L'essai — Partie I

La vraisemblance atteinte dans l'identification des paradoxes réels ou illusoires

Cette première partie examine les paradoxes les plus voyants du sonnet Correspondances et établit les notions fondamentales de la méthode : case, butoir, bizarrerie, arbitrage, tension, et la mesure de leur vraisemblance.

Légende des blocs

Théorie — l'exposé conceptuel Méthode — les remarques de mise en œuvre Baudelaire — l'application au sonnet Correspondances
§1
Théorie

L'intuition paraît justifiée qu'une substantielle distance ou séparation entre les vocables d'un même discours, si elle agit en l'absence de tout lien formel des uns vis-à-vis des autres, en gomme les relations de sens.

Méthode

Mais par le mot “formel” nous ne voulons pas laisser entendre qu'un tel rapport, simplement indéniable et net, serait impossible dans une poésie.

Application à Baudelaire

Voyons pourtant deux passages entre lesquels rien de semblable n'existe: d'un côté «La Nature est un temple…» et par ailleurs l'énumération suivante: «…l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens…» La relation paraît moins puissante que si tous deux figuraient au sein du même premier quatrain.

§2
Théorie

Selon une deuxième intuition, si en un même discours deux chocs de sens ou paradoxes, de fond proche, se trouvent avancés, l'un présenté avec vigueur, l'autre seulement esquissé, alors le plus fermement exprimé procure au second un surcroît de force.

Méthode

Le mot “paradoxe”, dans la perspective ici adoptée, s'emploie d'après l'acception la plus étendue. Cependant il faut reconnaître son ambiguïté, du fait qu'on l'utilise pour des cas très dissemblables, depuis ceux où quelque opinion superficielle se trouve combattue jusqu'à d'autres relatifs aux dangers que rencontre la plus exigeante logique.

Application à Baudelaire

Affirmer l'encens corrompu, avec les derniers vers du sonnet, offre un paradoxe, car les prêtres qui l'emploient adoptent une vue contraire. Quant au recueil de poèmes "les Fleurs du mal", où „Correspondances“ figure comme la quatrième pièce, il fournit par son titre même un choc de sens, puisqu'on imagine d'ordinaire les fleurs pures, alors que le mal se représente du côté de la corruption.

§3
Théorie

L'étude ici menée a pour but de clarifier les deux intuitions qui viennent de se voir décrites, en précisant leur contenu.

Méthode

Pourtant nous avons tardé à les obtenir. Ainsi en parler comme de bases constitue simplement un artifice utile pour indiquer notre objectif. Trois perspectives viennent rendre utilisables ces deux conceptions: mesurer des phénomènes textuels et le faire en imitant la méthode expérimentale, tout comme le calcul des probabilités.

Application à Baudelaire

Le poème se montrant riche de nombreux paradoxes et, simultanément, animé par le souci d'éviter la multiplication des rapports formels, il offre des conditions favorables pour l'examen de nos aperçus élémentaires.

§4
Théorie

Une signification est une idée que note une marque, cette dernière constituant le symbole qui la fait reconnaître. La signification d'ajout numérique, par exemple, se note par le mot “plus” ou encore au moyen de (+). Tout symbole dit une signification et il désigne la règle ou l'objet, dont l'idée se trouve avec lui représentée.

Méthode

L'emploi courant du langage n'invite guère à saisir les différences entre l'objet, l'idée de l'objet et le mot par lequel est indiquée cette idée. Moins nuisible mais encore légèrement floue s'avère la conception du mot -ou symbole- comme renfermant la signification, car tout au contraire il n'en forme qu'une marque.

Application à Baudelaire

«Nature» dans le poème ne consiste pas en l'idée de la nature comme signification et pas non plus en la nature même, qui est un objet. «Nature» est un mot écrit avec une majuscule à l'initiale, tandis qu'il se trouve seulement le deuxième vocable de la phrase qui le comprend.

§5
Théorie

Un ouvrage se caractérise comme un ensemble de mots ou plus généralement de symboles, placés les uns à côté des autres dans l'espace ou les uns après les autres dans le temps. Ils doivent leur agencement au hasard, à une tradition ou encore à un dessein bien médité.

Méthode

En abandonnant, à leurs nombreuses combinaisons possibles, quelques milliers de segments verbaux choisis pour leur caractère ambigu, on se fie au hasard pour laisser devant chacun se composer un ouvrage piquant, dont nul d'abord n'a, en détail, identifié le pouvoir de signification [817].

Application à Baudelaire

Au contraire l'auteur de „Correspondances“ ne voulut offrir aux manœuvres d'autrui que fort peu de place, donnant le sonnet immédiatement pour 1857, avec le recueil entier où il parut [662].

§6
Théorie

Un texte consiste dans un ouvrage -aussi bien qu'en chacune des parties de lui- possédant une signification qui a été considérée par quelqu'un, auteur ou éditeur notamment, ayant eu la possibilité de la modifier. C'est là un créateur du texte et, de plus, la perspective qu'à un texte identique puisse revenir un grand nombre de tels créateurs ne se montre aucunement fermée. Pour ce qui est du moment de la création, il convient de le nommer l'origine.

Méthode

Tout cela requiert une volonté qui préside à la formation du résultat et, en particulier, un énoncé paradoxal ne devra se voir ainsi examiné que dans la certitude qu'une pensée l'a voulu. Dans le cas opposé son caractère semble tout autre, même s'il peut offrir de l'intérêt, par exemple aux yeux de qui espère l'utiliser, en le pliant à ses propres idées, pour une œuvre sienne.

Application à Baudelaire

Claude Pichois ne rejette pas l'audacieuse construction de Felix Leakey imaginant deux étapes dans la genèse du poème: Baudelaire aurait d'abord écrit le second quatrain avec les tercets, aux alentours de 1846, puis achevé le sonnet, au plus tôt en 1852. Néanmoins il aura bien perçu la signification de l'ensemble actuel avant sa parution [667].

§7
Théorie

Le public d'un texte rassemble tous ceux qui le reçoivent à l'issue de la période constituant son origine, ce qui n'exclut pas qu'il se réduise, parfois, à l'auteur lui-même.

Méthode

Voyons cependant un cas moins particulier: si un créateur désire choquer ceux auxquels il destine une œuvre, il se représentera l'émotion à naître de là. Voulant avancer un sens énigmatique, mais livrer de lui une clef dissimulée, il méditera tel ou tel stratagème, d'après les personnages connus de lui et, même compris avec difficulté, il aura sans nul doute réfléchi d'après la population qui allait devenir le public du texte. Enfin si l'ouvrage a eu maints contributeurs, tout au long d'une vaste période, son audience aura été, pareillement, celle de nombreuses générations. Les créateurs de „l'Iliade“, même si l'existence d'Homère paraît douteuse, furent les premiers à concevoir quelque version écrite des fameux récits contant le siège de Troie. Certains aèdes ont suivi ces transcriptions et, peu à peu, tous ont chanté d'après elles. Les assemblées attentives à leurs paroles firent ainsi le public du poème [440].

Application à Baudelaire

Quant à Baudelaire il se montra fort déçu par des lecteurs dont l'inégale compréhension paraît l'avoir surpris [630].

§8
Théorie

Un butoir se donne comme une apparence tenace utilisable pour comprendre un texte. Il en existe de trois espèces, parce qu'on les trouve parmi les idées mêmes, parmi les règles assurant la maîtrise de la signification et parmi les objets. Une définition relative à ce que dit un énoncé appartient à la première sorte, dès lors qu'elle se montre certaine pour le texte considéré. Une règle de grammaire qui s'applique indiscutablement à tels de ses mots ressortit au deuxième type. Enfin une feuille d'arbre décrite par lui et dont la vue sert nettement à le mieux comprendre s'avère de la troisième catégorie. Le niveau d'abstraction en tout cela possède une grande variabilité.

Méthode

La „Métaphysique“ d'Aristote présente la règle proscrivant de tenir pour simultanément vrais deux propos contradictoires du même discours [33]. Euclide, par ailleurs, dans les „Éléments“, traite d'un objet, le triangle, fait de côtés pourvus de cette propriété que sur l'ensemble, toujours, la somme de deux quelconques parmi eux se voit plus grande que le dernier [386].

Application à Baudelaire

Dans „Correspondances“ le cinquième vers évoquant de longs échos désigne des objets que l'on peut aisément consulter encore aujourd'hui. Pour ce qui touche maintenant aux règles d'emploi de la signification, les deux vers de commencement se présentent ainsi: «La Nature est un temple où de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles…» Et la grammaire commande que l'on accepte «où» comme le représentant de «temple».

§9
Théorie

Une bizarrerie n'est rien d'autre qu'une signification offrant au public du texte, où elle se trouve dite, une grave difficulté ou provocation à l'étonnement, impossible à surmonter, en usant d'une quelconque référence à un butoir.

Méthode

En parlant de “bizarrerie” plutôt que de “paradoxe”, nous évitons de faire penser à quelque insoluble problème mathématique ou logique.

Application à Baudelaire

Le texte de Baudelaire fourmille d'étranges idées: il évoque une "Nature-temple", de vivants piliers au discours confus, un ensemble de symboles qui observent, la conversation des parfums, couleurs et sons, la corruption de l'encens et le chant de senteurs enivrantes.

§10
Théorie

On se représente le domaine des faits concernant la signification d'un texte comme formé d'un côté par les butoirs et, de l'autre, par les non-butoirs ou pics. On a beau s'expliquer sur ces derniers, le gain est nul: leur apparence ne s'avère pas assez puissante pour amener par le simple discours chacun à se conduire comme s'ils existaient.

Méthode

Gottlob Frege doutait que la dénomination “Ulysse” puisse renvoyer à quelqu'un et, de même, Bertrand Russell déclarait qu'en logique il est impossible d'admettre l'existence des licornes [400]-[884]. Platon cependant avait aperçu le danger que l'on court à épouser la conception de son temps qui sur ce point précis paraît semblable à celle des auteurs cités à l'instant, puisque si l'on dénie la profondeur aux assertions relatives à une apparence trop légère, il faut encore pour cela que celle-ci existe, ce qui amène que [753]: «…le non être est, sous un certain rapport…»

Application à Baudelaire

Si l'on doit reconnaître à un pic l'avantage de constituer un objet, il diffère cependant beaucoup d'un butoir. L'examen des textes concernant Ulysse ou des êtres fabuleux pourra le montrer. En particulier un pic ne se laisse pas identifier, pratiquement, de façon unique, serait-elle fort simple, par le public du texte où il se trouve désigné. Comment, par exemple, celui de „Correspondances“ aurait-il pu saisir nettement et d'une seule façon, l'acte de répondre, tel que l'évoque le huitième vers: «…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent»?

§11
Théorie

Juger consiste à fournir une signification qui, elle-même, se présente comme une prise de parti sur quelque idée ou signification et une proposition en vient, dont le symbole global constitue la formule [stoïciens]. Elle s'avère directe dès lors qu'en elle quatre groupes de symboles disent chacun une signification: un premier pour une relation, un deuxième pour la prise de parti affirmative ou négative, le reste devant être décrit comme les membres de la formule, pour des notions toutes deux relatives au même texte.

Méthode

Il est possible d'imaginer mille relations entre deux significations d'une œuvre identique. Par exemple: “être plus importante que”. Dans un tel cas les membres ne se montreraient pas interchangeables au sein de la formule directe.

Application à Baudelaire

Considérons la proposition suivante: “oui la signification de "Nature" est plus importante que celle de "temple"»”. Puis celle-ci: “non la signification de "Nature" n'est pas plus importante que celle de "temple"”. Les membres «Nature» et «temple», pour les deux énoncés, concernent le même texte, la relation se ramène à une signification et la prise de parti s'exerce. Les formules par conséquent sont directes.

§12
Théorie

Une case se présente comme un mot isolé, d'un texte unique, donné à un seul endroit de lui-même. Si un mot revient c'est donc une case nouvelle, chaque fois.

Méthode

Au huitième vers du poème apparaît le mot «parfums», lequel revient au neuvième vers, sans différence de signification capitale. Cependant peu importe: les cases ne doivent pas être confondues.

Application à Baudelaire

La réalité du mot isolé, au plan intuitif, échappe à peu de gens et, d'après l'avis de Roman Jakobson, même les connaisseurs en matière langage ont tout intérêt à ne jamais la négliger [466]. Du reste les nombreux dictionnaires établis pour diverses langues témoignent assez, par leur existence comme par leur ordre, que l'isolement des mots dans un premier temps respecte la meilleure méthode analytique touchant le discours.

§13
Théorie

Un arbitrage n'est rien d'autre qu'une proposition de formule directe, telle aussi qu'aucun de ses membres ne constitue par lui-même une formule. En outre ils doivent être composés exclusivement de cases ou d'ensembles de cases, cela sans répétition du tout: ni dans un membre ni dans l'autre. La relation ou trait, de symbole (–), y concerne l'association et la dissociation des idées. Combinée avec l'affirmation, de symbole (b), pour b(…–…), elle se comprend de la manière suivante: “si l'on veut appréhender au moyen du texte la pensée de son créateur plus finement qu'en observant qu'y sont dites ensemble la signification de…et celle de…alors il faut les associer, plutôt que les dissocier”. Combinée avec la négation, de symbole (d), en d(…–…), la relation se conçoit de la sorte: “qui veut entendre le texte au point de vue créatif mieux qu'en saisissant comme juste données ensemble la signification de…et celle de…est conduit à les dissocier, plutôt qu'à les associer”. Ou encore il suffit de permuter “associer” dans l'une des formules avec “dissocier” pour obtenir l'essentiel de l'autre.

Méthode

Voici deux exemples d'arbitrage: b(Nature–temple), d(Nature–temple). Pour chacun se pose le problème de sa vérité, mais dans le débat sur ce point l'avantage consiste à ne pas déjà supporter le souci d'interprétations difficiles du texte, qu'on aurait l'illusion de voir comme deux significations dites par lui et indiscutablement présentes pour le créateur. À l'inverse on doit, en partant des cases, procéder à l'examen le plus élémentaire.

Application à Baudelaire

Les arbitrages, du fait de leur simplicité, ressemblent à ce qu'Algirdas Julien Greimas nommait les jonctions [422]. On reste proche, mais sous un autre rapport, des conceptions de Willard van Orman Quine définissant la proposition comme une signification [822]. Aristote avait aussi remarqué sa différence avec toute autre, en avançant qu'uniquement le discours dans lequel se tient le vrai ou le faux constitue non seulement une signification, mais une proposition [22]. La faire porter, avec méthode, sur des vues que, peut-être, aucun butoir ne gage, permet un examen de la poésie même.

§14
Théorie

L'ordre dans lequel sont écrits les membres d'un arbitrage n'offre aucune importance et, au fond, entre une telle proposition et sa réciproque, il n'existe comme différence rien de notable.

Méthode

Simplement il s'avère avantageux quelquefois de penser à une lecture qui décourage l'erreur, en particulier la confusion entre l'arbitrage, l'attribution ou son refus.

Application à Baudelaire

La formule b(corrompus–temple) ne dit pas l'idée que le temple se montre corrompu, de sorte que b(temple–corrompus) donne le même sens qu'elle. Ou encore b(Nature–temple) ne diffère pas de b(temple–Nature), sinon pour la présentation. En revanche “les chiens sont des mammifères” ne possède pas du tout la même signification que “les mammifères sont des chiens”. Certes l'attribution autorise souvent l'arbitrage positif, en b, mais elle ne s'identifie nullement à lui pour autant. Il faut juste la guetter pour qu'elle puisse nous procurer diverses intuitions que l'analyse pourra utiliser ensuite.

§15
Théorie

Les deux significations entre lesquelles le trait s'exerce constituent les termes de l'arbitrage.

Méthode

Ainsi les membres ne nous intéressent pas comme tels, puisque des notions, uniquement, se trouvent concernées.

Application à Baudelaire

Alors ne connaissant ni association ni dissociation d'arbitrage, deux mots, parmi ceux d'un texte, ne font jamais, par exemple avec b(corrompus–temple), ce sur quoi porte ici le jugement.

§16
Théorie

Deux termes presque synonymes n'ont rien d'interchangeable dans les arbitrages auxquels ils participent, en raison de la situation différente au sein du même texte des cases qui les disent.

Méthode

On trouve parfois cette affirmation qu'il n'existe pas de synonymes. Néanmoins il y a des proximités frappantes. Donc le motif du principe considéré ne vient pas de cette affaire.

