous une très grande cage où de nombreux pigeons courent, vont et viennent, volent, fouillent le sol sans arrêt. Le bec ou les pattes d'un animal pressent de temps à autre cent leviers, boutons, pédales, mais un seul de ces dispositifs est relié à une trappe qui, s'ouvrant sous l'effet de la force du pigeon, libère de la nourriture qu'il peut ingurgiter. Ne subissant aucun dommage au cours de ce processus, l'animal recommence à exercer une pression sur le dispositif, avec les mêmes conséquences et une habitude naît de là. Il existe l'équivalent de cette cage dans les bois et landes, collines, montagnes, littoraux ou steppes: le milieu ordinaire du pigeon. Dans le nôtre les marques d'amour des parents, notes attribuées par les maîtres, nominations à des fonctions prestigieuses, décorations et gains financiers jouent le même rôle. Parce que le compliqué n'est rien d'autre qu'un agencement de choses de simplicité maximale, une combinaison de très nombreux savoirs, portant sur des choses qui sont inférieures en complexité, permet d'expliquer le supérieurement organisé. L'âme -ensemble intérieur de ce qui nous fait agir, de nos images mentales et de ce qui les produit sans qu'on le voie dans la vie quotidienne- opère comme son homologue chez le pigeon, de manière juste moins élémentaire.

Application à Baudelaire

Si Baudelaire a pris le mythe pédagogique de Platon -sur l'existence des meilleurs êtres humains à considérer en relation avec leur vision de l'essentiel avant le jour de leur naissance- comme une allégorie de la vie adulte considérée dans le rapport à l'enfance, avec le voyage des âmes dans une autre vie comme l'image de la formation de l'individu au cours de son jeune âge, les correspondances représentent le tissu des liens initiaux unissant les idées, pour qui ensuite réalisera un exploit dans la civilisation en partant de ces liaisons apprises dans le milieu familial et scolaire. Le goût, semé tôt en son esprit, de procurer à tous une immense contribution aux actions précieuses dans la suite des temps, ainsi que la culture de base donnant les moyens de cela, équivaudrait au legs d'une «Vie antérieure» [[680']]. L'historien met de telles fables dans une série d'autres mythes, cherchant de quel stade culturel ils témoignent. Mais le contenu en reste à ce qu'il était au départ. Les apologues plus récents n'échappent nullement à cette faiblesse. En 1836 Balzac se demande avec humour, à propos d'une histoire qu'il vient de conter [681']: «…ne démontre-t-elle pas la nécessité d'un enseignement nouveau? N'invoque-t-elle pas, de la sollicitude si éclairée des ministres de l'instruction publique, la création de chaires d'anthropologie, science dans laquelle l'Allemagne nous devance? Les mythes modernes sont encore moins compris que les mythes anciens, quoique nous soyons dévorés par les mythes. Les mythes nous pressent de toutes parts, ils servent à tout, ils expliquent tout.»

§718
Théorie

On esquissera maintenant plusieurs des raisonnements à tenir pour déterminer l'arête de (۩esprit ║intelligence∙Ѻ∙imagination, comme dirigeant vers les rapprochements lumineux et bouleversants, qui amènent une réalisation esthétique hors pair)ʭ. L'auteur a tellement insisté sur l'importance de l'imagination que la sphère de sa réflexion intègre le harpon sans obstacle. De genre théosophique les quatrains eux-mêmes ne vont pas dans le sens de l'abstraction exacte, qui est la région où l'intelligence domine. L'insuffisance de toute première lecture ne favorise pas une transition de la notion d'intelligence vers celle d'imagination. Le harpon s'harmonise sans difficulté avec ses pairs au sein du râtelier choisi. La même quille, insistant sur l'action d'établir des rapports pleins d'imagination entre les choses, demeure au même niveau de pensée que les portes, qui font état de possibles confusions entre faits ordinaires et impressions favorisant la théosophie. La synesthésie mentionnée au huitième vers appartient au domaine des “rapprochements lumineux et bouleversants” cités dans le harpon. Sans être maladroit le filet réduit à une pointe rationnelle -jamais explicitement nommée dans le sonnet- l'immense région de la pensée qui enveloppe la plupart des facultés indispensables dans l'exercice des arts, tandis que le harpon s'adapte sans difficulté à l'image des «transports». Celle de l'intelligence convient parfaitement lorsqu'il s'agit de présenter l'imagination comme faculté du rapprochement des choses dans la pensée. De tels arguments contribuent efficacement à installer en chacun la conviction d'après laquelle 1 est l'arête de la fourche discutée.