Application à Baudelaire

Prétendre que b(répondent–parfums), puis accepter b(Correspondances–parfums), tout en ayant négligé l'obstacle du passage d'un point à l'autre, n'irait pas sans légèreté. Certes la racine commune à «Correspondances» et à «répondent», ainsi que la signification d'ensemble du texte, rendent le parallèle inévitable, mais l'identification demeure injustifiée, parce qu'ainsi donnés, l'un en titre, l'autre au huitième vers, les termes voient leurs différences, pourtant restreintes, mises en relief.

§17
Théorie

Les supports constituent les faits, au grand complet, qui, accompagnant un texte sans ressortir aux symboles, permettent l'usage de significations diverses pour méditer à son propos: bases de calembours, allitérations, assonances, rimes, qualité remarquable du papier ou de l'encre, disposition graphique particulière, ton spécial de la voix, silences étranges et ainsi de suite. Les arbitrages n'ayant comme membres que des cases ou ensembles de cases, ils n'autorisent aucunement la description d'un support.

Méthode

L'incertitude paraît considérable quant aux desseins des créateurs vis-à-vis de tels modes expressifs, à moins de témoignages remontant à l'origine.

Application à Baudelaire

Citons divers cas, pêle-mêle: il s'avère impossible de parler, sans heurter la raison, de significations nées avec la répétition des “en” et “an” qui clôt le poème, quand l'auteur évoque les parfums «…Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,/Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.» Quelle signification aussi reconnaître au N de «Nature»? Est-ce le monde ou une divinité que le symbole désigne ou, puisque l'homme y passe, une femme? Que sont alors les vivants piliers? Songeons aux vers suivants [669]-[[1132]]: «Elle éblouit comme l'Aurore/Et console comme la Nuit…//Ô métamorphose mystique/De tous mes sens fondus en un!/Son haleine fait la musique,/Comme sa voix fait le parfum.» Nerval écrivait avec gravité [551]: «Une femme divinisée, mère, épouse ou amante…» Par ailleurs Michel Quesnel déclare que les «hautbois» seraient les “haut bois” des forêts de symboles [820]. La délicatesse des chairs enfantines se voit décrite par le neuvième vers qui commence par «Il est». S'agit-il de lait? Également il demeure possible de représenter «encens» par “en sang” et «benjoin» par “bain joint”, ce qui, en tout, donnerait les idées du lait, du sang et de l'eau. Finalement pourquoi ne pas lire «…les transports de l'esprit et des sens» comme “…les transes, ports de laits pris et des sangs”, ainsi que «symboles» comme “seins-bols”, pour ensuite unir ces multiples vues? Nous abandonnons provisoirement tout cela, aussi bien que l'interprétation des rimes, pourtant réputée moins dangereuse.

§18
Théorie

Les exemples que l'on trouve, relativement aux idées obtenues de par un texte, constituent ses illustrations, mais les arbitrages ne sauraient en traiter puisque leurs membres ne peuvent comprendre que des cases prises dans l'œuvre même.

Méthode

Néanmoins l'attention se trouve fréquemment poussée à relier certains arbitrages et diverses illustrations, de sorte qu'il faut bien connaître les principales.

Application à Baudelaire

Juste avant „Correspondances“, au sein du même recueil, figure „Élévation“ de thème platonicien [486]- [732]-[[1031]]. Symétriquement, juste après, on lit une pièce dont les deux vers initiaux résonnent de la manière suivante [[1063]]: «J'aime le souvenir de ces époques nues,/Dont le soleil se plaît à dorer les statues.» Alors envisager pour „Correspondances“ une référence grecque s'avère défendable. De là vient l'image d'un lieu sacré où de vivants piliers auraient offert des mots étranges: «…Dodone aux chênes parlants…» selon l'expression d'Ovide [565]. Pour honorer Zeus, un sanctuaire avait été fondé là et un prophète se chargeait d'y interpréter le bruit des feuillages, par où le dieu était alors censé rendre des oracles [486]-[487]: «…de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles…» Edgar Poe, dont Baudelaire se fit le traducteur, écrivait [796]: «…de saintes, saintes choses ont été entendues jadis par les sombres feuilles qui tremblaient autour de Dodone…» Le poète pouvait aussi penser à l'Afrique partiellement aperçue de lui et dont Chateaubriand voyait les forêts comme modèle des temples [192]- [628]-[668]-[[1127]]-[[1129]]. Baudelaire fut un enthousiaste de cet auteur. Il pouvait, fort intéressé par l'Amérique aussi, avoir les croyances du Nouveau Monde à l'esprit. Antoine Adam note par ailleurs qu'Esquiros, l'ami du poète, compare le monde au temple d'Isis ou à quelque forêt [8]-[663]-[810]. Nerval, si respectueux de l'Antiquité, demande [549]: «Reconnais-tu le Temple au péristyle immense…» Peu éloigné en cela de Baudelaire il déclare [554]«Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps…» et sa perspective peut même se transformer pour laisser concevoir le temple du réel comme incréé, ce qui apparaît en un vers au moins [548]: «Le dieu manque à l'autel, où je suis la victime…» Le temple bâti par Salomon offrirait une bien différente illustration. Selon la Bible le roi déclare au maître de Tyr [116]: «…ordonne que l'on coupe des cèdres du Liban.» Le récit a comme suite [117]: «…Hiram livrait à Salomon des bois de cèdre et des bois de cyprès…» Le temple prit forme sous la direction du roi [118]: «Il bâtit la Maison et l'acheva, puis il plafonna la Maison avec des moulures et des panneaux de cèdre. Il bâtit la galerie tout contre la Maison. Elle avait une hauteur de cinq coudées et elle était rattachée à la Maison par des bois de cèdre.» Mais le reste de l'épisode convient peu, car l'image du "monde-temple- forêt" en naîtrait avec peine [119]: «Puis Salomon revêtit d'or fin l'intérieur de la Maison…» A moins qu'on se tourne vers un nouveau passage [120]«…il bâtit la cour intérieure: trois rangées de pierres de taille et une rangée de plaques de cèdre.» La Bible, outre cela, fournit encore un thème traditionnel que Baudelaire a pu facilement connaître, celui de la joie ressentie par la nature [123]-[133]: «Qu'en même temps les arbres de la forêt poussent des acclamations…» De toute façon Claude Pichois amène chacun à regarder une autre référence majeure, celle d'une phrase de Chateaubriand [193]-[668]: «Les forêts des Gaules ont passé à leur tour dans les temples de nos pères…» Le thème captivait les esprits à l'époque. Balzac suggérait un paysage ainsi [73]: «…une longue allée de forêt semblable à quelque nef de cathédrale, où les arbres sont des piliers, où leurs branches forment les arceaux de la voûte, au bout de laquelle une clairière lointaine aux jours mélangés d'ombres ou nuancés par les teintes rouges du couchant point à travers les feuilles et montre comme les vitraux coloriés d'un chœur plein d'oiseaux qui chantent.» Enfin l'idée touche aussi la pensée de Vigny, parlant alors des colonnes de la forêt ou encore des encensoirs formés par les fleurs [964]. Quant aux réflexions de Baudelaire concernant la portée de telles images, Claude Pichois invite ses lecteurs à réserver quelque attention à une lettre où le poète se gausse des fantaisies dont certains l'ont cru victime, tout en exprimant son intérêt pour une rêverie souveraine [637]-[668]-[[1126]]-[[1128]]: «…vous me demandez des vers pour votre petit volume, des vers sur la "Nature", n'est-ce pas? sur les bois, les grands chênes, la verdure, les insectes, -le soleil sans doute? Mais, vous savez bien que je suis incapable de m'attendrir sur les végétaux…Je ne croirai jamais que "l'âme des Dieux habite dans les plantes", et quand même elle y habiterait, je m'en soucierais médiocrement, et considérerais la mienne comme d'un bien plus haut prix que celle des légumes sanctifiés…Dans le fond des bois, enfermé sous ces voûtes semblables à celles des sacristies et des cathédrales, je pense à nos étonnantes villes, et la prodigieuse musique qui roule sur les sommets me semble la traduction des lamentations humaines.»

§19
Théorie

Il s'avère impossible avec les seuls arbitrages d'aider à saisir les sources d'un texte, puisque nous devrions utiliser, pour cela, des mots extérieurs à lui, empruntés notamment aux œuvres vues comme ayant été reprises. Il en va de même concernant l'examen de ce que le créateur a développé comme idées durant sa vie ou l'enquête sur les circonstances où sa réflexion est à situer, car au moins il faudrait recourir à des noms propres, tandis que les formules d'arbitrage ne comprennent en leurs membres que des cases du texte analysé.

Méthode

Pour de multiples époques nous attribuons communément, quelques siècles après, telles idées très vite répandues à des auteurs particuliers, mais cela ne condamne aucunement la recherche des sources, à condition de ne pas hésiter, le cas échéant, à regarder celles contemporaines d'une œuvre comme autant de témoignages sur l'ambiance du moment, au lieu de les voir comme des matériaux que les auteurs les mieux reconnus auraient précisément réutilisés. Dans cette perspective se trouve réduite à néant la spéculation discréditant la notion de source, laquelle amènerait, presque inévitablement, à négliger d'importants arbitrages.

Application à Baudelaire

A titre privé, surtout, Baudelaire semble avoir beaucoup joué avec les notions et, même, il pouvait le faire avec son patronyme qui, une fois reconsidéré comme substantif, désigne une sorte d'épée courbe [496]-[590]-[[1114]]. Passionné de rapprochements poétiques, il a pu, comme l'observe Antoine Adam, connaître les intuitions de Schelling reprises par Madame de Staël [8]-[934]: «Qu'y a-t-il de plus étonnant, par exemple, que le rapport des sons et des formes, des sons et des couleurs?» Le poète devait en outre s'intéresser à mille courants de la pensée la plus exaltée, aussi est-il souvent admis que Baudelaire connaissait en 1857 certaines des vagues conceptions de Swedenborg, Maistre, Wronski et Alphonse Louis Constant [8]-[377]-[662]. Marc Eigeldinger note [7]-[378]-[663]: «Le mérite revient à Jacques Crépet d'avoir signalé que le poème, "Les Correspondances", qui figure dans "Les Trois Harmonies" (1845) de l'abbé Constant pouvait être considéré comme une des sources du sonnet des "Correspondances".» Aucune certitude n'existant à cet égard, il cite une partie du texte afin de servir une réflexion que nulle apparence décisive à cet égard ne marque: «Formé de visibles paroles,/Ce monde est le songe de Dieu;/Son verbe en choisit les symboles,/L'esprit les remplit de son feu.» Puis: «Rien n'est muet dans la nature/Pour qui sait en suivre les lois:/Les astres ont une écriture,/Les fleurs des champs ont une voix,/Verbe éclatant dans les nuits sombres,/Mots rigoureux comme des nombres.» Claude Pichois insiste sur les deux significations imaginées pour le vocable “correspondance” [666]. D'un côté se trouve celle concernant les relations entre objets de la nature: «…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.» Par ailleurs celle qui touche aux rapports entre le surnaturel et le monde: «La Nature est un temple…» Identiquement, Baudelaire parle, dans une lettre, de «"l'analogie universelle"» et de «la "correspondance"» [10]-[612]- [640]. Il ajoute [379]-[641]: «…la Nature est un "verbe", une allégorie, un moule, un "repoussé"…» image voisine de celles aimées d'écrivains qu'il cite volontiers, comme Hoffmann [9]-[12]-[439]-[607]-[693]: «…je trouve une analogie et une réunion intime entre les couleurs, les sons et les parfums. Il me semble que toutes ces choses ont été engendrées par un même rayon de lumière, et qu'elles doivent se réunir dans un merveilleux concert. L'odeur des soucis bruns et rouges produit surtout un effet magique sur ma personne. Elle me fait tomber dans une profonde rêverie, et j'entends alors comme dans le lointain les sons graves et profonds du hautbois.» De même qu'il en use avec Jean Pommier concernant le passage précédent, Claude Pichois salue Felix Leakey pour avoir fait méditer une page où Nerval écrit [553]-[662]- [664]: «Tout vit, tout agit, tout se correspond…» Un passage de Balzac donne l'autre côté de cette perspective [61]: «D'après les aveux et les manifestations de tous les somnambules, cet état constitue une vie délicieuse pendant laquelle l'être intérieur, dégagé de toutes les entraves apportées à l'exercice de ses facultés par la nature visible, se promène dans le monde que nous nommons invisible à tort. La vue et l'ouïe s'exercent alors d'une manière plus parfaite que dans l'état dit "de veille", et peut-être sans le secours des organes qui sont la gaine de ces épées lumineuses appelées la vue et l'ouïe!» Citant Sainte- Beuve pour une remarque de 1846, Léon Cellier souligne, indirectement, la connaissance profonde qu'avait Baudelaire des romans balzaciens [180]: «J'ai vu mon petit ami libertin, qui m'a dit les choses les plus étranges en littérature et en poésie, mais spirituel, et qui m'ouvre des jours sur les générations survenantes. Il raffole de Balzac et m'en donne une théorie très amusante, et qui a cela de précieux pour moi qu'elle est bien au point de vue de cet auteur, et qu'elle me le fait comprendre.» En risquant un léger malentendu, beaucoup ont voulu souligner ce que notait Gautier quant à l'effet du haschisch sur l'esprit [409]: «…les sons…jaillissaient bleus et rouges…» Il écrivait ailleurs, sans référence aux stupéfiants cette fois [404]: «…je découvre des affinités et des sympathies merveilleuses, j'entends la langue des roses…» Peut-être celle que Baudelaire a évoquée ainsi [[1034]]: «…Le langage des fleurs et des choses muettes!» Inspiré par Edgar Poe il déclarait [685]: «L'Imagination est une faculté quasi divine qui perçoit… les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies.» Plus avant il notait dans la même étude [486]-[665]-[686]: «C'est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel.» Poe quant à lui écrivait [8]-[665]-[792]: «Le monde matériel…est plein d'analogies exactes avec l'immatériel…» Il rêvait à [795]«…cette "Analogie", dont l'éloquence, irrécusable pour l'imagination, ne dit rien à la raison infirme et solitaire…» Il pensait également pouvoir décrire ainsi le fondement du monde [793]: «Cette matière est Dieu.» Plusieurs écrivains de la Renaissance ont éventuellement assuré la transmission de ces vues, mais il est douteux que Baudelaire en ait reçu le plein bagage [396]. En revanche des classiques ont donné fortement de telles idées [668]. Platon racontait un mythe de la fabrication du concret par un prodigieux artisan [756]: «…le Dieu, ayant décidé de former le Monde, le plus possible à la ressemblance du plus beau des êtres intelligibles et d'un Etre parfait en tout, en a fait un Vivant unique, visible, ayant à l'intérieur de lui-même tous les Vivants qui sont par nature de même sorte que lui.» Monde curieux [761]: «…Vivant visible qui enveloppe tous les vivants visibles…» Passant du mythe pédagogique au système, Plotin médite de la sorte [781]«…les choses doivent non pas dépendre les unes des autres, mais se ressembler toutes sous quelque rapport. Et c'est peut-être le sens de ce mot connu: "L'analogie maintient tout."» Dans ce cas [782]: «Le monde n'est-il pas un dieu…» Et puis [784]: «Voilà une nature unique qui est la totalité des êtres; elle est donc un grand dieu; ou plutôt elle n'est pas un dieu déterminé, mais le dieu universel, puisqu'elle juge bon d'être toutes les choses.» Il se retourne parfois vers celui qu'il pense commenter [785]«C'est pourquoi Platon dit ces mots énigmatiques: "L'essence se morcèle à l'infini."» Le charme de ces réflexions ne saurait être nié. Chacun les goûte sans les comprendre, plongé dans leur solennelle douceur [667].

§20
Théorie

Toute prise de parti sur l'exercice du trait au sein des arbitrages constitue soit une affirmation soit une négation et chacune fait, là où elle se trouve, la position d'arbitrage. Aucune d'elles n'étant fournie, le trait ne donne plus, avec les termes, un arbitrage, mais un bâti.

Méthode

Ce dernier se présente bien comme une signification, mais ne suppose aucunement l'acte de juger.

Application à Baudelaire

Comme bâti, (Nature–temple) évite à la fois b(Nature–temple) et d(Nature–temple) pour donner, sans jugement, une idée relative aux significations «Nature» et «temple», agitées même plus librement que dans le jeu raconté par „la Vie d'Esope le Phrygien“, texte accessible à tout élève depuis la traduction de La Fontaine [383]-[483]: «…le roi fit venir d'Héliopolis certains personnages d'esprit subtil, et savants en questions énigmatiques. Il leur fit un grand régal où le Phrygien fut invité. Pendant le repas, ils proposèrent à Esope diverses choses, celle-ci entre autres. Il y a un grand temple qui est appuyé sur une colonne entourée de douze villes, chacune desquelles a trente arcs-boutants, et autour de ces arcs-boutants se promènent l'une après l'autre deux femmes, l'une blanche l'autre noire. "Il faut renvoyer, dit Esope, cette question aux petits enfants de notre pays. Le temple est le monde; la colonne, l'an; les villes, ce sont les mois; et les arcs- boutants, les jours, autour desquels se promènent alternativement le jour et la nuit."»

§21
Théorie

On se trouve devant un bâti manifeste lorsque la référence à un butoir en justifie l'existence. En particulier si une règle fait butoir pour le maniement de la signification, elle empêche tout interprète de négliger une certaine connexion entre les idées, alors que si des pics seulement l'assurent, on peut l'ignorer.

Méthode

Ainsi (répondent–esprit) et (répondent–sens) ne disposent d'aucun garant car nul témoignage n'existe d'une liaison quelconque établie par Baudelaire entre les significations examinées. Au contraire (longs–échos) s'avère manifeste, le texte offrant de quoi saisir un rapport indéniable au plan grammatical entre les termes concernés.

Application à Baudelaire

Ici l'intérêt de la signification n'est pas en cause puisqu'une idée captivante par elle-même peut très bien venir à l'esprit d'un lecteur ou d'un auditeur, concernant une expression qui n'amène pas de bâti manifeste.

§22
Théorie

La critique d'un texte se compose de ceux qui, à son propos, reconnaissent mutuellement la qualité de leurs contributions. Un arbitrage s'avère ample dès lors que cette communauté ne dispose pas des moyens de le montrer intenable.

Méthode

D'un côté si la définition du groupe des connaisseurs pour chaque domaine reste intuitive, elle n'est pour autant nullement dépourvue de fondement. Par ailleurs n'admettre que du bien étayé ne consiste pas nécessairement à demeurer au plan de la répétition.

Application à Baudelaire

Outre le champ de la nouveauté solide, se présente celui de la précision quant aux vues antérieurement proposées, ainsi reste-t-il possible de se demander si des piliers conduisant sur terre la voix du ciel ne sont pas désignés dans le poème. Il est même loisible de tenter cela en s'appuyant sur des mots parmi les plus classiques, ceux de Virgile [966]: «…le chêne, géant des futaies, dont la frondaison est chère à Jupiter, et les rouvres qui, au dire des Grecs, rendent des oracles.»

§23
Théorie

On peut considérer quant à un même bâti les positions d'après leur capacité de fournir un arbitrage ample.

Méthode

Ainsi le deuxième vers, par sa fin, rendant impossible d'accepter pour ample d(sortir– paroles), la position (b) s'avère la seule permettant l'ampleur d'arbitrage.

Application à Baudelaire

Il faut prendre garde pour cette affaire que se demander si une idée se trouve dite par un texte n'a rien de commun avec la tâche consistant à déterminer s'il présente la vérité, de sorte que se référer aux objets et règles dans un commentaire sert juste à définir la signification. Un professeur qui révise un manuel voudra en rectifier les erreurs, alors qu'un historien établissant un texte fameux en évitera toute modification, même lorsqu'un butoir y fera constater en un point de l'inexactitude.

§24
Théorie

L'orientation d'un bâti se présente comme l'ensemble des positions qui, s'exerçant sur lui, donnent un arbitrage ample.

Méthode

Pour (Nature–temple) l'orientation se restreint à (b), mais celle relative à (corrompus–temple) se compose de (b, d) car b(corrompus–encens) se montre parfaitement inévitable au vu des quatre derniers vers. Il faut ensuite relier cette première idée à ce que nous apprenons du rôle habituel de l'encens, justifiant le passage à l'image du temple, ce qui n'empêche aucunement qu'il faille aussi reconnaître de l'ampleur à d(corrompus–temple).

Application à Baudelaire

Lorsque nulle considération de butoir n'arrête la pensée, envisager deux possibilités contraires n'a rien d'exceptionnel touchant la description de significations par le moyen des arbitrages, laquelle tout à l'inverse convient fort peu aux textes de sens rigide.

§25
Théorie

Il n'existe pour un bâti que trois orientations possibles: (b), (d), (b, d). On peut, du reste, obtenir (b, d) avec un bâti manifeste. Il suffit d'avoir un texte clair, pour ce qui touche aux rapports entre termes, mais de forme interrogative par exemple. Également l'ironie ou l'hésitation autorisent une pareille issue: on sait que les termes renvoient l'un à l'autre, mais on ignore dans quel sens.

Méthode

Que l'on observe la comptine “je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout”. Le bâti (aime–je) s'avère manifeste. Cependant b(aime–je) et d(aime–je) se montrent en même façon pourvus d'ampleur. Pareillement avec le texte suivant: “les hommes sont-ils des bêtes?” Pour (hommes–bêtes), clairement visible, on obtient l'ampleur à la fois de b(hommes–bêtes) et de d(hommes–bêtes). Soit enfin une scène de comédie avec un personnage déclarant à son bruyant voisin: “tu m'as fait plaisir en me jouant la sérénade toute la nuit”. Le bâti (plaisir–m') étant manifeste, il faudra pourtant accepter l'ampleur de chacun des arbitrages issus de lui.

Application à Baudelaire

Hélas maintes difficultés demeurent. Doit-on se prétendre certain que Baudelaire, avançant au début d'un sonnet «La Nature est un temple…» pour évoquer ensuite la corruption de l'encens, n'établissait aucun rapport entre les deux passages? On en rira de bon cœur. Quant au fond, maintenant, l'idée anime l'épisode biblique des marchands chassés du temple [126]-[145]«Il est écrit: Ma maison sera appelée maison de prière; et vous en faites un antre de bandits.» Mais à côté du thème relatif au lieu sacré un jour profané, on trouve dans la Bible celui du sanctuaire qui dès le départ est frappé de corruption [121]: «Il advint, au temps de la vieillesse de Salomon, que ses femmes entraînèrent son cœur à la suite d'autres dieux et son cœur ne fut plus tout entier avec Iahvé, son Dieu, comme l'avait été le cœur de David, son père. Salomon alla donc à la suite de Astoréth, divinité des Sidoniens, et à la suite de Milcom, abomination des Ammonites. Salomon fit ce qui est mal aux yeux de Iahvé et il ne suivit pas Iahvé sans réserve, comme avait fait David, son père. Alors Salomon bâtit, sur la montagne qui est à l'est de Jérusalem, un haut lieu pour Camos, abomination de Moab, et pour Moloch, abomination des fils d'Ammon. Il fit de même pour toutes ses femmes étrangères qui brûlaient de l'encens et sacrifiaient à leurs dieux.» On ignore, pour „Correspondances“, si le "temple-monde" a réellement été vu, par Baudelaire, comme frappé de corruption et, s'il se conforme à cette image, cela n'indique pas qu'elle a plus de rapport avec le thème du mal qui s'exerce initialement, qu'avec l'idée inverse.

§26
Théorie

Quand nul arbitrage nouveau n'est obtenu, en privant la formule d'un premier de quelque case que ce soit, il est irréductible et nous l'appelons une visée.

Méthode

De cette façon le cas b(répondent–parfums) est satisfaisant, mais nullement b(se répondent–parfums), puisque si nous ôtons la première case du membre de gauche, nous retrouvons un arbitrage. Aucune des formules qui suivent ne convient pour une visée: b(se répondent–parfums couleurs), b(se répondent–couleurs sons), b(se répondent–parfums couleurs sons). En revanche les arbitrages b(répondent–sons), b(répondent–couleurs) sont irréductibles. Quelqu'un pourrait objecter à cela qu'en supprimant des cases on altère gravement la signification et que, par exemple, d'après le poème les couleurs ne répondent pas en premier lieu à d'autres couleurs, mais plus évidemment aux parfums et aux sons. Pourtant si chacun évite les jeux gratuits, tous reconnaîtront que partir des arbitrages irréductibles n'empêche aucunement de traiter avec efficacité de la signification. Après avoir montré ainsi l'intérêt de b(répondent–parfums) et de b(répondent–couleurs), nous ferons valoir qu'il importe d'appréhender le tout de b(parfums–couleurs), b(se–répondent).

Application à Baudelaire

Il suffit que l'essentiel demeure dans les deux significations, pour les rendre utilisables ensuite à un niveau plus élevé.

§27
Théorie

Une tension est faite d'une visée décrivant une bizarrerie. On pourra noter un (r) devant la formule d'un tel arbitrage, dans le but de mieux en singulariser l'idée.

Méthode

Un créateur choque souvent le public en s'imposant à lui-même quelque violence, aussi faut-il éviter de percevoir les tensions comme se rapportant à de superficielles provocations, dans tous les cas possibles.

Application à Baudelaire

L'étrangeté de l'assertion relative à la corruption de l'encens, combinée à l'évocation de la douceur quant aux parfums de l'autre sorte, renvoie à l'impression mêlée que suggère cette strophe [[1049]]: «Voici venir les temps où vibrant sur sa tige/Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;/Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,/-Valse mélancolique et langoureux vertige!»

§28
Théorie

Concernant deux termes entre lesquels pour un même texte aucune liaison n'est assurée par référence à quelque butoir que ce soit, estimer correctement leur distance requiert de passer outre les différences entre styles, ces derniers allant du lapidaire au prolixe. Pour cela il faut considérer seulement les mots indispensables pour dire l'essentiel du sens exprimé dans l'intervalle, ce qui revient à le donner en style télégraphique. Les cases qui demeurent après cet exercice constituent les fronts et nous acceptons parmi ces derniers toutes les cases des membres de tension ample puisque leur signification ne peut que revêtir un caractère décisif, précisément celui recherché. Pour compter sans trop d'embarras les fronts, placer entre parenthèses les autres cases est judicieux, avec pour un texte oral leur mention écrite ainsi traitée.

Méthode

Depuis «répondent» jusqu'à «enfants» nous dénombrons cinq fronts: “…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent./////(Il) est (des) parfums frais comme (des) chairs (d')/////enfants…”-/// M///-Par le choix de ne traiter que des visées, nous laissons de côté certains aspects de la signification et aussi pareille chose a lieu avec le passage de ce que disent les cases dans leur ensemble à ce que les fronts uniquement portent comme sens, mais tous ces artifices ont pour but de trouver le plus important au sein des apparences examinées.

§29
Théorie

Lorsque par une visée ample on décrit une bizarrerie avec le soupçon de la concevoir fautivement, la tension présente une considérable faiblesse pour l'intuition et à l'inverse le caractère inévitable de l'étrange procure de la vigueur à une telle description. Le flottement d'une tension est une grandeur numérique permettant d'apprécier le manque de force dans la signification qu'elle revêt et on ne le définit que si elle se montre ample. De valeur minimale 1 le flottement se donne par un produit de quatre nombres, indiquant chacun des possibilités, avec ou sans coefficient. N'importe lequel de ces facteurs de flottement est comme la contrepartie d'une cause de faiblesse pour la tension étudiée.

Méthode

Certainement rb(Nature–temple) s'avère une tension ample de bonne force intuitive. En revanche rb(corrompus–temple) souffre d'une faiblesse grave malgré sa vraisemblance, point qui amène à soupçonner quelque sollicitation du texte chez ceux qui se déclareront trop sûrs de son bien-fondé.

Application à Baudelaire

Les bizarreries étant d'un côté peu compréhensibles par définition et par ailleurs ne se montrant pas surmontables au moyen de la référence à un butoir, les plus sûres elles-mêmes sont marquées par le flou, donc reconnaître aux tensions qui les décrivent un flottement minimal 1 se justifie.

§30
Théorie

Soient une pièce de monnaie et un dé. En pariant sur l'issue d'un même lancer de ces deux objets, nous en arrivons à être dépendant vis-à-vis de leur conformation et la fragilité de tout espoir quant à un sort favorable vient d'elle. Une pièce offrant 2 côtés, une des valeurs numériques contribuant à mesurer le risque couru sera 2, immanquablement; l'autre étant 6 parce que le dé présente 6 faces. Les combinaisons possibles forment la série: face-un, face-deux, face-trois, face-quatre, face-cinq, face-six, pile-un, pile-deux, pile-trois, pile-quatre, pile-cinq, pile-six. Au total nous dénombrons 12 possibilités, ((2) (6)), 2 pour la pièce, 6 pour le dé. Ainsi 12 en un tel pari fournit une contrepartie numérique de la vulnérabilité unie au souhait. Le raisonnement à propos de la signification donne quelque chose de semblable: nous multiplions les facteurs pour obtenir une mesure de la faiblesse des tensions parce que la composition des causes le justifie.

Méthode

Le motif pour lequel il paraît exclu de fonder quelque analyse des probabilités, concernant la valeur des interprétations, est que les possibilités de signification, à la différence de celles concernant la chute des pièces ou dés, ont des aspects imprévisibles. Il suffira d'une intéressante trouvaille, même discutable, pour livrer sur tel ou tel vers de „Correspondances“ une brûlante interprétation que la critique n'aura su encore cerner d'aucune manière.

Application à Baudelaire

Un épisode regardant la mise au point du calcul des probabilités en fait au contraire saisir jusque dans les plus fins détails le caractère vérifiable: Pascal et ses interlocuteurs, pensant aux conséquences de l'idée que faire double-six avec deux dés n'arrive qu'une fois sur trente-six ou ((6)(6)), voyaient d'abord chacun des six côtés de l'un pouvant aller tour à tour avec chacun des six côtés de l'autre [250]-[568].

§31
Théorie

Le nombre utilisé comme facteur de flottement se voit écrit entre parenthèses précédé par une lettre qui en indique l'espèce, comme pour t(2). On placera encore, si on veut, un tel symbole avant la formule de tension pour laquelle il se justifie. Les facteurs avec leur signe constituent le rang (t); l'oscillation du terme dit par le membre de gauche (m); celle que l'autre terme peut fournir (w); enfin l'éloignement intérieur (s).

Méthode

Le flottement apparaît en définitive comme le produit (tsmw), avec par exemple t(2)s(1)m(2)w(1) =4 ou ((2)(1)(2)(1))=4.

Application à Baudelaire

Il ne faut pas supposer intenable de traiter numériquement de facettes limitées de la pensée baudelairienne, par une méthode inconnue de l'auteur, en son détail. Il ne s'agit pas ici d'effectuer une communion en esprit avec le poète, mais seulement d'obtenir une description bien circonscrite de certains aspects offerts par le texte. Point n'est besoin d'imaginer de la part de Baudelaire quelque maniement que ce soit des notions d'arbitrage, de tension ou de flottement. Lorsqu'un grammairien parle des suffixes dans „l'Iliade“, la critique n'argue nullement que dans la période où l'œuvre est née tous ignoraient la notion exacte de suffixe, de sorte que l'étude s'avère parfaitement vaine. La poésie homérique procure de quoi percevoir des suffixes et cela ne suppose rien quant à leur éventuelle dénomination par ceux qui la créaient.

§32
Théorie

Le rang d'une tension se présente comme le nombre des positions revenant au bâti en son orientation, ce qui amène son absence pour les tensions ne fournissant pas d'ampleur, tandis qu'il s'élève à 1 et se note t(1) quand une seule position en donne.

Méthode

Il s'agit de considérer l'autre arbitrage issu du même bâti dont est dérivée la tension examinée: dès lors qu'il s'avère ample ainsi qu'elle, le rang ne saurait s'élever à 1.

Application à Baudelaire

Sans doute possible rb(corrompus–esprit) constitue bien une tension ample, mais puisque (d) s'exerçant sur (corrompus–esprit) procure un arbitrage ample, à nouveau, la tension qui s'oppose à lui pour décrire une idée choquante ne peut avoir le rang 1 d'aucune façon.

§33
Théorie

Le rang se fixe à 2 et on écrit t(2) dès lors que du même bâti deux arbitrages amples sont issus, dont la tension qui se trouve considérée.

Méthode

L'idée que fournit l'arbitrage bien rassurant, opposé à elle, se montre de même valeur, quant à l'interprétation, dès lors que le rang s'élève à 2.

Application à Baudelaire

Les tensions de cette espèce amènent dans la zone spéculative des arbitrages les plus fragiles, avec l'effet que b(corrompus–temple) paraîtra rejetable selon telle ou telle perspective. Mais la critique ne procurant nullement les moyens d'en faire voir l'absurdité, le débat ne pourra que se poursuivre. Claude Pichois montre à partir d'une remarque de Jacques Gengoux comment le poème tourne, pour ainsi parler, sur cet axe aux pôles contraires des impressions du sensuel et du sanctifié [669]-[670].