Méthode

L'imagination prend aujourd'hui encore la forme de l'intelligence capable de bouleverser l'optique de pensée dans laquelle on se trouve, donc elle apparaît dans toutes les activités intellectuelles où la recherche a besoin parfois d'un tel retournement. Dans le domaine artistique, une adjonction lui est faite, puisqu'elle y devient fantaisie. Elle garde le côté de renouvellement combinatoire, présent au sein des autres techniques et savoirs, mais inclut, sans périr de ce fait, la subjectivité permanente. Certains faits avantageux conduisent à mieux voir les apparences. Les hommes préhistoriques négligeant les nombreux éclats d'une pierre qu'ils transforment pour en faire un outil, se mettent, par un changement de perspective, à exploiter la pierre de façon à ce que presque tout éclat serve comme outil [690']-[691']-[692']. Les astronomes ayant considéré le Soleil comme tournant autour de la Terre, s'autorisent à envisager l'inverse [693']-[694']-[695']-[696']-[697']-[698']. Les naturalistes, certains de voir l'élevage fermier hors du naturel sauvage, comprennent ensuite que c'est des accidents reproductifs observés dans les fermes, ainsi que de la sélection que fait le paysan, qu'on doit partir pour obtenir la clef de la formation des variétés ou espèces dans la vie sauvage [699']-[700']-[701']-[702']-[703']-[704']-[705']-[706']-[707']-[708']-[709']-[710']-[711']-[712']. Le romancier intéressé par son héros le situe dans un milieu, puis comprend qu'il peut aussi avoir comme finalité la peinture de ce milieu, à l'occasion des aventures, devenues alors bien secondaires, du héros. Partout en cela on remarque les pouvoirs de l'imagination. Si en art l'esthète ne craint pas de s'adjoindre les effets non transitoires de la subjectivité, pour que l'imagination devienne belle fantaisie, c'est qu'un opéra, un tableau ou encore une sonate peuvent, sans difficulté, plaire aux uns, tandis que ces accomplissements esthétiques ne suscitent qu'indifférence chez d'autres. Dans la science déductive ou démonstrative, ainsi que dans la technologie, pareille chose n'est point supportable: un télescope ne saurait permettre des observations uniquement valables pour certains astronomes à l'exclusion d'autres experts de la même branche du savoir.

Application à Baudelaire

L'auteur de „Correspondances“ prend comme base une conception théosophique portant sur les rapports entre créatures ainsi que sur la relation qu'elles entretiennent avec Dieu et il passe de cette notion à celle des liens à tisser entre sens différents, pour aboutir à l'inspiration dans chaque sphère de l'esthétique. Un second bouleversement de perspective animerait le poème si les parfums de l'activité corporelle amoureuse valaient pour Baudelaire comme source d'inspiration à l'égal des couleurs et sons d'un tableau ou d'une symphonie. Si, grâce au secours de sa pleine subjectivité, le créateur a pensé rêveusement ou à toute vitesse -estimant au plus haut point ce qui est d'ordinaire objet du sourire- au lien unissant le parfum amoureux féminin aux menstrues, il aura eu la possibilité de voir se dessiner en son esprit l'expression “en sang”. De là il serait passé à «encens» qui se prononce pareillement -comme il a déjà été noté dans la remarque 17M- et il aurait amalgamé l'encens à l'ambre, au musc et au benjoin. Pourtant même dans le cas où l'interprète serait convaincu par son intuition que le poète a procédé ainsi, on resterait loin d'une illustration, puisque nul texte, ou discours oral célèbre, contenant ce jeu de mots, n'est connu auparavant. Si un historien venait à en découvrir un exemple, il faudrait encore, pour que l'illustration ait un butoir, montrer que Baudelaire le connaissait. Or l'encens bénéficie de son rôle dans mainte cérémonie cultuelle, alors que les parfums corporels de l'amour sont fréquemment considérés avec méfiance par les responsables des offices destinés à honorer les puissances divines. Ainsi trouver un discours comme celui exigé pour la situation semble difficile, même s'il ne manque pas de récits défiant la condamnation de l'amour pratiqué à tout prix, dans la religion [713'] : «Les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent: Maître, cette femme a été surprise en flagrant adultère. Dans la loi, Moïse nous ordonne de lapider ces femmes-là. Alors toi, que dis-tu? Ils disaient cela pour l'éprouver, pour avoir à l'accuser. Jésus qui s'était penché écrivait du doigt sur la terre. Comme ils persistaient à le questionner, il se redressa et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre.»