§34
Théorie

La présence d'un bâti manifeste, pour une tension, vient de l'élan intuitif de la signification décrite, l'éloignement intérieur se fixant à s(1) aussitôt que cette force des impressions en apporte la certitude.-/// M///-Le niveau 1 se justifie parce que le flottement ne peut jamais s'annuler.

Méthode

De la sorte s(1)rb(Nature –temple) s'impose, tout comme s(1)rb(observent–symboles), tandis que s(1) sera exclu pour b(observent–forêts), parce que la signification “de nombreux” paraît d'emblée claire pour «des forêts de» et que simultanément «symboles» plus proche de «qui» se relie mieux à «observent» que «forêts».

§35
Théorie

Quand n'est aucunement à reconnaître le caractère manifeste, au bâti d'une tension, trois possibilités entièrement incompatibles se présentent: “le rapport entre idées justifiant le bâti a été clairement conçu dès l'origine pour être deviné par le public”; ou bien “le créateur s'en faisait déjà une représentation vague”; ou enfin “il n'en a rien perçu et donc un tel bâti doit être renvoyé au domaine de la pure illusion”.

Méthode

Même si les polémiques touchant les mille degrés ou nuances de la pensée floue continuent de sévir, les deux cas douteux sont à distinguer.

Application à Baudelaire

Ils montrent aisément leur solidarité, bien que requérant de n'être pas confondus. Ainsi (corrompus–esprit) appartient éventuellement à l'illusion, mais il ne faut pas exclure non plus que Baudelaire y ait songé. Les transports étant ceux de l'esprit, en partie, vu que les parfums corrompus célébrent, d'après le poème, leurs effets, une association d'origine pour les idées paraît envisageable. L'auteur demandait, à propos de telles émotions peut-être [9]-[664]-[718]-[781]: «…qui n'a connu ces admirables heures, véritables fêtes du cerveau, où les sens plus attentifs perçoivent des sensations plus retentissantes, où le ciel d'un azur plus transparent s'enfonce comme un abîme plus infini, où les sons tintent musicalement, où les couleurs parlent, où les parfums racontent des mondes d'idées?»

§36
Théorie

Pour déterminer l'éloignement intérieur, lorsque manque tout bâti manifeste, on sépare dans les idées, au sein des possibilités vues à l'instant, les premières de celle qui reste. Il faut là un léger effort d'abstraction, puisque ce sont plutôt les dernières qui, toutes les deux ensemble, sont considérées avec le plus d'aisance. La valeur 2 constitue la contrepartie numérique de: “le bâti doit être deviné”, “il est flou dès l'origine”. Quant à la valeur 1, maintenant à l'écart des autres, elle mesure la troisième possibilité: “le bâti ressortit au domaine de l'illusion”. On affecte alors d'un coefficient cette valeur 1, parce que l'erreur menace d'autant plus le bâti que, dans la tension, les termes ont une séparation importante. On détermine le coefficient comme le nombre définissant au mieux le risque d'illusion: celui des fronts intercalés entre les termes, divisé par 10. Davantage s'écoulent les dizaines de fronts d'un terme à l'autre, moins le bâti paraît vraisemblable. Par conséquent (s) vaut 2+(1(n/10)) pour n fronts. La valeur 2 vient de ces deux éventualités considérées à part et 1 représente la troisième possibilité, celle de l'illusion complète, n/10 étant le coefficient attaché à cette valeur.

Méthode

Pour 30 fronts mais aucun bâti manifeste la quantité (s) prendra comme hauteur 2+(1(30/10)) ou 2+(30/10), donc (2+3)=5. Avec 5 fronts entre les termes de la tension le résultat sera 2+(1(5/10)), soit 2+(5/10) ou (2+0,5)=2,5.

Application à Baudelaire

Ainsi trouvera-t-on s(2,5)rb (corrompus–infinies), puisque (corrompus–infinies) n'est pas manifeste et qu'entre les termes en cause, cinq fronts viennent se placer. En effet il est dit que les parfums corrompus ont l'expansion des choses infinies, mais cela ne suffit aucunement pour se déclarer certain de (corrompus–infinies). De surcroît le passage visé se note commodément “Il est des parfums…corrompus,/////riches (et) triomphants, Ayant (l')expansion (des) choses/////infinies…” ce qui fait apparaître les cinq fronts justifiant le niveau 2,5 de (s).

§37
Théorie

Nous ne pouvons qu'avouer nos tâtonnements dans la détermination du coefficient. Il s'agissait d'obtenir une pondération des facteurs et, avec le rang qui varie seulement de 1 à 2, compter juste les cases, en dehors de tout autre artifice, paraissait bien peu acceptable, puisque la contribution de la distance, pour ce qui touche à l'invraisemblance des tensions, aurait alors été gravement surestimée. Ainsi les dizaines de cases faisaient mieux l'affaire. Cependant les petits mots innombrables, chez certains auteurs ou en diverses langues, se trouvent ramenés à bien peu, ailleurs: prépositions, articles ou conjonctions notamment. Il semblait donc tout indiqué de passer à quelque chose comme les fronts.

Méthode

Ces derniers diffèrent selon les discours, puisqu'un mot sans grand poids dans l'un devient en l'autre décisif. Heureusement le style télégraphique offre cet avantage qu'en fonction de ce qui est important pour tel ou tel message, les mots employés changent. Objecter que, malgré cela, de multiples variations dans le choix pourront avoir lieu, d'un télégraphiste à l'autre, paraît fondé. Mais des observations venant à bout de ces divergences paraissent envisageables. Chacun sait déjà que si la tâche lui incombe de pointer dans un texte les mots nécessaires pour la signification, il devra veiller aux circonstances qui poussent la forme à devenir le fond et, de cette manière, concernant “La navire a pris feu”, il verra l'importance de “La”. Nous devrons, par conséquent, ajouter aux fronts déterminés par l'épreuve du style télégraphique ceux venant de ce type de fantaisie d'orthographe ou de style.

Application à Baudelaire

Quant au problème de l'équilibre des facteurs, l'examiner au moyen d'un exemple se montre pareillement recommandable. Une tension du type b(répondent–chairs), sans posséder un bâti manifeste, dispose de l'ampleur. Le texte sonne comme suit: «…Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.//Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants…» S'il fallait utiliser le nombre des cases employées de «répondent» à «chairs», soit 7, la disproportion serait flagrante avec 2, contrepartie numérique du rang, qui représente donc le caractère modifiable de la position. Qu'il soit possible d'affirmer ou de nier à volonté n'est pas rien: une telle propriété affaiblit à elle seule considérablement la signification, aussi la valeur 7 donne-t-elle une mesure bien trop envahissante vis-à-vis de l'autre 2. Au contraire par le recours au coefficient proposé, un meilleur dispositif de représentation par le biais des facteurs est obtenu: la quantité 2,4 fait pendant à 2. Si le regard, maintenant, se tourne vers la poésie, le thème des chairs enfantines, évoquées dans le passage concerné, ouvre le souvenir à d'autres vers célèbres [[1054]]: «Mon enfant, ma sœur,/Songe à la douceur/D'aller là-bas vivre ensemble…» Et de Gautier citons la description suivante [405]: «…ses bras étaient nus jusqu'aux coudes, et ils sortaient d'une touffe de dentelles ronds, potelés et blancs, splendides comme de l'argent poli et d'une délicatesse de linéaments inimaginable…» Par ailleurs la douceur des chairs se voit exposée à une brutalité facile, comme celle du triomphe acquis par l'épée [144]: «…Hérode, voyant qu'il avait été moqué par les mages, se fâcha fort et envoya supprimer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les garçons de deux ans et au-dessous, selon le temps qu'il s'était fait préciser par les mages.»

§38
Théorie

Parfois un membre de la formule, qui revient à une tension, porte davantage qu'une signification, même très générale, de sorte qu'au sens menant vers la bizarrerie s'ajoutent des idées assez fortes pour servir de faux-fuyant à son égard. Le terme peut, en pareil cas, être considéré comme unissant deux sections opposées, aussi larges que possible, celle qui permet la tension étant la marche du terme, le reste constituant le palier.

Méthode

La signification figurée de «répondent» fait diversion quant à rb(répondent–parfums) et elle appartient ainsi au palier du terme pour la tension en cause.

Application à Baudelaire

Plusieurs idées, que livre un mot unique, jouent, en bien des cas, un rôle choquant et presque chaque terme doit s'envisager comme un groupe de significations, mais l'essentiel demeure, ici, qu'éventuellement certaines, parmi elles, gênent les autres, dans la réalisation d'une tension. Il faut encore prendre le soin de ne pas supposer le partage comme effectué une fois pour toutes, car, pour des chocs différents, la frontière séparant une marche d'un palier n'aboutit pas toujours à opposer deux mêmes groupes de notions.

§39
Théorie

L'ambiguïté, dans les membres de tension, fournit de quoi définir deux facteurs de flottement: l'oscillation (m) du terme dit par le membre de gauche; plus (w), celle concernant celui noté à droite. La possession d'un palier nuit toujours à la force de signification et cela justifie qu'elle contribue au flottement. La pensée, alors susceptible d'esquiver la tension, par l'équivoque de tel ou tel point dans la formule, perd le sentiment d'un choc grave.

Méthode

Comme les membres se font vis-à-vis, l'énergie de contraste apportée par chaque terme dépend de l'autre et, de là, vient que le changement de tension risque, pour le premier terme autant que pour son voisin, de modifier le rapport de la marche au palier.

Application à Baudelaire

La fréquence des contrastes dans les poésies de Baudelaire a souvent été soulignée. Jules Lemaître écrivait [98]«Oui, je crois que c'est bien là l'effort essentiel du Baudelairisme: unir toujours deux ordres de sentiments contraires…» De façon voisine Léon Cellier a vu, dans le délicat agencement d'un sens avec un second opposé, tout un pan de cet art [182]: «…les contraires sans se concilier véritablement, sont rapprochés…»

§40
Théorie

Lorsqu'un seul terme de tension possède un palier, on se trouve avec 2 possibilités: “la tension finit par se produire” ou bien “elle n'a pas lieu”. Le terme offre alors de quoi justifier un facteur de flottement égal à 2: m(2) ou w(2), selon qu'est en jeu le premier terme ou l'autre -et certes les deux à la fois peuvent également se voir mis en cause. Au contraire l'absence de palier autorise le facteur 1: m(1) ou w(1). Chaque fois il s'agit de l'oscillation des termes, laquelle peut amener au plus une valeur 4, pour m(2)w(2) et s'abaisser jusqu'à 1, avec m(1)w(1), tout cela en passant par les deux autres éventualités m(1)w(2) et m(2)w(1), donnant une valeur identique 2 selon des voies inverses.

Méthode

Une tension existant uniquement pour un texte, il en va de même pour ses oscillations.

Application à Baudelaire

Du titre «Correspondances» jusqu'à «répondent» pour m(2)rb(répondent–couleurs) se développe relativement au terme de gauche une ambiguïté discrète, la signification figurée trouvant un léger appui dans l'indéniable abstraction que suppose le titre. Baudelaire pourtant savait aller très loin quant à l'emploi du sens audacieux présenté comme immédiat au huitième vers [9]-[664]-[717]-[781]: «Il semble que cette couleur…pense par elle- même…» On a encore ce passage sur Delacroix: «…l'impression qu'on emporte de ses tableaux est souvent quasi musicale.»

§41
Théorie

Nous avons maintenant défini les quatre facteurs (t), (s), (m) et (w) du flottement. Mais à côté de la force de signification provenant du texte, décrite par les tensions amples, les influences issues d'autres chocs et subies par un premier sont encore à cerner. Envisageons, dans cette perspective, l'éloignement extérieur (c). Seulement défini pour un couple de tensions avec un terme commun et même position, il se borne à 1 dès lors qu'elles ont un bâti manifeste toutes deux et que la référence à un butoir oblige à connecter leurs idées.

Méthode

La nécessité grammaticale ou de vocabulaire possédant des bornes vite atteintes, la prudence commande le rejet de tout prétendu impératif venu de là, dès que l'évidence ne justifie pas nettement son application. Le fait, par exemple, que plusieurs termes soient de la même phrase ne suffit nullement à garantir quelque net rapport. De manière semblable deux énonciations paradoxales, voisines quant à leur présence au sein de l'espace ou du temps, peuvent ne connaître aucune relation profonde.

Application à Baudelaire

L'éloignement extérieur ne s'élève à 1 qu'en l'absence du moindre doute vis-à-vis d'une telle imbrication. Ainsi avons-nous c(1) pour rb(vivants–piliers) rb(Laissent–piliers), chaque affirmation disposant d'un bâti manifeste pour un texte disant avec force l'union des images utilisées. Au contraire l'éloignement extérieur de rb(Laissent–Nature) et rb(Laissent–piliers) n'est pas c(1), même si les vocables et la syntaxe, leur servant de cadre, mènent à penser, d'après le point de vue de l'auteur, la notion de Nature au moyen de celle d'un temple muni de piliers qui laissent s'échapper des paroles. Rien de cela n'y fait: puisque le caractère manifeste ne se montre aucunement avec la première tension, il faut rejeter c(1). Quant aux bases de la signification concernée, le thème des piliers jouissant de liberté n'implique pas celui de paroles jusque-là prisonnières. N'excluons pas que selon Baudelaire tout -paroles, Nature, symboles, fraîcheur et corruption- puisse tenter librement d'exercer une force propre. La pensée, comme pour se détendre, spécule ici fort loin des conceptions ordinaires parmi les physiciens.

§42
Théorie

Pour deux tensions disposant d'un terme commun, si quelqu'une manque d'un bâti manifeste ou lorsque aucun butoir n'assure de liaison interne aux significations décrites par elles, on a pour définir l'éloignement extérieur (c) à envisager trois possibilités: “le créateur a conçu le rapport entre les contrastes de sens pour qu'il soit deviné par le public”; ou bien “l'idée s'en montre vague dès l'origine”; ou enfin “le tout relève de l'illusion”. En saisissant de telles éventualités comme incompatibles mutuellement, on retrouve presque le schéma qui gouverne la notion d'éloignement intérieur: pour (n) fronts entre les termes non communs des tensions, la valeur de (c) atteint 2+(1(n/10)) car les deux premières possibilités restent d'un côté avec 2 pour mesure, tandis que la contrepartie numérique 1 de l'éventualité d'illusion totale se voit affectée du coefficient n/10 qui représente l'invraisemblance voyant croître ses effets avec l'augmentation de la distance qui sépare les termes.

Méthode

Avec 2 fronts de l'un à l'autre ainsi qu'avec les conditions auparavant décrites, (c) obtient 2+(1(2/10)) ou c(2,2) et, avec 25 fronts, 2+(1(25/10)), soit c(4,5).

Application à Baudelaire

Entre rb(corrompus–encens) et rb(corrompus–esprit), c(1) doit être exclu puisque la seconde tension ne dispose nullement d'un bâti manifeste. Le passage mis en cause peut s'écrire de la sorte: “Il est des parfums…corrompus, riches et triomphants, Ayant l'expansion des choses infinies, Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,/////Qui chantent (les) transports (de) (l')/////esprit et des sens.” On y compte 3 fronts entre «encens» et «esprit» -les termes distinguant les tensions- et, avec 2+(1(3/10)), l'éloignement extérieur est c(2,3).

§43
Théorie

Est souvent recherché un commentaire atténuant la description d'une grave difficulté rencontrée dans la saisie d'une œuvre. Il s'agit alors d'opérer de même vis-à-vis des tensions et comme l'exposé de cette affaire pourra sembler quelque peu lourd, mieux vaut en fournir un résumé préalable. Un joint se compose d'un couple de visées amples, de position identique, permettant de remédier en quelque façon à la perplexité qu'une tension fait surgir. Un barrage se présente comme une visée constitutive d'un joint et son existence peut être indiquée au moyen d'un (v) placé devant la formule. Une tension jouissant d'un joint et d'un bâti manifeste, lorsqu'elle se trouve à son tour utilisée comme barrage pour une autre tension, est nommée un cran. La distinction va s'effectuer alors entre les joints à cran et ceux qui en sont dépourvus. Enfin si nous disposons d'un cran, sa mention est livrée toujours en second lieu, après celle de l'autre barrage du même joint.

Méthode

Se dégager d'un problème d'interprétation par un rapprochement d'idées relève d'une pratique ordinaire depuis l'Antiquité, mais des exemples récents montrent aussi que divers procédés explicatifs fort élémentaires ont le moyen d'éviter le simplisme.

Application à Baudelaire

Claude Pichois fait voir comment Felix Leakey a proposé de porter remède à l'une des plus graves difficultés du poème, celle concernant le rôle mystérieux des choses évoquées [667]: «…les "confuses paroles" et les "regards familiers" par lesquels les objets de la Nature proposent à l'homme leurs qualités comme des "symboles" ne sont autres que les parfums, les couleurs et les sons…»

§44
Théorie

Une même tension peut recevoir plusieurs joints, parfois de type distinct: il suffit pour cela que le texte s'y prête. Dans la catégorie des joints à cran se trouvent les canevas et levées, l'autre sorte comprenant les aiguillages, abris et pinces.

Méthode

Pour le cas où de nouvelles espèces de joint seraient analysables, décrire les tours d'esprit des auteurs classiques avec beaucoup de minutie aiderait à les repérer.

Application à Baudelaire

Comme dans tout le reste, si la préoccupation à l'endroit de „Correspondances“ a fourni des moyens, elle a fait éventuellement négliger aussi certaines dispositions dans les idées.

§45
Théorie

Une pince forme un couple de visées amples pourvues d'un terme commun, absent de la tension atténuée, avec de surcroît, pour les deux, un terme d'elle, mais différent de l'une à l'autre.

Méthode

L'action d'une pince vient de la convergence d'idées qu'amènent ses barrages, du fait que vis-à-vis de rb(A–E), on dispose vb(S–E) vb(A–S).

Application à Baudelaire

Pour obtenir l'atténuation de rb(corrompus–encens) on recourt à vb(sens–encens) vb(corrompus–sens). Comme il est souvent fait état des manières dont la sensualité offre prise aux corruptions, il s'avère licite de proposer vb(corrompus–sens) et l'encens procurant des émotions physiques, rien dans vb(sens–encens) ne saurait étonner. En tout puisque le choc de signification se comprend mieux désormais, il en devient plus acceptable. Pour atténuer cette fois rb(Nature–temple), on remarque les caractères communs au monde naturel et à bien des temples: espace, ténèbres, profondeur, nuit, clarté, unité, sons, échos, parfums et couleurs. Pourquoi pas également l'ambre et l'encens puisqu'il s'agit là d'essences naturelles, jadis employées pour les offices en de nombreux cultes? User de pinces variées, pour la tension en cause, n'a donc rien d'ardu: vb(Vaste– temple) vb(Nature–Vaste), vb(profonde–temple) vb(Nature–profonde), vb(ténébreuse–temple) vb(Nature– ténébreuse), vb(nuit–temple) vb(Nature–nuit), vb(clarté–temple) vb(Nature–clarté), vb(unité–temple) vb(Nature–unité), vb(sons–temple) vb(Nature–sons), vb(échos–temple) vb(Nature–échos), vb(couleurs– temple) vb(Nature–couleurs), vb(parfums–temple) vb(Nature–parfums), vb(ambre–temple) vb(Nature– ambre), vb(encens–temple) vb(Nature–encens). Balzac écrivait [74]: «Que donne-t-on à Dieu? des parfums, de la lumière et des chants, les expressions les plus épurées de notre nature.»

§46
Théorie

Un aiguillage ressemble à une pince, mais d'un côté la tension atténuée ne présente pas la même position que les barrages et par ailleurs ces derniers n'ont aucun terme commun. Pour atténuer rd(A–E) nous donnons l'aiguillage positif vb(S–E) vb(A–L). Pour éclairer cette fois rb(A–E) par un aiguillage négatif nous usons de vd(S–E) vd(A–L).

Méthode

Imaginer un texte va permettre un exemple commode: “près des casinos, les plages offraient aux enfants un exutoire à leur énergie, en attendant pire; le jeu n'a rien d'un jeu”. La tension devra s'écrire rd(jeu¹–jeu²) et l'aiguillage positif vb(enfants–jeu²) vb(jeu¹–casinos). Une autre phrase servira pour appréhender facilement l'aiguillage négatif: “le prince savait sa force une faiblesse devant les villes autrefois prospères et les prisonniers implorant vainement son pardon”. La tension rb(force–faiblesse) s'atténue par vd(pardon–faiblesse) vd(force–prospères).

Application à Baudelaire

Vu que nulle tournure négative n'apparaît dans „Correspondances“, c'est en partant de ce qui dans le texte s'en approche le plus que fut cerné le type de l'aiguillage positif. Le onzième vers avec «autres» fournit en effet une amorce de négation, interdisant d'affirmer que pour Baudelaire la fraîcheur contient la corruption [670].

§47
Théorie

Un canevas possède un cran, bien qu'adoptant la forme d'une pince dans ce qui reste de lui et son cran est à son tour muni d'une pince. Afin d'obtenir un éclairage de rb(A–E), on emploie vb(S–E) avec rvb(A–S) en espérant qu'à son tour ce cran sera correctement atténué par vb(L–S) vb(A–L).

Méthode

Comme il dépend toujours d'une pince, le canevas ne peut jamais avoir un mérite propre.

Application à Baudelaire

Vis-à-vis de rb(corrompus–temple) on utilise vb(encens–temple) puis rvb(corrompus–encens) qui profite de vb(sens–encens) vb(corrompus–sens), pince donnant alors indirectement le profit de ses vertus au traitement de rb(corrompus–temple). Mais il ne faut pas s'imaginer que les canevas dès que souhaités accourent: si on cherche une atténuation de rb(piliers–paroles), on trouve vb(vivants–paroles) rvb(piliers– vivants) et ce cran rvb lui-même bénéficie de la pince vb(forêts–vivants) vb(piliers–forêts), de par l'image des arbres qui paraissent de vivants piliers, mais tout ce dispositif mène à l'échec vu que le détournement de signification opéré sur «forêts», en montrant pourquoi les piliers vivraient d'après l'imagination, n'arrive pas le moins du monde à traiter le problème de leur parole.

§48
Théorie

Les abris consistent en des joints dépourvus de cran et par le moyen desquels, bien loin de surmonter l'obstacle, nous l'évitons. Vis-à-vis de rb(A–E) nous mettons en place vb(S–E) vb(S–L) ou encore vb(A–S) vb(L–S), selon ce que permet le texte.

Méthode

De toute manière, l'un des barrages n'ayant plus aucun terme de la tension atténuée, l'intuition joue un rôle important pour l'emploi de ce type de joint.

Application à Baudelaire

Concernant rb(répondent–parfums¹), nous avançons, par exemple, à titre d'abri vb(Doux– parfums¹) vb(Doux–couleurs). Une des raisons pour lesquelles ces divers parfums jouissent de la faculté de répondre à d'autres objets vient de ce qu'ils apparaissent susceptibles de partager avec eux une qualité: la douceur. Une fois le principe saisi, nous lui trouvons aisément de nouvelles applications, en considérant d'autres propriétés: vb(frais–parfums¹) vb(frais–couleurs), vb(corrompus–parfums¹) vb(corrompus–couleurs), vb(riches–parfums¹) vb(riches–couleurs), vb(triomphants–parfums¹) vb(triomphants–couleurs). Partout il faut, en outre, user du terme «parfums» dit au huitième vers, même si le reste du poème lui sert d'arrière-plan.

§49
Théorie

Une levée dispose d'un cran, bien qu'elle revête par ailleurs l'aspect d'un abri. Son cran lui-même reçoit une pince, un aiguillage ou un abri. À côté de rb(A–E) on pose vb(S–E) rvb(S–L) ou encore, selon ce que le texte autorise, vb(A–S) rvb(L–S).

Méthode

Si on peut envisager, pour les œuvres les plus difficiles à interpréter, l'absence d'énigme se laissant commenter par joint, malgré cela de nombreux auteurs, désirant être compris d'autrui, ont abandonné quelques indices de leur pensée dans leurs textes, ce qui permet diverses constructions pour la retrouver.

Application à Baudelaire

Une atténuation de rb(observent–symboles) ne s'avère pas impossible, Baudelaire ayant perçu, avec l'impression chaleureuse que donne parfois la réalité physique, l'importance de ne jamais devenir un illuminé. Une levée de type vb(parfums¹–symboles) rvb(parfums¹–répondent) semble convenir. Le premier barrage se justifie parce que le musc est vu comme le symbole de la sensualité ou en ce que la rose marque l'amour. Quant au deuxième il constitue un cran, avec par exemple un abri vb(parfums¹–Doux) vb(couleurs–Doux). Les parfums qu'on suppose répondre sont imaginables comme susceptibles d'observer, or ils ont leur place dans la symbolique: voilà donc une atténuation de rb(observent–symboles). Balzac sut jouer avec les notions vertigineuses évoquées à l'instant [87]: «Là, le docteur développait de merveilleuses théories relatives aux sympathies…Selon lui… la Parole "spirituelle" nourrissait la Parole "animée"…» En un autre ouvrage, le même auteur conçut encore ces lignes [91]: «Le son est une modification de l'air; toutes les couleurs sont des modifications de la lumière; tout parfum est une combinaison d'air et de lumière…» De même [89]: «Les parfums sont des idées peut-être!»

§50
Théorie

Comparé à une levée, un canevas offre l'avantage de la présence au sein de chaque barrage d'un terme de tension. L'influence qui s'exerce, venant de la tension atténuée par le canevas et atteignant le cran de ce dernier, se voit aisément par le terme commun.

Méthode

C'est là un gage contre l'arbitraire de rapprochements dont Jules Vuillemin a souligné le risque [972].

Application à Baudelaire

Le rapport de rb(corrompus– encens) à rb(corrompus–temple) peut à cet égard servir d'exemple.

§51
Théorie

Un heurt se présente comme une tension ample, laquelle possède à cette occasion un bâti manifeste ou bénéficie d'un canevas, auquel il faut alors un cran. De surcroît la filière d'une tension ample, donc également d'un heurt, constitue l'inverse de son flottement.

Méthode

Ajouter à une filière de heurt quelque partie d'une autre fournira un moyen pour décrire le fait que la seconde tension favorise la perception de la première.

Application à Baudelaire

Ainsi la vigueur de rb(corrompus–encens) comporte d'influer sur la vue de rb(corrompus–temple).

§52
Théorie

Deux heurts font tandem dès lors que dans un canevas l'un sert de cran pour mener à tel éclairage atténuant son voisin. Dans ce cas tous deux s'octroient de par leur action mutuelle un renforcement de signification réciproque.

Méthode

Cela n'implique d'aucune façon que les pressions exercées de part et d'autre atteignent la même valeur.

Application à Baudelaire

Ainsi l'influence de rb(corrompus–encens) touchant rb(corrompus–temple) se perçoit de manière intuitive comme largement supérieure à l'effet réciproque.

§53
Théorie

L'épaulement est la contrepartie numérique d'un renforcement de signification, mesure qu'on définit seulement vis-à-vis de heurts formant à eux tout seuls un tandem. Pour chacun d'eux, avec des filières (h) et (h’), cette valeur s'appréhende comme la vraisemblance de l'autre divisée par l'éloignement extérieur, ce qui fait (h’/c) pour celui de filière (h) et (h/c) pour son voisin.

Méthode

Puisque le flottement livre une estimation sur la faiblesse de signification, du même coup la filière, son inverse, permet d'en apprécier la force. Si maintenant une influence voit son effet amoindri par l'écart entre les chocs intuitifs, la mesure de puissance initiale se trouve divisée par l'équivalent numérique de la séparation en cause.

Application à Baudelaire

On peut examiner ce que fournit rb(corrompus–encens) en sa relation d'épaulement avec rb(corrompus–temple). La filière du premier heurt s'élève à 1 au moyen de 1/(t(1)s(1)m(1)w(1)), avec t=1 parce que le texte affirme sans hésitation aucune la corruption de l'encens; s=1 grâce au bâti manifeste; m=1 de par l'expression «riches et triomphants», capable d'exclure que la signification “corrompus au plan physique” permette de passer à côté de rb(corrompus–encens); puis w=1 étant donné que la signification “éloges”, relative à «encens», est repoussée dans l'arrière-plan lointain, en raison du thème des parfums dominant le passage concerné. Entre «temple» et «encens» il faut de surcroît compter 64 fronts et donc l'éloignement extérieur s'élève à 8,4 ou 2+(1(64/10))=2+6,4. En tout l'épaulement cherché reçoit comme valeur 1/8,4=0,119 même si arrondir un tel résultat serait préférable. On peut d'un autre côté voir l'épaulement réciproque bénéficiant à rb(corrompus–encens) et venu alors de rb(corrompus–temple). Avec 1/t’s’m’w’ pour filière de ce dernier heurt on part des valeurs t’=2 en raison de la position modifiable; s’=7,3 parce qu'on trouve 53 fronts entre «temple» et «corrompus», ce qui donne 2+(1(53/10))=2+5,3=7,3; puis un peu comme avec la précédente filière m’=1; enfin w’=1 relativement à «temple» qui possède une signification excluant ici toute rivale. De cette manière t’s’m’w’=((2)(7,3)(1)(1)) ou 14,6 et la filière vaut par conséquent 1/14,6=0,068. En outre moyennant c=8,4 l'épaulement à déterminer se fixe à 0,068/8,4=0,008. L'écart des valeurs obtenues de part et d'autre 0,119 et 0,008 semble proportionné à ce qu'indique l'intuition puisque rb(corrompus–encens) a peu à recevoir d'un heurt aussi mal cerné que rb(corrompus–temple), ce qui convient pour 0,008. Tout à l'opposé rb(corrompus–temple) profite largement de rb(corrompus–encens) et une valeur 0,119 presque quinze fois plus élevée que la précédente se marie donc bien avec un pareil état de choses.

§54
Théorie

Un couple de heurts dénués de terme commun forme un bloc, dès lors que non seulement ils ont la même position et un bâti manifeste chacun, mais encore permettent ensemble, une fois un terme pris à l'un et à l'autre, d'engendrer quelque tension ample à position identique, cela sans modifier aucunement la marche des termes d'emprunt.

Méthode

Il ne faut pas exiger que davantage qu'une tension résulte de ce dispositif et pas non plus qu'il s'agisse à nouveau d'un heurt.

Application à Baudelaire

Avec rb(nuit–clarté) accompagnant rb(corrompus–encens) vient rb(corrompus–clarté). Son bâti n'est en rien manifeste, mais il ne convient aucunement de nier son ampleur avec hâte: comme la nuit symbolise à la fois le mystère et le mal, une clarté aveuglante peut, avec la hauteur d'esprit, représenter aussi la cruauté du glaive [Rep-VII-517e-/- Page 150]-[Rep-VII-518a-/-Page 150]-[667]-[821].

§55
Théorie

Une tension engendrée par un bloc, grâce à un emprunt de termes, constitue un truchement, lequel n'existe alors que vis-à-vis de l'ensemble concerné, où il permet de se rendre d'un heurt à l'autre, pour ainsi parler.

Méthode

Comme il jouit de l'ampleur, en outre, sa filière se trouve définie.

Application à Baudelaire

Avec rb(vivants– piliers) rb(répondent–parfums¹) on obtient les truchements rb(vivants–parfums¹) et rb(répondent–piliers). Les paroles pourraient sourdre après un temps de la mémoire aux piliers souterrains, appelant des souvenirs comme ceux que Baudelaire décrit ailleurs [680]: «…il est incontestable que -semblables à ces impressions fugitives et frappantes, d'autant plus frappantes dans leurs retours qu'elles sont plus fugitives, qui suivent quelquefois un symptôme extérieur, une espèce d'avertissement comme un son de cloche, une note musicale, ou un parfum oublié, et qui sont elles-mêmes suivies d'un événement semblable à un événement déjà connu et qui occupait la même place dans une chaîne antérieurement révélée, -semblables à ces singuliers rêves périodiques qui fréquentent nos sommeils,- il existe dans l'ivresse non seulement des enchaînements de rêves, mais des séries de raisonnements, qui ont besoin, pour se reproduire, du milieu qui leur a donné naissance.» Mais comme il demeure souhaitable d'éviter tout endurcissement interprétatif, on peut aussi recourir à l'évocation de ces colonnes de roche que l'activité naturelle semble animer [[1144]]: «J'ai long-temps habité sous de vastes portiques/Que les soleils marins teignaient de mille feux,/Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,/Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.//Les houles, en roulant les images des cieux,/Mêlaient d'une façon solennelle et mystique/Les tout-puissants accords de leur riche musique/Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.»

§56
Théorie

L'existence d'un bloc a cette conséquence que chaque heurt fournit à l'autre un renforcement de signification, ayant pour contrepartie numérique le relèvement, mesure s'élevant, vis-à-vis de chacun d'eux, à la filière du voisin divisée par l'éloignement intérieur du truchement qui possède le plus grand ou, s'il n'en existe qu'un seul, par le sien.