§719
Théorie

Arrivons-en à quelques notes destinées à seconder ceux qui voudront s'assurer que l'ultime fourche du râtelier choisi possède 1 comme arête. Tout d'abord voici l'antenne: (۩et des sens║ainsi que de la sensibilité∙Ѻ∙mais aussi du charnel bouleversant, qui pousse les meilleurs vers un très beau corps, lequel donne à un esthète une image de l'idéal, qui lui sert de guide quand il va puiser -avec l'énergie de la bonne démesure- son inspiration dans tous les arts, pour servir l'amour extrême le conduisant vers une incomparable réalisation esthétique, lui faisant bientôt jouer à son tour le rôle de nouveau "pilier" vis-à-vis d'autres artistes)ʭ. Les quilles reflètent divers aspects de la pensée baudelairienne. La rigueur du filet ne peut suffire à commenter la mention du sensible, insérée par le créateur dans l'optique des «choses infinies». À première lecture, nous ignorons comment l'image de cette “énergie de la bonne démesure” prolonge le sens évident, mais trop succinct, que nous reconnaissons tout de suite quand nous parvenons aux derniers mots du sonnet [714']-[715']. Le balancement du harpon entre sensuel et spiritualité le rend propre à se ranger sans difficulté parmi ses homologues du même râtelier. L'expression “image de l'idéal” semble accompagner le couvercle qui souligne l'importance de l'imagination dans le poème. Le titre du sonnet, paraissant faire allusion à Swedenborg, donne un aspect d'ébauche de poésie théosophique à l'ensemble des vers, ce qu'ensuite le premier quatrain en particulier semble confirmer, même si Baudelaire reste loin des pratiques occultes et ne fait pas état de visions qu'il aurait eues [716']-[717']-[718']. Le texte ne parvient nullement à donner aux deux quilles une valeur identique, parce qu'il faudrait pour cela que le filet soit compensé par quelque passage, de l'insistance métaphysique, favorable au harpon, des premiers vers. En revanche la notion de “sensibilité” introduit parfaitement celle de “charnel bouleversant”. Nous avons ainsi donné quelques unes des raisons menant à connaître l'arête de l'antenne finale du râtelier construit depuis le paragraphe 690.

Méthode

D'une part signaler une réalisation artistique “incomparable”, mais d'un autre côté voir comme le plus haut degré du savoir-faire historique la méthode sérielle paraît contradictoire, puisque les gens, événements, inscriptions, légendes, bâtiments, idoles, instruments, armes ou stèles de la même série doivent faire l'objet d'une comparaison. Ce n'est pourtant qu'une apparence, vu que le goût est subjectif ou collectif, alors que le savoir tente l'objectivité. Au plan du goût une peinture semblera hors pair à qui l'admire de manière passionnée. Le même tableau, dans le plan de l'objectivité historique maximale de l'époque actuelle, viendra se ranger docilement parmi cent autres. Bien qu'on soit loin de voir poindre l'effort d'objectivité, aujourd'hui, dans toutes les branches de la discipline, au moins archéologie, travaux de recherche sur les populations et histoire statistique acquièrent un tel prestige que hagiographie, journalisme des temps révolus et propagande usant de parallèles anachroniques deviennent, malgré leur ancienne puissance, l'objet de moqueries, en raison de leur manque de sérieux. Vouloir confondre les deux buts, atteindre le point de vue objectif et arriver à une perspective subjective remarquable -sous prétexte que toute pensée individuelle appartient à un temps et subit des pressions de maint courant social- montre une légèreté alarmante.

Application à Baudelaire

Les artistes enchantés par ce que leur donne un grand modèle, qui leur semble parfaitement exceptionnel, peuvent être d'abord conquis par «l'esprit» aussi bien que par «les sens». Après, ceux qui sont à leur tour devenus des «piliers», pour de nouveaux esthètes, en feront la conquête, parfois posthume, aussi bien d'après l'ensemble de ces aspects, que par l'un ou l'autre. Si les «paroles» évoquées au départ du sonnet ont un tel flou qu'en elles «esprit» et «sens» ne peuvent être distingués, l'identité de «transports» leur conviendrait parfaitement. Dans ce cas le poème se présente comme un cercle, image déjà présentée dans la remarque 511B, ainsi qu'en 640B. Ému par un “transport” venu d'un “pilier” modèle, un “pilier” nouveau œuvre dans un “transport” qui se communiquera dans une réalisation esthétique à d'autres futurs «piliers».