Méthode

Un autre, moindre, conviendrait peu car, eu égard aux deux idées fortement réunies, la plus invraisemblable suffit à rendre le tout suspect d'illusion, d'après le caractère qui l'affecte.

Application à Baudelaire

La filière de rb(corrompus–encens) valant elle-même 1, considérons le relèvement que rb(nuit–clarté) reçoit ainsi. D'un côté b(encens–nuit) n'a rien de tendu, car une délicate obscurité baigne fréquemment les endroits où de l'encens est brûlé, au cours d'un culte. Donc la signification de chaque terme se lie parfaitement à celle de l'autre. Par ailleurs rb(corrompus–clarté), le seul truchement du bloc, possède un éloignement intérieur de 3,8 du fait que 18 fronts en séparent les termes, de sorte que la quantité cherchée se fixe à 1/3,8=0,26.

§57
Théorie

Le réseau se présente comme une quantité seulement définie pour un heurt et rien ne le sépare de la filière si nul épaulement ou relèvement n'est reçu. Il se compose, dans un cas différent, de la somme de toutes ces mesures, à partir du moment où elles peuvent s'effectuer.

Méthode

Du reste il arrivera que le même heurt admette, venant de plusieurs autres tous différents, un épaulement ou relèvement à chaque fois. Il suffit pour le voir de penser qu'avec ses deux termes distincts tel heurt pourra donner ici un tandem et là un autre, en compagnie de heurts à significations bien distinctes, avec lesquels il partagera un terme et cependant pas le même. Touchant aux blocs, avec d'abord (A–E) (S–L) puis (A–E) (N–R), on pense facilement à un heurt de bâti (A–E) deux fois renforcé.

Application à Baudelaire

Mais il faut se préparer à l'observation de fréquentes inégalités, quant aux aptitudes montrées par les divers termes, dans l'architecture des blocs ou tandems. La répartition du vocabulaire, en mots désignant le concret et l'abstrait de façon variable, peut se trouver utilement examinée dans cette affaire. Ainsi «corrompus» permet d'imaginer plusieurs tensions amples, mais pas «encens». On risquerait pourtant l'illusion à croire l'un plus important que son vis-à-vis, car le second terme autorisant rb(corrompus–encens), on aperçoit aisément tout ce que le premier perdrait de sa disposition à choquer, une fois lui enlevé.

§58
Théorie

Il nous faudrait, afin de sonder la valeur des notions présentées jusqu'ici, accepter qu'au moyen du texte d'étude nous envisagions, les concernant, quelques épreuves. Dans le but d'éviter le scrupule d'avoir porté atteinte à une poésie, nous garderons présente à l'esprit cette réflexion que tout au contraire choisir telle œuvre plutôt qu'une autre, dans ce genre d'essai, vient de ce qu'elle captive la réflexion et que de cette manière, le procédé l'honore. Quant aux imitations du sonnet qu'un pareil exercice demande, nous les tiendrons sans hésiter pour de tristes à-côtés, aux maladresses clairement distinctes des qualités de l'original.

Méthode

En apparence il demeure possible d'objecter à une pareille argumentation que jamais un ouvrage n'est choisi parmi d'autres simplement parce que tous en connaissent les vertus: cela supposerait que l'étude fût déjà menée. Il est usuel de soutenir que l'identification du mérite échoit aux usages, ce qui mène à s'intéresser en premier lieu à un texte du fait de la célébrité qui lui est acquise. Pourtant si elle dure, le motif en revient aux ressources de l'œuvre, de sorte qu'en faire l'analyse ne va guère sans l'honorer.

Application à Baudelaire

Avant de limiter notre choix à un seul poème, nous avions prêté quelque attention à des pages fort variées. Diverses contraintes relatives au sens de plusieurs ont poussé à leur abandon et la richesse des récentes éditions annotées de „Correspondances“ a conduit vers les actuels propos.

§59
Théorie

Les essais porteront sur quelque supposition générale concernant les heurts et une justification, bien modeste il faut le concéder, devrait s'en dégager.

Méthode

Comme des apparences naissent de la signification dite par un texte, entreprendre une série d'épreuves sur le type de leur agencement paraît défendable. Divers aspects de „Correspondances“ pourraient fournir l'occasion de ce genre d'examen, ceux permettant la survenue des heurts en tout premier lieu.

Application à Baudelaire

Il convient d'adapter à cette démarche une conception tellement ordinaire qu'on en ignore le véritable auteur et qui, de plus, est boiteuse bien qu'inégalée. Lorsqu'on suppose une certaine justesse à diverses propositions intuitives concernant des apparences, on réalise une description de leurs qualités, mais souvent lui échappent de nombreux cas relatifs au futur éventuel, ce qui la rend peu commode quand il faut agir. Prenant malgré tout appui sur elle on réexamine les impressions d'abord vues, les précisant assez pour en fournir des contreparties numériques fondées, en sorte que de telles mesures permettent d'énoncer une supposition générale sur les plus évidents parmi les divers liens aperçus au départ. Cherchant à éviter, en outre, que les constats soient trop vagues, on procède à des essais, faisant varier les quantités de multiples aspects parmi ceux étudiés, afin d'en cerner au mieux les caractères.

§60
Théorie

Un texte devient premier dès lors qu'il en est fourni une imitation aussi exacte que possible, à des remaniements près, tous destinés à servir un essai. Il faut ajouter que l'empêcher de tomber dans le ridicule se montre utile à cette fin. Avant de comparer deux réseaux à heurts différents, l'un que le texte premier laisse voir, l'autre amené par son imitation et représentant une déformation de l'initial, nous les considérons comme l'un en face de l'autre, avec tous les points qui les concernent, en précisant que ressortit au socle ce qui touche au heurt que permet le texte premier, tandis que son vis-à-vis ou ce qui en dépend revient à l'assimilation. De surcroît une imitation est un décalque si elle ne provoque aucun changement des valeurs intéressées qui ne soit purement corrélatif des modifications rendues nécessaires par l'essai mené. Le couple des heurts en face l'un de l'autre se note en usant de crochets au lieu de parenthèses quand il s'agit de mentionner l'essentiel en eux sans écrire deux formules distinctes, l'une pour le socle, l'autre pour l'assimilation.

Méthode

Ainsi aurons-nous en une seule fois avec rb[piliers– paroles] deux heurts nullement identiques, l'un décrivant le texte premier, le second né par exemple d'une imitation où «paroles» et «symboles» seront intervertis, les valeurs propres, t, s, m, w en particulier, pouvant s'avérer alors toutes distinctes. Un tel décalque aurait un début comme: “La Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confus symboles; l'homme y passe à travers des forêts de paroles qui l'observent avec des regards familiers.”

Application à Baudelaire

Un essai mené avec quelque bouleversement superflu à son égard, s'en verrait parfois rendu vain. De la sorte le passage d'une affirmation à une négation, s'il revêtait un pareil caractère de gratuité, exposerait à toutes les erreurs.

§61
Théorie

La supposition qu'il faudra soigneusement éprouver se ramène à ceci que, pour un décalque ainsi que des heurts l'un en face de l'autre, celui possédant le réseau le plus important est considéré comme ayant également la force intuitive la plus grande. Ou encore qu'il ne sera jamais possible d'obtenir un tel couple avec plus de force intuitive revenant au heurt de moindre réseau. Cette supposition, peu importe sa présentation, en remplace une voisine, plus simple ou générale, mais bien difficile à justifier: parmi des heurts quelconques à réseau distinct, le plus élevé accompagne la force intuitive majeure. Hélas quand toute parenté de signification manque, la discussion sur les données intuitives développe vite son caractère flou, de sorte que l'effort inductif devient épineux.

Méthode

De quelle manière par exemple comparer la puissance d'intuition de rb(corrompus–encens) et celle que rb(Nature–temple) montre de son côté?

Application à Baudelaire

En se limitant, même, au premier type d'énoncé, la justification risque de comporter quelque insuffisance, car seuls des cas menant vers la supposition ici faite se verront avancés. On pourra donc toujours prétendre que d'autres y seraient contraires, mais que l'esprit de système a empêché de les trouver.

§62
Théorie

Entrons dans le détail de l'énoncé qu'il s'agit d'éprouver. Si un heurt d'assimilation voit son rang seul fournir pour lui un réseau d'une valeur plus modeste que celle d'en face, il devra se montrer d'une force intuitive moindre que celle revenant au heurt de socle. Imaginons un commencement eu égard au décalque: “La Nature serait-elle un temple?” Cela donne t’(2)rb(Nature–temple) en face de t(1)rb(Nature– temple). La tournure d'interrogation amène aussi la force intuitive de rb[Nature–temple] à fléchir substantiellement. Réseau inférieur et choc de signification restreint vont par conséquent de pair.

Méthode

Nous avons gardé le N de “Nature” dans le décalque, prenant là modèle sur ceux qui depuis longtemps modifient des ouvrages classiques à des fins pédagogiques: ils ne s'écartent pas de l'original au nom de motifs négligeables.

Application à Baudelaire

Comme les grandes œuvres ont survécu à leur adaptation scolaire, elles devraient tout autant résister à nos essais. Par ailleurs il ne faut pas faire valoir avec empressement que le mieux serait d'écrire le texte sans l'emprunter jamais, car le soupçon viendrait aussitôt le frapper d'avoir été mis en avant juste dans le but d'assurer la défense de l'analyse présentée.

§63
Théorie

Un éloignement intérieur plus grand pour l'assimilation que dans le socle doit conduire, dès lors qu'un décalque le fonde, à une moindre force intuitive du nouveau heurt. Vis-à-vis de rb(corrompus– esprit) le canevas vb(encens–esprit) rvb(corrompus–encens) permet l'accès à une pince de ce dernier heurt, vb(sens–encens) vb(corrompus–sens) et cela donne le droit de considérer rb(corrompus–esprit) comme un heurt. Qu'on imagine alors un décalque autorisant rb[corrompus–esprit] à posséder s’(6) au lieu de s(3,4) comme à présent. Le début s'en lirait de cette façon: “La Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles; l'homme y croise l'esprit/////(de) symboles qui l'observent avec (des) regards familiers/////.” En reproduisant plus avant cette imitation, 40 fronts pourraient facilement se compter de “esprit” à “corrompus”, ce qui fournirait, quant à (s’): 2+(1(40/10))=6. Ainsi d'un côté la chute du réseau serait obtenue avec le passage de s(3,4) à s’(6) et par ailleurs la distance accrue de “corrompus” à “esprit” amenuiserait le choc de signification.

Méthode

La comptabilisation de “l'” et de “se”, relativement à “l'observent”, “se confondent” et “se répondent”, fera éventuellement naître quelque doute chez ceux qui auraient accompagné par l'esprit le présent dénombrement des fronts, vu que simultanément on écrit rb(répondent–parfums¹) et non rb(se répondent–parfums¹) pour une tension ample. Mais cela n'offre rien de contradictoire avec la définition des fronts, puisque si les termes de tension ample constituent impérativement des fronts, rien en revanche n'amène tous les fronts à prendre place au sein de quelque tension ample.

Application à Baudelaire

Diverses langues connaissant le style télégraphique, on le suppose avoir un fondement aussi élémentaire qu'important eu égard aux pensées en général et on est loin de vouloir modifier la portée d'un usage si capable de mettre la substance des propos en évidence.

§64
Théorie

Quand par un décalque l'une des valeurs d'oscillation s'avère plus grande pour un heurt, sa force intuitive doit se trouver inférieure à celle du socle. Imaginons en face de w(1)rb(piliers–paroles) le résultat w’(2)rb(piliers–paroles) obtenu avec un décalque muni de ce commencement: “La Nature où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles de pierre est le temple à travers lequel L'homme passe…” En pareil cas cette précision concernant la pierre offre une échappatoire vis-à-vis de rb[piliers– paroles], que le texte premier ne fournit aucunement. La possibilité s'ouvre de songer à divers éléments naturels pareils aux motifs sculptés, idées rendues par le ciseau et, en quelque sorte, paroles de pierre. De ce fait s'amenuise l'opposition avec “piliers” au plan intuitif, or cela convient eu égard au fléchissement du réseau acquis en passant de w(1) à w’(2).

Méthode

À qui voudrait ironiser sur une démarche montrant que si la netteté du contraste se perd le choc faiblit, ce que chacun sait bien, répondons que plus délicate fut la tâche d'éviter la confusion entre cette manière de s'estomper, venue d'un heurt et celle dont une distance accrue d'un terme à l'autre fait l'occasion.

Application à Baudelaire

Quant à l'idée de figures subtiles que d'habiles artisans ont gravées sur les piliers d'une cathédrale, la méditation ayant le poème pour objet en tire parti, mais il demeure permis d'évoquer comme rivale ou sœur, l'image de ces tuyaux d'orgue qui laissent comme un chant de voix humaine s'échapper quelquefois. Nulle de ces images ne saurait chasser l'autre de l'esprit bien longtemps, aussi Michel Quesnel souligne-t-il qu'elles juxtaposent leurs influences [819]. Balzac s'inspirait d'un thème voisin [80]: «Bientôt chaque pierre vibra dans l'église, mais sans changer de place. Les orgues parlèrent, et me firent entendre une harmonie divine…» Cette animation du solide appelle aisément des choses d'une égale étrangeté. Le même auteur donne ailleurs ces lignes [65]: «L'orgue est certes le plus grand, le plus audacieux, le plus magnifique de tous les instruments créés par le génie humain…Toutes ces richesses sacrées semblèrent être jetées comme un grain d'encens…» Par un artifice l'esprit sait retrouver le charme puissant d'une mélodie présente au sein des choses, en leur niveau le plus élevé. Car tout dans le monde regarde l'homme peut-être! Spécialement certaines personnalités, d'après le romancier, sont en résonance avec l'absolu [94]-[667]«…comme un orgue touché remplit une église de son mugissement et révèle l'univers musical en baignant de ses sons graves les voûtes les plus inaccessibles, en se jouant, comme la lumière, dans les plus légères fleurs des chapiteaux…»

§65
Théorie

Décrivons, à l'inverse du mouvement qui précède, ce qui arrive pour une assimilation de réseau supérieur à celui de socle. Obtenons par décalque t’(1)s’(1)rb(répondent–piliers), en face de t(2)s(5,6)rb (répondent–piliers), que le texte premier donne l'occasion d'apercevoir. À servir un tel projet un décalque serait employable qui débuterait ainsi: “La Nature est un temple où de vivants piliers se répondent par la voix de confus symboles”. Eu égard au heurt de socle un éloignement intérieur s(5,6) se trouve alors justifié par le dénombrement de 36 fronts entre «piliers» d'une part et puis «répondent» de l'autre: “La Nature est un temple où de vivants piliers/////Laissent parfois sortir (de) confuses paroles; (L')homme y passe (à) travers (des) forêts (de) symboles Qui l'observent avec (des) regards familiers. Comme (de) longs échos (qui) (de) loin se confondent, Dans (une) ténébreuse (et) profonde unité, Vaste comme (la) nuit et (comme) (la) clarté, (Les) parfums, (les) couleurs (et) (les) sons se/////répondent.” Le texte premier fournit par ailleurs l'image de piliers laissant fuir une parole, mais n'autorise pas clairement l'idée qu'ils décident eux-mêmes des réponses entre couleurs, parfums et sons. Avec le décalque, cette fois, le rang 1 est obtenu touchant rb[répondent–piliers], ce qui fait croître le réseau. Simultanément la connexion intuitive des idées acquiert de la puissance, de sorte qu'au total un réseau développé va de compagnie avec plus de force dans le choc de signification.

Méthode

Bien qu'il soit déplaisant de parler d'un avantage quelconque pour une imitation, il faut éviter un agacement superficiel qui tournerait au jeu. L'énergie uniquement retient ici l'examen et nulle déclaration n'est formulée quant au sens profond.

Application à Baudelaire

Afin de l'aborder, notons la diversité du caractère moral des objets dont l'auteur fait mention. Or puisque l'homme se montre lui aussi tantôt doux, tantôt, au contraire, triomphant, il se pourrait qu'il soit vu comme le frère ou l'amant des choses colorées, parfumées ou sonores. En ce cas il faudrait se représenter hommes et symboles comme des miroirs qui se renverraient mutuellement leur témoignage de la divinité. Qu'observons-nous de façon répétée avec des regards familiers sinon ce que nous aimons?

§66
Théorie

L'abaissement du seul éloignement intérieur devient possible, dans un décalque présentant ce début: “La Nature est un temple dont sortent parfois de confuses paroles; l'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. Comme de longs piliers/////(Qui) (de) loin se confondent, dans (une) ténébreuse (et) profonde unité, vaste comme (la) nuit et (comme) (la) clarté, (les) parfums, (les) couleurs (et) (les) sons se/////répondent.” Un tel moyen permet d'obtenir pour l'assimilation t’(2)s’(3,6)rb (répondent–piliers), face au heurt de socle t(2)s(5,6)rb(répondent–piliers). Immanquablement une hausse du réseau se produit et, à la fois, il en résulte au plan intuitif une violence accrue dans le choc entre “répondent” et “piliers”, plus voisins dans l'imitation.

Méthode

Leur proximité ne va nullement jusqu'à permettre un rang 1 avec rb[répondent–piliers], même si les deux termes entretiennent un rapport dans l'imitation, de par la conjonction “Comme”, laquelle ne dit pas une idée sur l'identification, mais uniquement une concernant un parallèle.

Application à Baudelaire

Que l'on pense à une œuvre donnée sans ponctuation: personne du fait de cela ne vient prétendre que tous les mots en elle se rapportent les uns aux autres.

§67
Théorie

Agissons maintenant sur l'oscillation, afin d'en obtenir une moins grande par décalque. Le troisième vers amenant l'idée vague "d'arbres-piliers", fermons, quant à une assimilation, la voie autorisant cette échappatoire vis-à-vis de rb[vivants–piliers], juste par l'éviction de «forêts», qui donc manquera désormais dans le décalque. Cet amenuisement de l'oscillation fournit w’(1)rb(vivants–piliers) face au heurt trouvé dans le socle w(2)rb(vivants–piliers), parce qu'il ne reste plus avec l'imitation que le sens de “colonne” tellement gênant pour la relation avec «vivants». Le début se lit dès lors: “La Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles; l'homme y passe à travers de nombreux symboles”. De la sorte le réseau s'accroît avec w’(1) remplaçant w(2) et, par ailleurs, le choc de signification devenant plus net, son immédiate force intuitive se montre plus grande, malgré la perte du charme.

Méthode

Nous avons maintenant vu des facteurs d'assimilation tantôt supérieurs tantôt inférieurs à ceux de socle.

Application à Baudelaire

Mais une lacune est venue de ce que nul exemple n'existe, à l'intérieur de „Correspondances“, d'un heurt disposant de s(2) ni plus ni moins, car lorsque le poème donne l'occasion de voir des heurts ayant un bâti non manifeste, quelque front en sépare toujours les termes. À l'opposé s’(2)rb(répondent–fraîcheur), par exemple, pourrait arriver, avec, au lieu des actuels huitième et neuvième vers, ceci: “…les parfums, les couleurs et les sons se répondent./////(La)/////fraîcheur et la douceur de certains parfums se compare à celle des chairs d'enfants…” Du coup s’(2)rb (répondent–fraîcheur) se justifierait, dans une situation offrant un bâti (répondent–fraîcheur) dépourvu de tout caractère manifeste, plus, entre “répondent” et “fraîcheur”, un terme incapable de se voir déterminer comme sens de front.

§68
Théorie

L'épreuve initiale concernant la notion d'épaulement pourrait utilement venir de l'examen d'effets obtenus en supprimant quelque heurt lié par tandem avec un autre. Qu'on imagine un décalque où serait écrit “le nard” au lieu de «l'encens» et qu'on observe le résultat de cette modification dans le réseau de rb[corrompus–temple]. Avec l'élimination de rb[corrompus–encens] la voie de méditation, unissant «corrompus», «encens» et «temple», se voyant coupée, il ne demeure presque aucune vigueur intuitive au choc entre “corrompus” et “temple”, la chose allant fort bien avec la perte d'un épaulement de valeur 0,119 ajouté à une filière de quantité 0,068 seulement.

Méthode

Le calcul, formant l'objet de 53B, semble trop long pour être maintenant énoncé à nouveau.

Application à Baudelaire

Quant aux significations profondes du poème, touchant d'aussi étranges vues, il reste irritant de ne pouvoir éviter la perspective du "temple-Nature" corrompu. Mais comment se représenter autrement la pensée de l'auteur dès lors que la notion d'unité y joue un rôle important? Il écrivait [677]: «Unité de l'animal, unité de fluide, unité de la matière première… L'idée de l'unité a aussi poursuivi Edgar Poe, et il n'a point dépensé moins d'efforts que Balzac dans ce rêve caressé. Il est certain que ces esprits spécialement littéraires font, quand ils s'y mettent, de singulières chevauchées à travers la philosophie. Ils font des trouées soudaines, et ont de brusques échappées par des chemins qui sont bien à eux.»

§69
Théorie

Dans un décalque dont serait absent, une fois de plus, «encens», le heurt de formule rb[corrompus– encens] deviendrait impossible et donc les relèvements issus de lui se verraient abolis. De cette façon, en dépit de la possibilité restée intacte de rb[nuit–clarté], par exemple, un tel choc, privé de l'appui que lui octroyait rb[corrompus–encens], n'éviterait pas une substantielle diminution de sa vigueur intuitive. Au plan numérique disparaîtrait une valeur de relèvement égale à 0,26 comme pour accompagner la faiblesse nouvelle des impressions.

Méthode

Le calcul accompli en 56B justifie la mesure de ce considérable relèvement.

Application à Baudelaire

Aucune surprise ne saurait venir de ce qu'au sein du réseau propre à rb(nuit–clarté), pèse fortement l'influence de rb(corrompus–encens), le sentiment fourni par une lecture incomplète du poème recoupant un tel aperçu. Le sixième vers et le septième qui évoquent la nuit et la clarté donnent très modérément un choc entre les deux significations qui en résultent, car l'examen, d'abord attentif à ce qu'elles recèlent de complémentaire, ne perçoit qu'une fois le poème achevé combien l'opposition aussi pourrait avoir de sens aux yeux de l'auteur, en la circonstance [669]. Il appréhenderait la nuit et le jour comme le fait Heine, qu'il cite [431]-[694]: «En fait d'art, je suis "surnaturaliste". Je crois que l'artiste ne peut trouver dans la nature tous ses types, mais que les plus remarquables lui sont révélés dans son âme, comme la symbolique innée d'idées innées, et au même instant.» Puis concernant l'architecture: «… on a essayé de retrouver après coup les types dans les feuillages des forêts, dans les grottes…ces types n'étaient point dans la nature extérieure, mais bien dans l'âme humaine.»

§70
Théorie

Concevons pour une assimilation un épaulement plus faible que celui de socle, la chose étant due à un accroissement du rang, justifié par tel décalque où “paroles” se trouverait dans une phrase interrogative, tandis que “Laissent” viendrait en une affirmative. Le rang modifié toucherait rb[piliers– paroles] composant avec rb[piliers–Laissent] un tandem, le dernier de ces heurts bénéficiant du canevas vb[paroles–Laissent] rvb[piliers–paroles], ce cran rvb lui-même admettant la pince vb[symboles–paroles] vb[piliers–symboles]. L'idée générale servant de guide consiste, au socle comme dans l'assimilation, à prétendre que si les piliers possèdent la liberté de laisser quelque chose s'accomplir, alors ils peuvent bien parler. Ensuite prenant le relais de cette première réflexion, nous avons l'idée que les termes “paroles” et “symboles” se marient fort bien. Si donc les piliers font symbole, une chaîne d'associations va permettre la certitude que le tandem examiné ici est conséquent. Imaginons alors un décalque assurant à rb[piliers–paroles] le rang 2 et commençant ainsi: “La Nature est un temple où de vivants piliers laissent des choses paraître. De confuses paroles, même, en sortiraient-elles parfois?” Cette interrogation estompe le renforcement intuitif de rb[piliers–Laissent] réalisé avec rb[piliers–paroles] et, comme simultanément la filière propre au dernier heurt décroît avec le passage de t(1) à t’(2), il est inévitable que fléchit à son tour l'épaulement reçu au sein du réseau de rb[piliers–Laissent]. De cette façon la mesure amoindrie va de pair avec le déclin de la force intuitive.

Méthode

Dans les ensembles de valeurs numériques chacune se voit, mais leur éclairage ne suffit pas encore pour suivre le détail des impressions corrélatives.

Application à Baudelaire

Nous discernons cependant que si la phrase n'avait pas été coupée dans l'imitation, un deuxième changement, vis-à-vis du lien entre “Laissent” et “piliers” cette fois, aurait été provoqué involontairement. Il fallait maintenir l'affirmation en vue de conserver le rang 1 au heurt avantagé par l'épaulement: rb[piliers–Laissent].

§71
Théorie

On peut amener une oscillation plus forte dans l'assimilation qu'en face, au moyen de rb[corrompus– encens], heurt capable de fournir un épaulement à un second, rb[corrompus–temple], cela en substituant “épais” à «riches» et “fermentés” à «triomphants». Alors “corrompus” voit surgir à côté de sa marche, un palier comprenant la signification “corrompus physiquement ou chimiquement”, permettant d'éviter rb[corrompus–encens]. Ce heurt, maintenant devenu légèrement plus douteux dans l'assimilation qu'avec le socle, procure là moins de renforcement intuitif à rb[corrompus–temple]. Or simultanément une baisse a lieu dans la filière de rb[corrompus–encens], inévitable avec l'arrivée de m’(2), remplaçant m(1). Du coup l'épaulement subit une diminution de valeur, qui entraîne à son tour un réseau moindre pour le heurt avantagé, rb[corrompus–temple], le tout montrant que la vigueur intuitive restreinte accompagne une mesure plus faible.

Méthode

Un heurt à renforcement allégé peut aussi voir sa filière amenuisée.

Application à Baudelaire

Le cas est présent avec “corrompus”, deux fois donné, qui apporte immanquablement, au moyen d'une ambiguïté accrue, des conséquences touchant les deux parts que le tandem comporte. Ainsi rb(corrompus –temple), dans l'assimilation, possède, outre une filière moins grande que celle du heurt en face, un épaulement plus modeste. Quant au genre de cette corruption, il ne va pas sans quelque hauteur, d'après les termes qui voisinent avec «corrompus»: tout particulièrement «triomphants», «infinies» et «encens». Du noble au vil parfois la transition paraît bien rapide! Baudelaire montre de cela une conscience aiguë lorsqu'il se prend, ailleurs, à imaginer sa compagne déclarant [[1006]]: «…je veux me soûler de nard, d'encens, de myrrhe…» Lamartine, que l'auteur appréciait modérément, avait également souligné, tout en rêvant à de funestes personnages, que rien ne préserve le sacré d'un usage impie [494]-[629]: «…les feux du soleil, dont les liquides flammes/Des veines du pavot coulent dans les dictames,/Mêlés dans leur breuvage aux larmes de l'encens,/D'une ivresse éternelle incendiaient leurs sens.» Baudelaire méditant sur lui-même comme semblable à un roi suggère que l'âme, non le concret, recèle en ses profondeurs la base de nos défaillances [[1119]]: «Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu/De son être extirper l'élément corrompu…»

§72
Théorie

Voyons un relèvement diminué par hausse du rang, obtenu avec un décalque possédant comme début: “La Nature est un temple. Laissent de vivants piliers, parfois, de confuses paroles sortir?” Cela permettrait, concernant rb[Laissent–piliers], t’(2) avec l'assimilation au lieu de t(1) en face. Dans le bloc rb[Laissent–piliers] rb[observent–symboles] le second heurt connaîtrait alors dans l'assimilation un renforcement intuitif moindre qu'au socle. La faiblesse nouvelle de la filière propre à rb[Laissent–piliers], due au passage de t(1) à t’(2), affecterait à son tour le relèvement procuré par ce heurt à l'autre, puisqu'il est déterminé à partir d'elle. Une telle chute nuirait au réseau de rb[observent–symboles] vis-à-vis de la situation au socle. En définitive une force de signification plus mince irait de compagnie avec un réseau détérioré.

Méthode

Prenons soin de noter que le relèvement d'un heurt peut fléchir sans que celui touchant l'autre heurt de bloc identique fasse de même.

Application à Baudelaire

Ici rb[Laissent–piliers] conserve pour l'assimilation le relèvement dont il bénéficie dans le socle. Cette valeur accroît même son importance relative au sein du réseau, puisque la filière du heurt en cause subit une baisse. Quant à cette perspective sur des êtres en apparence passifs et pourtant dotés selon certaines impressions d'une volonté secrète, elle doit beaucoup aux ambiances. Balzac en décrit une propice à la rêverie grandiose en ces lignes [79]: «Les vins de dessert apportèrent leurs parfums et leurs flammes, philtres puissants, vapeurs enchanteresses qui engendrent une espèce de mirage intellectuel…» Mais de pareils intermédiaires ne semblent pas nécessaires aux yeux du romancier ou, au moins, d'après tel de ses personnages [88]: «…je rentre en moi-même, et j'y trouve une chambre noire où les accidents de la nature viennent se reproduire sous une forme plus pure que la forme sous laquelle ils sont d'abord apparus à mes sens extérieurs.» Alors, peut- être comme les fidèles d'un culte se pressant au temple, les couleurs, parfums et sons, remplis d'animation sereine, chantent au milieu de la nature pour l'esprit transporté. «La terre a tressailli d'un souffle prophétique…» écrivait Nerval [550].

§73
Théorie

Examinons la diminution de relèvement acquise par hausse d'une oscillation quand, le bloc rb[corrompus–encens] rb[nuit–clarté] une fois considéré, nous substituons dans le décalque “épais et fermentés” à «riches et triomphants». Ainsi l'équivoque vient frapper “corrompus”, ce qui en éloigne un peu le sens moral, estompant de ce fait le choc engendré par l'étroite liaison avec “encens”. Cette unique différence de m(1) à m’(2) nous contraint d'admettre une filière divisée par 2 quant à rb[corrompus– encens] tel que l'assimilation le fait voir et cette même opération touche alors le relèvement que rb[nuit– clarté] se voit octroyer de là, entraînant son réseau vers l'amoindrissement. Par ailleurs au plan intuitif l'ambiguïté nouvelle de “corrompus” gommant le choc où il était partie prenante, ce contraste émoussé ne possède guère le pouvoir de fournir à l'autre conflit de signification, entre “nuit” et “clarté”, un renforcement substantiel, de sorte qu'affaiblissement du réseau et baisse de vigueur intuitive surviennent ensemble.-/// M///-Si nous employons des exemples de chocs peu intéressants, le résultat paraît voisin en ce que la présence des tensions n'exige pas l'émotion pour se laisser identifier, mais uniquement la vue des oppositions de sens.

Méthode

Ceux qui jugent de médiocre intérêt des heurts comme rb(corrompus–encens) et rb(vivants–piliers), mais connaissent le public du texte, ne pourront les sous-estimer. Inversement si un heurt tel que rb(corrompus–clarté) semble captivant, il restera néanmoins exclu de prétendre qu'il était facile à percevoir au moment où l'œuvre parut.

§74
Théorie

Considérons une augmentation d'épaulement obtenue avec baisse d'oscillation, eu égard au tandem rb[piliers–paroles] rb[piliers–Laissent], de par un décalque ayant le commencement: “La Nature est un temple où de vivants piliers laissent librement, parfois, sortir de confuses paroles.” La signification figurée de «Laissent» étant vis-à-vis de rb[piliers–Laissent] un bon moyen de restreindre le choc entre idées, la supprimer autorise w’(1) dans l'assimilation, au lieu de w(2) au socle, pour le heurt concerné. Sa filière se trouvant multipliée par 2 avec l'assimilation, relativement au cas en face, l'épaulement calculé à partir d'elle voit sa croissance assurée, de sorte que le heurt en bénéficiant, rb[piliers–paroles], connaît un réseau supérieur. Dans le domaine intuitif la suppression de l'ambiguïté concernant «Laissent» fournit un renforcement accru de signification au sein du conflit opposant “piliers” à “paroles”, du fait que la fermeté nouvelle du choc voisin accroît le sentiment de voir se développer une conception déroutante. Finalement l'impression d'un contraste plus grand accompagne la hausse du réseau.

Méthode

Explorer de cette manière quantité de significations dans un texte ne doit pas donner l'espoir d'un examen général des vues qu'il présente.

Application à Baudelaire

„Correspondances“ suggère tellement d'images que seuls des aspects limités peuvent s'en décrire.