§720
Théorie

L'empan du râtelier construit depuis le paragraphe 690, au moyen de trente fourches, ne peut s'élever qu'à 1 puisque les antennes ont de manière constante 1 pour arête: ((1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1) (1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)(1)). Leurs mires ont pour objet des parties du texte. On les indique à nouveau, mais toutes ensemble, ci-après, en esquissant leur contexte au moyen d'une parenthèse qui précède leur mention, dans le cas où trop d'obscurité nuirait à l'exposition de la continuité du tout. Chaque mire se voit précédée par le numéro d'ordre lui revenant. Il suffit d'ajouter 689 à ce nombre pour obtenir le numéro du paragraphe du premier emploi de la mire dans une antenne du râtelier: “1۩Correspondances//La Nature est un temple; 2(où de)۩vivants piliers; 3۩Laissent parfois sortir 4(de)۩ confuses paroles. 5(Ici)۩L'homme…passe à travers des forêts de symboles… 6۩Qui l'observent 7۩avec des regards familiers 8(.)۩Comme de longs échos…9۩…qui de loin se confondent 10۩Dans une ténébreuse…unité 11(,)۩profonde 12(,)۩Vaste comme la nuit 13۩…et comme la clarté…14۩Les parfums, les couleurs et les sons se répondent 15(.)۩Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants 16(,)۩ Doux comme les hautbois 17(,)۩verts comme les prairies 18۩Et d'autres 19۩corrompus 20(,)۩riches 21 (et)۩triomphants 22(,)۩Ayant l'expansion des choses infinies 23(comme l')۩ambre; 24(, le)۩musc; 25(, le) ۩benjoin 26(et l')۩encens 27(, qui)۩chantent 28(les)۩transports 29(de l')۩esprit 30۩et des sens.” Chacun des trente filets procure un sens immédiat pour une mire. À nouveau quelque rapide indication, touchant leur unité avec leurs pareils, est placée après leur numéro, entre parenthèses. On peut s'assurer, à les parcourir tous ensemble, que nul, parmi eux, ne s'affranchit du billard: “1║la nature se montre pleine de sympathies internes 2(avec des)║dates historiques pareilles à autant de stèles 3(qui)║produisent par moments 4(des)║propos à déchiffrer 5(. Parcourant ce domaine,)║le sujet, en méditant, chemine parmi des centaines d'arbres et il reconnaît dans leurs fruits le sens de symboles 6(,)║qu'il observe 7║très consciencieusement et depuis longtemps 8(. Pour employer une image,)║ainsi qu'une sonorité prolongée se laisse analyser en coups divers que reprend sa réverbération 9(, eux-mêmes étant)║situés de telle sorte que l'observation en est gênée 10(,)║dans un ensemble dont les constituants ne se distinguent nullement 11(, le réel paraît former un tout simultanément un et pluriel,)║qui échappe aux forces d'une analyse rapide 12(. Cela,)║faisant que l'esprit se voit perdu, confronté à l'immensité 13(, amène la tentation du renoncement à connaître,)║mais également une situation pouvant conduire l'âme devant le champ du savoir 14(, quand elle s'aperçoit que,)║pour chaque perception dépendant de tel ou tel des cinq sens, existent des impressions homologues, parmi celles venues de chacun des quatre autres aspects de la réceptivité 15(. )║Il se présente des parfums d'une charmante nouveauté 16(,)║doux comme de la musique champêtre, parce qu'on peut franchir la distance qui sépare l'ouïe du goût et de l'odorat, pour comparer certains êtres dont les qualités majeures appartiennent à ces trois domaines 17(. En approfondissant plus encore, on s'aperçoit que fraîcheur de peau, senteur, enchantement auditif et vue sensible à ce qui est)║de couleur verte comme celle d'un pré 18(ont des liens très forts. L'âme perçoit ainsi, avec leurs analogues, les parfums appartenant à tout un groupe;)║mais aussi quelques uns différents 19(existent au sein de la sphère des parfums,)║qui permettent le sentiment intérieur, chez ceux qui en usent, de se moquer de toute morale 20(et, pour décrire le phénomène plus en détail,)║qui permettent le sentiment intérieur, chez ceux qui en usent, de se moquer de toute morale, au nom de leur supériorité de fortune 21(enfin, de même,)║qui permettent le sentiment intérieur, chez ceux qui en usent, de se moquer de toute morale, au nom de leurs triomphes 22(. Les produits appartenant à ce dernier groupe sont)║dotés d'un effluve qui s'exhale indéfiniment, remplissant ainsi un domaine immense 23(, comme tout d'abord il est facile de s'en assurer dans le cas de cette)║concrétion intestinale de cachalot, flottant sur la mer ou rejetée sur le rivage, donnant lieu à son ramassage, depuis l'Antiquité, parce qu'il débouche sur un commerce lucratif de longue distance, du fait de subtiles fragrances, intensément recherchées, qui se dégagent de cette matière 24(. On trouve la même délicieuse propriété avec le)║produit aromatique contenu dans la poche ventrale d'un petit ruminant 25(et de même dans la)║ résine de l'arbuste nommé "aliboufier" 26(, enfin dans le cas de cette)║résine odoriférante d'un arbre originaire de la péninsule arabique 27(. Les uns comme les autres, ces parfums)║célèbrent 28(les)║ ivresses 29(de l')║intelligence 30║ainsi que de la sensibilité.” Chacun des harpons fournit une version plus fine du sens de la mire que celle du filet de même numéro. Tout lecteur aura de nouveau l'occasion, à les voir tous rassemblés en quelques lignes, de se convaincre que leur totalité ne donne pas lieu à quelque opposition logique, interne au râtelier. Dans ce qui suit, on cherche, comme il avait été fait plus haut avec les mires et filets, à rendre plus aisée, grâce au contenu de parenthèses, la représentation entière de la série des harpons. Il ne s'agit pas, néanmoins, en raison de l'absence des tringles complémentaires -mire puis filet- d'un résumé parfaitement défendable des antennes du même râtelier, donc l'imagination de chacun devra inventer un remède aux brusqueries des contacts forcés entre harpons