§75
Théorie

Observons une augmentation de relèvement venue d'un affaiblissement d'oscillation avec rb[paroles –piliers] rb[répondent–parfums¹] comme bloc. Un décalque offrant au lieu du huitième vers “…les parfums, les couleurs et les sons se répondent par la voix…” permet d'éviter la signification figurée de «répondent» qui estompe rb[répondent–parfums¹] et ainsi d'obtenir pour ce même heurt m’(1) dans l'assimilation, tandis que m(2) se maintient en face. Les truchements rb[paroles–parfums¹] et rb[répondent–piliers] restant ici hors de cause, seule importe la filière multipliée par 2 de l'assimilation, cela d'autant qu'elle amène aussi, en faveur du relèvement déterminé avec elle, une valeur double qui alors vient grandir le réseau de rb[paroles–piliers]. Intuitivement par ailleurs l'idée que suscite la relation entre “paroles” et “piliers” augmente sa faculté de choc, à cause de la plus nette force du conflit opposant “répondent” et “parfums¹”. L'espoir de fuir la difficulté s'amenuise, donc un réseau accru se voit lié à un plus vif contraste.

Méthode

Comme pour toute qualité il s'avère malaisé d'affirmer que la signification redouble quand une valeur numérique se voit multipliée par deux, mais elles vont clairement dans le même sens.

Application à Baudelaire

La délicatesse des intuitions appelées par l'auteur, eu égard aux parfums et à leurs réponses imaginées, tout cela qui rend l'analyse des heurts bien téméraire, fait penser à ces autres vers [[1057]]: «Les plus rares fleurs/Mêlant leurs odeurs/Aux vagues senteurs de l'ambre,/Les riches plafonds,/Les miroirs profonds,/La splendeur orientale,/Tout y parlerait/À l'âme en secret/Sa douce langue natale.»

§76
Théorie

Examinons un épaulement accru, par diminution de l'éloignement intérieur, à propos du tandem rb[corrompus–temple] rb[corrompus–encens]. Pour ce remplaçons en un décalque «temple» par “édifice” et fort loin de là «choses infinies» par “choses du temple”. De cette manière seront simultanément évoqués, en fin d'imitation, le temple, la corruption et l'encens, avec un effet de renforcement du choc intuitif. En même temps rb[corrompus–temple], par diminution de son éloignement intérieur, obtiendra une filière augmentée, de sorte que, presque inapte au socle à pourvoir de quelque réel épaulement rb[corrompus–encens], il en fournira un considérable dans l'assimilation. Le réseau déjà important de rb[corrompus–encens] connaîtra donc une hausse indéniable, solidaire ainsi de la force d'impression également plus vive.

Méthode

Certes il faut alors un décalque réalisable, mais puisque l'imitation appartient au domaine de ce qui est indéfiniment amendable, il n'y a rien d'absurde à supposer la chose dépendre seulement des attentions qui lui seront accordées.

Application à Baudelaire

Si le poème „Correspondances“ demeure, parce qu'original, intact et unique, aucune limite n'existe d'avance au nombre des tentatives praticables dans le but d'en obtenir tel ou tel remaniement.

§77
Théorie

Voyons un relèvement amoindri par une augmentation d'éloignement intérieur affectant rb[observent–piliers], truchement à considérer quant au bloc rb[Laissent–piliers] rb[observent–symboles], en ce que l'autre conflit de sens, rb[Laissent–symboles], qui possède un éloignement intérieur plus mince, ne sert à rien pour la détermination du relèvement. Imaginons dans un décalque l'imitation du troisième comme du quatrième vers placée à l'extrême fin, après “sens”: “/////(L')homme passe (à) travers (des) forêts (de) symboles qui l'/////observent avec des regards familiers.” Un seul mot est alors supprimé: «y». En face de rb[observent–piliers], avec s(3,3), se tient, muni de s’(8,2), le nouveau heurt donné au plan de l'assimilation comme truchement du bloc, avec 62 fronts entre ses termes, “piliers” d'une part et “observent” de l'autre. Le relèvement favorable à rb[Laissent–piliers], dû au second heurt par conséquent, rb[observent–symboles], connaît une importante diminution, alors que chaque filière quant à elle-même reste pareille. L'effet vient de la seule majoration d'éloignement intérieur, eu égard au truchement passé de s(3,3) à s’(8,2), le réseau de rb[Laissent–piliers] s'en trouvant du coup modifié. Au niveau intuitif par ailleurs l'invraisemblance du lien entre les chocs, décrits par rb[observent–symboles] et rb[Laissent– piliers], se développe comme un effet de leur séparation accrue. L'un devenant moins capable de renforcer le voisin qui lui échoit par bloc, son réseau abaissé coïncide avec le manque de vigueur des impressions de paradoxe.

Méthode

L'analyse montrerait le même résultat pour l'effet réciproque.

Application à Baudelaire

Le secours octroyé à rb[observent–symboles] au moyen de rb[Laissent–piliers] faiblit, étant donné que le truchement concerné demeure identique. Relativement à l'essence des piliers du réel ou de la pensée qui l'éclaire, que les symboles figurent, lisons maintenant Balzac [89]: «Les idées sont en nous un système complet, semblable à l'un des règnes de la nature, une sorte de floraison dont l'iconographie sera retracée…»

§78
Théorie

Plutôt que de faire à nouveau quelques essais du même genre, considérons le résultat de variations opposées, avec le rang s'élevant et au contraire un facteur d'oscillation baissant, par exemple. Ne regardons tout d'abord qu'une filière seule, imaginant un décalque pour donner au lieu du huitième vers “…les parfums, les couleurs et les sons se répondent-ils de la voix?” Nous obtenons par ce biais, dans l'assimilation, t’(2)m’(1)rb(répondent–parfums) et en face t(1)m(2)rb(répondent–parfums) qui utilise une oscillation importante, au principe de laquelle se trouve l'ambiguïté du terme «répondent». Quant au facteur t(1) il s'oppose à t’(2), qu'amène dans l'assimilation la forme interrogative adoptée par le décalque. En définitive la nouvelle filière se voit de même valeur que celle de socle, puisque après une multiplication par 2 fondée sur le passage de m(2) à m’(1), elle doit subir une division par 2 eu égard au changement de t(1) à t’(2). L'intuition saisit d'un côté un moindre choc entre “parfums” et “répondent” par le fait de l'interrogation, mais tout à l'opposé une vivacité accrue, fournie avec l'insistance nouvelle sur la signification propre du verbe “répondre”. Une modification en équilibrant une autre, le résultat d'ensemble offre un sentiment de contraste voisin de l'initial, juste comme la quantité numérique revient au niveau connu en premier lieu.

Méthode

Dans la perspective de rendre plus aisée la compréhension, relativement à un décalque, il s'avère parfois expédient d'ajouter un mot en tel ou tel point de l'imitation, alors qu'un pur souci d'économie dans les vocables n'en demanderait pas.

Application à Baudelaire

Il serait loisible de compléter ainsi la version écrite plus haut: “…les parfums, les couleurs et les sons se répondent-ils de leurs voix confuses?” Évitant une maladresse trop marquée, le mot “confuses”, alors changé de place, conduit à une nouveauté d'autant plus restreinte que la signification s'en marie harmonieusement avec le ton général du texte, dominé par «comme» [669]. La fusion entre sentiments conflictuels est presque atteinte quand nous éprouvons la corruption et la fraîcheur naturelles par des impressions mêlées. À certains moments surtout [[1125]]: «Quand la sombre Vénus, du haut des balcons noirs,/Verse des flots de musc de ses frais encensoirs.» En pareil cas le grave se combine au léger de l'apparence, ou de son idée, aussi est-il piquant d'observer que l'expression «…les transports de l'esprit et des sens.» possède presque le même balancement que ce titre d'un roman de Crébillon fils: «les Égarements du cœur et de l'esprit» [220].

§79
Théorie

Il est envisageable d'examiner un épaulement de par le choix, vis-à-vis d'un socle, d'une assimilation avec moins d'éloignement et aussi un accroissement de rang comme d'oscillation. Qu'à «riches et triomphants» on substitue “épais et fermentés”, en un décalque. Ainsi “corrompus” laissant paraître une ambiguïté, l'oscillation passe de m(1) à m’(2) touchant les heurts de tandem rb[corrompus– encens] rb[corrompus–temple], concernés tous deux. Par ailleurs qu'on écrive de quoi modifier le rang du premier heurt: “Il est des parfums…comme l'ambre, le musc et le benjoin. L'encens saurait-il en être?” En utilisant ces changements on gagne dans l'assimilation t’(2)m’(2)rb(corrompus–encens), au lieu de t(1)m(1)rb (corrompus–encens) eu égard au socle. Enfin qu'on remplace, au douzième vers, «choses infinies» par “choses du temple”, faisant ainsi que l'éloignement intérieur de rb[corrompus–temple] passe de s(7,3) à s’(2,5), par un éloignement extérieur entre rb[corrompus–temple] et rb[corrompus–encens] tombant de c(8,4) à c’(2,4). La filière de rb[corrompus–temple] que procure l'assimilation est 1/t’(2)s’(2,5)m’(2)w’(1)=1/(2)(2,5)(2)=0,1 alors que le socle conserve une hauteur 1/t(2)s(7,3)m(1)w(1)=1/ (2)(7,3)=1/14,6=0,068. Maintenant qu'on jette les yeux sur la filière de rb[corrompus–encens]: elle va se fixer, concernant l'assimilation, au niveau 1/t’(2)s’(1)m’(2)w’(1)=1/(2)(2)=¼=0,25 tandis qu'elle garde comme valeur de socle 1/t(1)s(1)m(1)w(1)=1. L'épaulement donné par ce même heurt à rb[corrompus– temple] se détermine d'après cette filière, mais aussi en fonction de l'éloignement extérieur, pour atteindre dans l'assimilation 0,25/2,4=0,104 et dans le socle 1/8,4=0,119. Il reste à définir le réseau, ou du moins la section qu'en décrit la somme de l'épaulement et de la filière afférents à rb[corrompus–temple]. Le résultat au sein de l'assimilation atteint 0,1+0,104=0,204 tandis qu'au socle il s'élève à 0,068+0,119= 0,187 deux nombres paraissant fort voisins. Au plan intuitif une saisie plus vive de rb[corrompus–temple] se trouve grandement servie par la nouvelle proximité de ses termes dans le décalque. Le voisinage maintenant plus étroit de rb[corrompus–encens] se ferait sentir nettement si la forme interrogative n'amenait, avec plus d'équivoque, un fléchissement de vigueur en ce choc de signification. Là encore une sorte de compensation des remaniements les uns par les autres est obtenue.

Méthode

Établir puis discuter la somme générale des multiples épaulements et filières de rb[corrompus–encens] et rb[corrompus–temple], aperçus en étudiant les principaux heurts disponibles, offrirait quelque difficulté, à cause de l'abondance d'impressions et de valeurs numériques qu'il s'agirait d'aborder sans confusion.

Application à Baudelaire

Même avec la simplicité choisie pour les exemples très limités qui viennent d'être fournis, l'objection demeure présentable que nulle chose n'a été montrée vis-à-vis d'une intuition toujours décrite par l'analyse permettant les mesures qui doivent l'affronter. Mais il ne convient pas d'en être surpris car l'examen trouvant des moyens propres à distinguer des parties au milieu de la totalité du flou, il en use aussitôt afin de mieux concevoir ce à quoi il s'applique.

§80
Théorie

Relativement à un bloc, augmentons l'éloignement intérieur de truchement, mais diminuons en même temps l'une des valeurs d'oscillation. Considérons rb[Laissent–piliers] rb[répondent–couleurs] et, pour ce bloc, le renforcement de signification reçu par le premier heurt, venant du second. La filière de rb[Laissent–piliers] s'élève à ½ et la cause n'en revient nullement à «piliers» influencé par «forêts», car cela ne freinerait guère la conception de quelque liberté revenant aux colonnes. Le motif se trouve dans l'autre terme, «Laissent», qui possède un sens figuré capable d'estomper la vigueur du choc. Eu égard au heurt rb[répondent–couleurs] imaginons comme biais, afin d'obtenir m’(1) en assimilation, différant de m(2) au socle, une précision, interne au décalque, sur la voix des couleurs, éliminant la discrète ambiguïté de «répondent», venue de l'image glissée dans la signification du terme. Comme du coup la filière de rb[répondent–couleurs] parvient à une valeur d'assimilation multipliée par deux, prenons le chemin opposé, en la restreignant par une action pesant sur le truchement qui offre déjà l'éloignement intérieur le plus grand au socle, rb[répondent–piliers]. Augmentons-le par l'imitation suivante des premiers vers: “En ce temple les piliers/////(de) (la) Nature (sont) vivants (et) laissent parfois sortir (de) confuses paroles…” Voilà de nouveaux fronts entre les termes en cause! Reportons également l'imitation du seul huitième vers en fin d'énoncé, après “sens”, avec en outre des fronts, “belles”, “voix” et “mêlées”, que le texte premier ne contenait pas: “…/////(Les) parfums, (les) couleurs (et) (les) sons (de) (leurs) belles voix mêlées se///// répondent.” De “piliers” à “répondent” 71 fronts prennent alors place au lieu de 36, en sorte que les valeurs intéressées vont respectivement à hauteur de s’(9,1) et s(5,6). Le relèvement issu de rb[répondent–couleurs], qui profite à rb[Laissent–piliers], se détermine d'après la filière du premier de ces heurts, 1 pour l'assimilation et 0,5 au socle; mais aussi en fonction de l'éloignement intérieur de celui des truchements qui possède le plus important, ici 9,1 avec l'assimilation et 5,6 dans le socle. De cette manière les relèvements atteignent l'un 1/9,1=0,109 et l'autre 0,5/5,6=0,089 tandis que la valeur de réseau, ou plutôt de ce qui s'en voit ici, devient facile à trouver concernant rb[Laissent–piliers] puisqu'elle se présente comme la filière du heurt augmentée de toute valeur disponible par épaulement ou relèvement, ce qui fait ½ plus telle ou telle quantité: 0,5+0,109=0,609 avec l'assimilation et 0,5+0,089=0,589 au socle, valeurs qui semblent extrêmement proches. Au plan intuitif la distance des chocs de signification fera du tort au renforcement de l'un par l'autre, mais la disparition de l'équivoque affectant «répondent» accroîtra le contraste des notions et, en définitive, les effets obtenus relativement au conflit entre idées comme vis-à-vis du renfort de sens paraîtront voisins de ceux présents au départ.

Méthode

Quant aux réponses échangées entre les divers éléments du beau, André Ferran a beaucoup insisté sur le thème des souffrances que subit ou engendre la couleur [181]-[395]. Baudelaire comparant Delacroix et Catlin, peintre de l'Amérique indienne, évoquait les plaintes ou la terreur que sait rendre un coloriste expert et, poursuivant son idée, il notait [16]-[693]: «J'ai eu longtemps devant ma fenêtre un cabaret mi-parti de vert et de rouge crus, qui étaient pour mes yeux une douleur délicieuse.»

Application à Baudelaire

Le plus efficace moyen de saisir les aspects demeurés inaperçus, au moment de l'abord naïf d'un texte, consiste à user de tels renseignements historiques, mais une combinatoire fort simple autorise à trouver la plupart des bâtis. Sachant le nombre (n) des cases en un texte, cherchons celui des combinaisons à deux éléments où elles peuvent entrer [977]. Il restera ensuite à examiner leur éventuel intérêt. La distinction entre (AB) et (BA) serait hors de propos, vu que les arbitrages sont renversables à volonté. Écartons encore tout jumelage, pour ainsi parler, d'une case avec elle-même, étant donné que nulle ne se répète d'un membre à l'autre d'une formule d'arbitrage. Précisons également que certains bâtis échapperont, car il arrive qu'un texte offre un vocable à plusieurs cases, de sens gravement atteint une fois rendu incomplet. Dans un tel cas une visée pourra, en sa formule, accueillir un membre au moins ayant davantage qu'une seule case. À cela près avec (n) cases il existe (n(n-1))/2 ou ((n-1)(n/2)) bâtis. D'un côté chacune des (n) cases en réalisant la tournée de ses combinaisons avec les autres doit s'éviter elle-même, ce qui permet de parler simultanément de (n) et de (n-1) puisque le nombre total des cases atteint (n) et que pour chaque (n- elle)=(n-1). Par ailleurs (AB) valant (BA) toute combinaison représente une relation dans un sens et une dans l'autre, de telle façon qu'il faut diviser n(n- 1) par 2. Il s'avère impossible d'arguer qu'aucune moitié ne se trouve si (n) est impair: elle devient seulement plus abstraite dans une pareille situation et le nombre cherché de bâtis possibles demeure toujours un entier. Car touchant (n) impair (n-1) se montre pair, ce qui revient pour lui à se présenter comme (2(u entier)), or cette valeur 2 en (2(u)), multipliant la quantité 0,5 dans (n/2) donne 1. Par conséquent ((n-1)(n/2)) pour lequel se passe la chose, composé sans exception d'une somme de 1 ou d'unités, constitue de manière invariable un nombre entier, malgré la diversité interne à l'ensemble des cas envisageables.