qu'il verra se produire: “1∙Ѻ∙les correspondances qui traversent la symbolique du temple réussissent à unir les cinq sens, ainsi que toute l'inspiration au principe des chefs-d'œuvre qui sont développés en partant d'eux, au sein des nombreuses disciplines esthétiques 2(. En celles-ci dominent les)∙Ѻ∙artistes dont quelque chef-d'œuvre fournit au minimum un élément inspirant, au cours des temps, pour tel ou tel grand esthète qui débute, lui fournissant de précieuses indications 3(, de sorte que ces piliers, dont les trouvailles jalonnent la suite des âges,)∙Ѻ∙fécondent une réalisation esthétique lorsqu'un talent nouveau paraît sur la scène des arts qui mérite d'être ainsi aidé, comme de manière surnaturelle 4(. Cette influence parvient à s'exercer par des)∙Ѻ∙signes constitués de caractères internes à des chefs-d'œuvre qui, moyennant de grandes capacités de l'âme qui en reçoit l'excitation, réveillent des intuitions connues depuis longtemps d'elle 5(. Tout particulièrement)∙Ѻ∙l'artiste va, en imagination, dans toutes les disciplines de la beauté, au milieu des piliers de l'esthétique ayant vécu aux différentes époques et, partant des représentations faites par eux, il réussit à tirer de maintes choses, porteuses d'idées, l'inspiration qui le mènera vers quelque nouvelle réalisation hors pair 6(. Les objets fournissant l'occasion de l'éveil qui mène à l'essentiel sont pris dans le domaine de la vie courante)∙Ѻ∙où l'artiste guette la symbolique dont il pourra faire usage, de façon à répondre à ses obligations esthétiques par le sensible qu'il sait produire 7(. L'accomplissement recherché surgit)∙Ѻ∙grâce à une pensée qu'une familiarité avec les plus hautes idées a rendu capable d'œuvrer conformément à elles 8(. Pour un esprit de cette valeur, la beauté, prise comme n'étant qu'un seul principe général, identique au bien devenu visible, fait communiquer maints domaines en apparence inconciliables et cela)∙Ѻ∙de même que du réel absolu sortent les innombrables objets qui gardent quelque chose de lui, comme fait l'écho de ce qui l'engendre 9(. Ce fond premier du monde recèle des idéaux agissant de telle sorte que tous les objets qui se rattachent au même idéal, fournissant le sens le plus élevé de leur existence, donnent lieu à une recherche du beau pour l'âme de grande valeur. Alors elle se trouve, au plan métaphysique, dans une situation analogue à celle de qui entend un son unique formé de nombreux échos, exactement comme des observateurs placés devant un groupe compact de phénomènes,)∙Ѻ∙à l'occasion desquels, pourvu qu'il soit loin, chacun, spontanément, aperçoit de nombreux faits différents comme n'en formant qu'un seul 10(. Métaphysiquement)∙Ѻ∙là où une pensée insuffisante ne peut rien se figurer de la source idéale unique de la belle harmonie frappant la sensibilité, parce que, désirant s'attacher aux apparences dispersées qui viennent l'impressionner, elle s'égare 11(, il se passe l'inverse pour quelqu'un de grand mérite,)∙Ѻ∙concernant l'absolu, dont l'âme, ayant vu assez longtemps l'idéal générateur, parvient à retrouver le détail, par le souvenir attentif et endurant 12(. Ainsi pour chaque objet individuel, même le plus vil, comme pour leur tout, existe un idéal, avec un itinéraire difficile menant vers lui,)∙Ѻ∙qui exige de ne renoncer aucunement à chercher la céleste beauté, au moyen du ressouvenir, en dépit de l'énorme différence qui empêche de lier facilement une terrestre intuition et l'image ultime devant présider à un exploit esthétique 13(. Cette recherche du beau en soi inspire le génie, tout en)∙Ѻ∙donnant à côté de cela des indices pour s'extraire des poncifs jusqu'ici en usage, afin de trouver, en partant des fondements idéaux du monde, l'aspect de la beauté qui servira de modèle artistique 14(. Partant de ces points)∙Ѻ∙l'excellente âme, qui a entr'aperçu le bien, surmonte la séparation entre les différents aspects inspirants de la sensibilité, par l'image de leur accord 15(. De cette manière)∙Ѻ∙celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit encouragé par les fragrances d'une certaine catégorie, maintenant que son âme s'est incarnée sur terre, à suivre le pont des correspondances horizontales entre toutes les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination de frais parfums aux descriptions picturales des carnations infantiles, aussi fragiles que des tons floraux 16(et de même)∙Ѻ∙celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit encouragé par les parfums d'une certaine catégorie, maintenant que son âme s'est incarnée sur terre, à suivre le pont des correspondances horizontales entre toutes les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination des parfums à goût sucré aux sons des hautbois 17(et pareillement,)∙Ѻ∙celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit encouragé par les parfums d'une certaine catégorie, maintenant que son âme s'est incarnée sur terre, à suivre le pont des correspondances horizontales entre toutes les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination des parfums au goût plein de verdeur aux diverses représentations picturales de l'herbe amenée par le printemps, dont la vue blesse de façon ravissante les yeux par des tons crus 18(. Ainsi est engendrée une synesthésie dans l'esprit de l'homme qui possède une grande valeur,)∙Ѻ∙ou de manière plus étonnante celui qui a entr'aperçu l'idée suprême se voit -maintenant que son âme s'est incarnée sur terre- encouragé par les fragrances corporelles qui mènent aux amours, à suivre le pont des correspondances unissant les choses participant au bien, en particulier avec l'effet de joindre par l'imagination les parfums de la chair adolescente ou adulte, d'abord aux plus entêtantes odeurs que produit l'artisanat de luxe, puis aux splendides architectures, dessins, tableaux, sculptures, livres, fêtes, musiques, ballets et opéras qui les utilisent ou en produisent l'évocation 19(. De la sorte divers parfums placés au début d'un chemin allant des choses belles vers le beau absolu, puis de ce dernier vers le bien, préparent de loin aux grandes réalisations. Cependant les parfums de ce genre sont)∙Ѻ∙pervertis, d'après maints hypocrites -jouissant aussi de la corruption, mais petitement- lesquels de surcroît, n'ayant pas entr'aperçu le bien quand leur âme demeurait au ciel, se voient incapables, maintenant prisonniers d'un corps terrestre, d'aller par l'imagination de leur abîme intérieur vers le désir amoureux extrême qui donne la force d'entreprendre cette réminiscence des hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre 20(. Il convient d'ajouter que de tels parfums ne sauraient non plus manquer d'être vus comme)∙Ѻ∙pervertis, d'après maints hypocrites -jouissant aussi du grand luxe, mais de façon mesquine- lesquels de surcroît, n'ayant pas entr'aperçu le bien quand leur âme demeurait au ciel, se voient incapables, maintenant prisonniers d'un corps terrestre, d'aller par l'imagination de leur abîme intérieur vers le désir amoureux extrême qui donne la force d'entreprendre cette réminiscence des hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre 21(. Pareillement de tels parfums lourds doivent porter la dégradante accusation d'être)∙Ѻ∙pervertis, d'après maints hypocrites -jouissant aussi de victoires, mais petitement- lesquels de surcroît, n'ayant pas entr'aperçu le bien quand leur âme demeurait au ciel, se voient incapables, maintenant prisonniers d'un corps terrestre, d'aller par l'imagination de leur abîme intérieur vers le désir amoureux extrême qui donne la force d'entreprendre cette réminiscence des hautes idées procurant aux meilleurs l'inspiration divine, principe des chefs-d'œuvre 22(. Le domaine s'avère immense de ces parfums,)∙Ѻ∙dont les particules infimes envahissent l'homme jusqu'à faire trouver aux meilleurs l'infini de la bonne démesure, aveuglément critiquée par maints hypocrites envieux qui, parce qu'ils en sont incapables, refusent d'avouer qu'elle mène aux chefs-d'œuvre, désirant confondre alors cette vertu avec la mauvaise démesure, celle qui ne pousse qu'à détruire 23(. Au milieu de pareils bienfaits olfactifs on distingue l'ambre, ce)∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit animal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui, aiguillonnant les facultés, exacerbe l'imagination, fait que l'âme brûle d'amour, s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement et finalement s'élève plus encore, par cette réminiscence du monde idéal essentiel, qui rend les meilleurs capables d'une réalisation esthétique hors pair 24(. Aussi on distingue le musc, un)∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit animal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui aiguillonnant les facultés exacerbe l'imagination, fait que l'âme brûle d'amour, dirige le corps enflammé vers la fonction de Vénus, procurant à l'odorat des parfums qui s'accordent avec les odeurs typiques de cet acte, puis qu'elle s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement, lequel dynamise les meilleurs pour les conduire vers la réminiscence du monde idéal essentiel, exploit qui les rend capables de concevoir une réalisation esthétique hors pair 25(. Également parmi ces fragrances, on remarque le benjoin, ce)∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit végétal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui, aiguillonnant les facultés, exacerbe l'imagination, fait que l'âme brûle d'amour, s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement et finalement s'élève plus encore, par cette réminiscence du monde idéal essentiel, qui rend les meilleurs capables d'une réalisation esthétique hors pair 26(. Enfin parmi de telles enchanteresses odeurs on distingue celle de l'encens, un)∙Ѻ∙parfum de grand luxe -préparé avec le produit végétal du même nom- aux vertus favorables pour engendrer la bonne démesure qui, aiguillonnant les facultés, amène au divin, exacerbe l'imagination, fait que l'âme des meilleurs brûle d'amour, s'enquiert de tous les arts dans le but d'inspirer de l'attachement et finalement s'élève plus encore, de par cette réminiscence du monde idéal essentiel, qui rend capable d'une réalisation esthétique hors pair 27(. Ces parfums)∙Ѻ∙accompagnent de leur excitation lascive les amours extrêmes vers lesquels conduit la bonne démesure qui, aiguillonnant la recherche passionnée vers tous les arts, dans le but d'inspirer de l'attachement, favorise dans les meilleurs la réminiscence des images essentielles qui mènent aux chefs-d'œuvre 28(. Tout ce processus conduisant vers l'art occasionne maints)∙Ѻ∙heureux et inouïs bouleversements, vécus par le grand esthète, aux sens aiguisés par une passion amoureuse de bonne démesure, qui parvient au ressouvenir des plus hautes idées, le rendant capable d'œuvrer au mieux 29(, chose qui émeut en lui fortement)∙Ѻ∙l'imagination, comme dirigeant vers les rapprochements lumineux et bouleversants, qui amènent une réalisation esthétique hors pair 30(. Cette imagination honore le fait d'atteindre les choses par les puissances de l'esprit,)∙Ѻ∙mais aussi du charnel bouleversant, qui pousse les meilleurs vers un très beau corps, lequel donne à un esthète une image de l'idéal, qui lui sert de guide quand il va puiser -avec l'énergie de la bonne démesure- son inspiration dans tous les arts, pour servir l'amour extrême le conduisant vers une incomparable réalisation esthétique, lui faisant bientôt jouer à son tour le rôle de nouveau "pilier", vis-à-vis d'autres artistes”.

Méthode

Comme ce portrait qui mêle une peinture de cruels maux à celle de qualités rares, l'explication de texte conserve aujourd'hui une fantaisie la rendant capable de chercher son bien tantôt vers la rigueur objective, tantôt du côté de mises en contact données par l'intuition ouvertement subjective. Mais une pareille borne de ses possibilités ne doit nullement faire du commentateur un aveugle. S'il cherche la vérité sur le texte analysé, il faut impérativement qu'il s'oriente vers ce qui lui reste provisoirement lointain et qu'il n'attribue point au subjectif en lui-même une place trop grande. La vérité ou expression humaine de la réalité obtenable dans l'époque vécue ne peut s'atteindre qu'en soumettant la subjectivité à l'obligation de surmonter une série d'épreuves quant aux apparences, à l'intérieur de l'expérience du moment, serait-elle juste constatable au moyen de la prononciation à haute voix. Quand seulement un degré de vérité inférieur au maximum, pour l'instant vécu, est à portée de ceux qui enquêtent, on parle de probabilité, comme lorsqu'un expert déclare qu'il a une chance sur trois, quand il observe le commencement d'une partie de cartes, de trouver qui en sortira vainqueur. Si on est dans l'impossibilité de calculer une probabilité, parce qu'on ignore comment obtenir le rapport des cas en faveur de la réalité concernée sur le nombre total de cas pouvant se produire, d'après ce qu'on sait, on imite ce calcul élaboré -tel qu'il est praticable pour d'autres dispositions des choses- par l'inverse du produit de critères numériques d'invraisemblance de la réalité observée, ce qui donne la vraisemblance du phénomène analysé [721']. En dehors de ce cadre, au sein de la connaissance, le mieux qu'on puisse obtenir de ses efforts est de se trouver en route vers l'objectivité, relativement au domaine d'objets étudié. La subjectivité comme source d'opinion instruite offre le grave inconvénient de tomber vite dans la subjectivité comme défaut de la pensée. Il s'ensuit que c'est la réflexion individuelle corrigée par le dialogue devant les faits qui doit, sur toute chose analysée, engendrer le savoir menant au consensus objectif d'époque. Le chimiste d'une maigreur consternante qui met en évidence le mécanisme d'une pathologie causée par le manque de graisse dans le corps ne parvient à cette découverte qu'en dépassant l'attrait subjectif exercé par un problème voisin du sien, pour aller plus avant sur le chemin de l'observation objective du phénomène qu'il a repéré. Par conséquent le bon irrationnel se borne à n'être, dans le domaine du savoir, que l'occasion facilitant la trouvaille rationnelle par le biais de quelque lien d'émotion. L'incohérence montre ordinairement ce qui arrive lorsqu'on renonce à l'objectivité, comme dans l'exemple du fameux Kant se trouvant préconiser, en philosophie, l'équivalent d'une contre-révolution copernicienne, tout en demandant qu'on en fasse une copernicienne [722]-[723']: «Il en va ici comme des pensées primordiales de Copernic…». Quand on suit le savant polonais on est conduit à refuser que le sujet -la pensée individuelle- occupe le centre fixe du monde, puisque l'homme vit sur Terre, laquelle subit un mouvement de rotation autour du Soleil [724']. En se comparant, au moyen d'une image, à l'ingénieux calculateur de Frauenburg, Kant recommande qu'examinant les notions que le sujet se fait de tout objet qu'il étudie, on voie l'objet comme se rapportant au centre fixe que serait la pensée humaine individuelle [725']-[726']-[727']-[728']-[729']-[730']. Or justement la Terre, sur laquelle se trouve le porteur de cette pensée, n'a rien de fixe. On objectera que c'est pour la métaphysique, non dans l'astronomie, que le philosophe appelle à un renversement de perspective. Donc il n'y aurait là qu'une image! Seulement cette image inverse le rapport des choses qu'elle reflète. À l'instant où il veut montrer l'importance de la subjectivité, Kant fait voir toute la faiblesse de celle-ci. Le savant, au contraire, afin de varier son optique, doit chercher tous les côtés accessibles de ce qu'il examine, donc -si on garde l'image prise aux astronomes- passer devant son objet comme s'il était non seulement la Terre vis-à-vis du Soleil, mais aussi toutes les autres planètes et même tous les corps célestes venant plusieurs fois devant l'étoile: on sait que les comètes possèdent une telle propriété. Il ne s'agit pas de nier le mérite de la subjectivité, qui est la pensée à nourrir de savoir et capable de passer à l'objectivité, une fois le contrôle assuré d'une pensée individuelle par d'autres, dans la poursuite d'un objet de connaissance, avec tout sujet corrigeant les faiblesses des autres et cela sans arrêt [731']. Ainsi que déjà on l'avait partiellement vu dans la remarque 667B, apprendre à raisonner autrement que nos ancêtres, au moyen, parfois, de nombreuses observations ou théories contre-intuitives, réaménage des caractères apparemment stables de la pensée [732']-[733']-[734']-[735']-[736']-[737']-[738']-[739']-[740']-[741']-[742']-[743']-[744']-[745']-[746']-[747']-[748']-[749']-[750']. Plus généralement affirmer, en des mots qui soi-disant requièrent beaucoup d'attention, que la subjectivité, non l'objectivité -son inverse- tend à régner dans la science fait penser à ce dialogue sur les causes d'un accès de mutisme feint [751']: «"…ces vapeurs dont je vous parle venant à passer, du côté gauche, où est le foie, au côté droit, où est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin "armyan", ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec "nasmus", par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu "cubile", rencontre en son chemin lesdites vapeurs, qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites vapeurs…comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont une certaine malignité…Écoutez bien ceci, je vous conjure." "Oui." "Ont une certaine malignité, qui est causée…Soyez attentif, s'il vous plaît." "Je le suis." "Qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs…Ossabandus, nequeys, nequer, potarinum, quipsa milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette."…"On ne peut pas mieux raisonner, sans doute. Il n'y a qu'une seule chose qui m'a choqué: c'est l'endroit du foie et du cœur. Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont; que le cœur est du côté gauche, et le foie du côté droit." "Oui, cela était autrefois ainsi; mais nous avons changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle."» L'histoire semblant néanmoins être un processus presque absolument nécessaire -d'après tout ce qui a été jusqu'ici aperçu comme faits et raisons- il convient de montrer de la reconnaissance rétrospective pour les gens tombés dans l'erreur, puisque selon toute vraisemblance leur faute maintenant reconnue ayant pu être surmontée, il nous est désormais épargné de la commettre une fois de plus.

Application à Baudelaire

On s'étonne des vers ultimes et pourtant il faut comprendre que les correspondances doivent couvrir tout le domaine au sein duquel un artiste cherche l'inspiration, y compris, pour Baudelaire, le mal, puisqu'il veut montrer que certaines fleurs y croissent. En cela il ressemble à ce mémorialiste du Grand Siècle qui, osant mêler constamment le pire au meilleur, décrivait ainsi une princesse [719']-[720']: «Régulièrement laide, les joues pendantes, le front trop avancé, un nez qui ne disoit rien, de grosses lèvres mordantes, des cheveux et des sourcils châtain brun, fort bien plantés, des yeux les plus parlants et les plus beaux du monde, peu de dents et toutes pourries, dont elle parloit et se moquoit la première, le plus beau teint et la plus belle peau, peu de gorge, mais admirable, le cou long, avec un soupçon de goître qui ne lui seyoit point mal, un port de tête galant, gracieux, majestueux, et le regard de même, le sourire le plus expressif, une taille longue, ronde, menue, aisée, parfaitement coupée, une marche de déesse sur les nuées; elle plaisait au dernier point: les grâces naissoient d'elles-mêmes de tous ses pas, de toutes ses manières, et de ses discours les plus communs. Un air simple et naturel toujours, naïf assez souvent, mais assaisonné d'esprit, charmoit, avec cette aisance qui était en elle, jusqu'à la communiquer à tout ce qui l'approchoit.»